Madame,
Lors de l’émission « pour tout dire » diffusée le 18 décembre 2025 sur T18, vous avez déclaré : « L’islam n’a pas à avoir de privilèges par rapport aux autres religions sous prétexte que ce serait la religion des opprimés. »
Cette affirmation repose sur un présupposé faux et révèle un paternalisme préoccupant, dissimulé derrière une lecture opportuniste de la laïcité. Les musulmanEs ne demandent aucun privilège. Iles veulent seulement l’égalité réelle : le respect de leurs droits, de leur dignité et de leur liberté de conscience – ni plus, ni moins. Cette égalité est aujourd’hui niée. Les discriminations spécifiques visant les musulmanEs sont largement documentées, qu’il s’agisse de l’accès à l’emploi pour les femmes portant le voile ou de leur exclusion croissante de certains espaces sociaux, institutionnels et même sportifs.
En parlant d’oppression au conditionnel, vous minimisez une réalité pourtant établie. Vous laissez entendre que l’égalité consisterait à imposer les mêmes restrictions à toustes, en ignorant le traitement spécifique et discriminatoire qui est déjà réservé aux musulmanEs. Cette conception abstraite de l’égalité nie les rapports de force réels et conduit, dans les faits, à renforcer les inégalités. Les musulmanEs n’ont pas besoin que l’on parle à leur place ni qu’on les enferme dans un statut victimaire. Iles sont pleinement conscientEs de leur identité, de leurs droits et de leur place dans la société : personne n’a à les définir pour elleux.
La loi de 1905 garantit que toutes les confessions et philosophie aient le droit d’exercer librement leur dimension spirituelle – à l’image des femmes voilées qui, malgré les discriminations, continuent d’exprimer leur foi. De nombreuxSEs musulmanEs choisissent de traverser ces épreuves sur le plan spirituel, sans s’inscrire dans une logique plaintive, comme vous le sous-entendez.
En somme, ce que vous défendez ne relève pas de la laïcité, mais de son instrumentalisation – caractérisée par une forme de mépris héritée de l’histoire coloniale, prolongée par les polémiques islamophobes depuis Creil (1989) et renforcée par la loi de 2004, qui a ouvert la voie à une série de mesures ciblant exclusivement les musulmanEs. La relégation des musulmanEs au rôle de victimes instrumentalisant leur victimation (« pour des privilèges ») s’inscrit dans une posture islamophobe conspiratoire, qui dénie les droits des musulmanEs et ce faisant, nuit globalement à l’état de droit.
Mme Filipetti, ces propos sont l’analogue à ceux d’un François Fillon qui affirmait que les musulmanEs instrumentalisaient les droits de l’homme. Nous vous invitons à retirer vos propos et à réviser vos jugements : ils sont racistes.
Le collectif stop islamophobie