Ne laissons pas se consumer la pedopsychiatrie !

Nous sommes des soignants du secteur de pédopsychiatrie du 19ème arrondissement de Paris en