Les véritables questions à se poser face à la mutilation de Maxime

Cet article à pour but de mettre sous les projecteurs les véritables questions à se poser suite à ce qui est arrivé à Maxime et de répondre aux grands médias et leur acharnement médiatique.

Tous les articles de presse sortis dans la hâte du sensationnel brodent autour d'un communiqué sans même plus d'informations, ou même d'accord auprès de la famille, constitués uniquement dans le but d’entacher la personne qui a été blessée et sa famille. Qu'il ait ou non ramassé la grenade n'est pas tant la question, celle que nous avons plutôt tendance à nous poser est la suivante : comment se fait-il que ce genre de grenade puisse faire tant de dégât ?

Surtout après Sivens avec la mort de Rémi Fraisse ou à Bure avec la mutilation de Robin.

Soulignons aussi dans les gros titres la redondance de l'identité du méchant zadiste, et donc du présumé coupable, bien plus encline à faire accepter les mutilations policières que lorsque qu'il s'agît d'un étudiant. A croire qu'un "zadiste" qui défend des terres et des constructions afin de bâtir un monde différent de celui qu'on nous propose mérite la répression qui accompagne son évacuation, la mutilation à Notre des Landes, à Bure, ou comme à Sivens la mort.

Aux vues de la stratégie médiatique développée par l’état qui a été déployée dans nombre de cas de violences policières, la criminalisation des victimes et de leur famille au travers d'un processus de décrédibilisation et d’humiliation, ne nous étonne plus.

Reprenons le communiqué du Ministère de l'intérieur et resituons les éléments dont nous avons connaissance afin de faire un compte-rendu factuel des choses.

"Le 22 mai, aux alentours de 12 heures, dans le cadre de l’opération en cours dans la zone occupée illégalement à Notre-Dame-des-Landes, à proximité du lieu-dit « La Lande de Rohanne », une cinquantaine d’opposants radicaux cagoulés se sont attaqués aux forces de l’ordre en leur jetant notamment des cocktails Molotov et des projectiles.

Pour défendre leur intégrité physique et disperser le groupe d’activistes, les gendarmes mobiles ont procédé à des jets de grenade lacrymogènes de type F4, comme il est d’usage dans ce type d’opération."

Si effectivement, plus tôt dans la matinée, des affrontements ont suivis le début des opérations, leur intensité était déjà devenue minime à ce moment là.

Rajoutons à cela qu'il ne s’agissait pas d'une opération de "repli", comme on peut le lire à certains endroits, mais bien d'une charge durant un moment de calme.

Certainement une manière de se venger, peu importe la personne, des affrontements qui avait précédé…

Jean-Pierre Fraisse, père de Rémi Fraisse – le 23 Mai suite à l’annonce d’un énième blessé grave : « Comment peut-on envoyer des grenades offensives quand on est en défense ? »

Carte de l'opération Carte de l'opération

En lien :

Continuons avec le terme Lacrymogène évoqué dans tous les médias, la grenade ayant mutilé notre ami est du type GLI F4, s'il s'agît effectivement d'une grenade contenant un gaz lacrymogène, la nature de l'arme est loin de se limiter à cette seule fonction.

La grenade GLI F4, contient 41,2 grammes de masse active. Grenade dite « à effet combiné », elle est composée de 10 grammes de gaz lacrymogène CS pur et de 25 grammes de tonite (TNT). Elle peut être lancée à la main, ou propulsée à l’aide de dispositifs propulseurs (lanceurs) à 50, 100 ou 200 mètres.

Grenade gli f4 Grenade gli f4

Produite par l’entreprise LACROIX – ALSETEX sous le code SAE 810, la grenade GLI F4 est classée parmi les grenades à effet de souffle (explosive). La détonation produite par la grenade, dont le niveau sonore peut atteindre jusqu’à 165 décibels (à 5 mètres de l’impact), vise à effrayer l’adversaire.

Note : 140 décibels c'est un avion au décollage, 180 une fusée ariane.

C’est la raison pour laquelle la GLI F4 a toute sa place dans la panoplie des armes à effet psychologique mise en service depuis le début des années 2000, à Notre Dame des Landes elle est notamment responsable de nombreux traumatismes autant psychologiques que physiques.

Encadré par l’article R. 431-3 du code pénal et l’article D. 211-17 du code de la sécurité intérieure, l’usage de la Grenade Lacrymogène Instanée (GLI F4) est prévu dans le cadre d’une riposte graduée, jaugée au regard de la violence réelle ou supposée des manifestantEs faisant face aux forces de l’ordre.

Son usage intervient si les moyens basiques du maintien de l’ordre, à savoir les matraques, les canons à eau et les grenades lacrymogènes, sont jugés inefficients. Elle est utilisée sur le palier « usage des armes » qui succède au palier « emploi de la force ». Elle précède le palier « riposte » prévoyant l’usage d’armes à feu individuelles.

Principe de la riposte graduée Principe de la riposte graduée

Source: Desarmons.net

Utilisée allègrement lors d’affrontements de moindre intensité, et sans que les manifestantEs n’aient utilisé autre chose que des pierres, la grenade GLI F4 impose un haut niveau de violence et entraîne des blessures de guerre qui sont difficilement prises en charge par les services d’urgence classiques.

Voici une vidéo de compilation de détonation de grenade de type GLI F4 (voir à 4min4s)

https://www.youtube.com/watch?v=QlGkqoNbiYQ

Mais ne nous attardons pas tant sur la grenade de type GLI F4 car l'état a d'or et déjà prévu de la remplacer, bien avant Notre Dame des Landes, un appel d'offre ayant déjà été lancé pour sa future remplaçante la GM2L (https://lessor.org/une-nouvelle-generation-de-grenades-pour-remplacer-la-decriee-gli-f4/). On s'oriente vers une fin d'utilisation de l'actuelle GLI F4 entre 2020 et 2022 le temps d'épuiser les stocks.

Il s'agît de remplacer l'usage de la TNT par un dérivé qualifié de « dispositif pyrotechnique ».

Ça nous fait penser à Monsanto remplaçant une particule interdite par un dérivé afin de mieux faire passer la pilule : Une « évolution », souligne-t-on sobrement à la Gendarmerie nationale. On peut d'ailleurs remarquer sur la fiche technique du constructeur de la nouvelle grenade la même photo d'illustration que pour la GLI F4.

"Le problème lorsqu’on demande la suspension d’une munition plutôt qu’une autre, c’est qu’on semble a+ccepter l’existence même d’un arsenal militaire entre les mains des forces de l’ordre, comme si celles-ci étaient engagées dans une guerre symétrique avec la population civile. Rappelons que les rares mutilations graves comptabilisées chez les policiers et gendarmes français depuis que le maintien de l’ordre existe, ont été occasionnées par leurs propres armes. A Rennes en 2016, un policier qui s’apprêtait à lancer une grenade de désencerclement comme s’il s’agissait d’une arme offensive c’est vu arracher des doigts de la main."

Source: Desarmons.net

Ce que nous tentons de mettre en évidence ici, n'est donc pas tant l'utilisation des grenades GLI F4, mais la violence des armes utilisés par notre gouvernement en général.

L'usage du gaz sur une partie de la population - qui plus est, en sous-nombre et désarmée, ne formant alors aucun rapport de force dangereux - n'est pas sans conséquences: les effets sont immédiats mais des séquelles au long terme ne sont pas moindres. La répression se joue en effet sur deux temporalités :

A court terme :

  • Gaz :
    • Des problèmes respiratoires, une irritation des voies respiratoires.
    • Des nausées, des vomissements.
    • Une irritation des voies lacrymales et des yeux
    • Des spasmes
    • Des douleurs thoraciques
    • Des dermatites et des allergies
    • Étourdissement / Perte de connaissance voir la mort (dans un espace confiné)
  • - Grenade de type GLI F4 :
    • Étourdissement / Perte de connaissance
    • Éclats
    • Brûlures
    • Mutilations
    • Mort
  • LBD (lanceur de balle de défense) :
    • Importantes lésions
    • Mutilations
  • DBD / DMP (grenade de désencerclement) :
    • Entaille profondément la peau
    • Blessures graves, voire irréversibles (section de ligaments, nerfs...
    • Mutilations

A long terme : 

  • Gaz :
    • Nécrose des tissus dans les voies respiratoires
    • Nécrose des tissus dans l’appareil digestif
    • Œdèmes pulmonaires (trou ou bulle d’air dans le ou les poumons)
    • Hémorragies internes (hémorragies des glandes surrénales)
    • Effet mutagène et donc cancérigène des produits.
    • Effet tératogène : les femmes enceintes risquent donc d’avoir des enfants avec des malformations.
    • Effet nécrosant : une pneumopathologie chronique peut malheureusement s’installer et devenir irréversible.

Concernant toutes les autres grenades, on note de nombreux traumatismes psychologiques (ce même sans être blessé) et pour les personnes blessés il s’agira de survivre suite à une mutilation ou une blessure physique importante, handicapante physiquement et psychologiquement tout au long du reste de la vie. Autre possibilité la contamination à posteriori, de nombreux cas d’éclats ayant pénétrés profondément dans le corps sont susceptibles de générer une grave infection.

Radio montrant la pièce métallique de GLI F4 dans le corps d’une personne blessée

Radio montrant un éclat de grenade gli f4 Radio montrant un éclat de grenade gli f4

"Ce dont nous pouvons attester, c’est que l’ignorance qui entoure ces armements contribue à justifier leur usage et à mutiler des manifestants sans que rien ne change." -

https://desarmons.net/index.php/2018/05/24/combien-faudra-t-il-encore-de-membres-arrachees-par-la-gli-f4/

Il semble d'usage de travestir l'emballage des armes policières, pourtant, l'esthétique du nom ne permet pas l'éthique du geste. Après Rémi Fraisse en 2014, tué par une grenade OF F1 à Sivens, sa petite soeur la GLI F4 refait parler d'elle sur le banc des mauvais élèves (Robin en 2017 à Bure).

Si celle-ci devrait laisser place à un nouveau modèle, d'ici quelques mois, la GM2 L, d'ores et déjà annoncé comme "sans explosifs" mais dont les effets restent a priori similaires.

Combien de corps devront subir les coûts de ce laboratoire militaire ? Au-delà du type de grenade utilisée, n'est-ce pas l'usage même d'une arme visant à réprimer et capable de tuer, qu'il faut interroger?

Le continuum de la violence ne semble pas trouver son apogée que ce soit sur la zone de Notre Dame des Landes ou en ville, tant les blessé.e.s et mutilé.e.s s'ajoutent à de longues listes.

- https://desarmons.net/index.php/category/blessees/

- https://desarmons.net/index.php/liste-chronologique-et-revue-de-presse/

Juste pour Notre Dame des Landes depuis le 9 avril, début des interventions policières, c'est plus de 330 blessé.e.s (sans compter ceux.e.s qui n'ont pas voulu être soigné.e.s par les équipes médicales), dont certain.e.s avec des lésions graves nécessitant des évacuations et des interventions chirurgicales, plus de 12 000 grenades lancées, dont plus de 3200 grenades GLI F4.

"Nous tenons à rappeler que depuis le 9 avril, plus de 330 blessés ont été pris en charge par nos équipes : notamment suite à des tirs tendus de flash-balls ou de grenades GLI-F4 au niveau du tronc ou de la tête et même des parties génitales, ce chiffre étant toujours non exhaustif et sous-évalué. Au moins quatre personnes ont failli perdre un œil, une autre son pied, une autre encore ses testicules suite à un traumatisme scrotal grave qui a nécessité l’ablation partielle d’un testicule, nombreuses sont celles qui ont été touchées au niveau d’organes vitaux ou bien à proximité de la colonne vertébrale. Ainsi, vendredi 17 mai, une personne a été touchée au niveau de la fesse, par une grenade explosive. Transportée vers un hôpital après avoir été évaluée par nos équipes, un éclat de 2cm de largeur/longueur/profondeur a été retiré du moyen fessier et un autre a été objectivé dans un rein. Nous avons également été témoins, à quatre reprises, d’éclats d’origine inconnue trouvés dans les chairs à des endroits particulièrement sensibles (proche de la colonne vertébrale, dans la cuisse, proche de l’artère fémorale...). Quasi systématiquement, ces blessés ont dû subir une intervention chirurgicale. L’un des éclats en question est l’une des pièces qui sert au mécanisme du détonateur d’un type de grenade, il mesure 2cm. Or, les forces de l’ordre assurent que ce genre d’éclat ne peut pas être retrouvé dans les chairs."

Source : https://zad.nadir.org/

A la vu du nombre de grenades lancées et du nombre de blessés, la tragédie de ce 22 mai n'est que la suite logique de l'usage de ces armes.

Les équipes de médecins et soignants de Notre Dame des Landes n'ont pas arrêter d'alerter quand au risque de plus en plus important de se retrouver avec une blessure aussi importante, l'oreille du gouvernement est restée sourde.

Cet étudiant de 21 ans se voit mutilé pour avoir usé de son droit à manifester, un droit dont l'exercice se paie aujourd'hui au prix de vies.

Lancer une grenade est l'objet d'un ordre et quelques secondes, être mutilé s'impose à soi toute une vie.

Pour terminer de résumer cette journée sanglante, on souhaite aussi rappeler et apporter tout notre soutien à la personne, elle aussi gravement blessé le MÊME jour que notre ami à Paris, lors d'une manifestation, celle-ci ayant reçu un éclat de grenade désencerclement dans la gorge.

La gendarmerie tout comme la police mutile, tue avec l'aide du gouvernement qui autorise une militarisation des forces de l’ordre de plus en plus importantes tout en lui donnant les outils nécessaires afin de faire taire et de terroriser tout contestataire ...

Nous appelons les gens à se rassembler un peu partout en France le 30 mai, en soutien à Maxime pour montrer qu'il ne restera pas isolé, que nous sommes là et que nous serons là pour lui. Une cagnotte leetchi via ce lien a aussi été mise en place afin d'aider la famille mais surtout Maxime dans la continuité normale de leur vie.

Maxime on pense fort à toi.

 

Collectif du 22 Mai

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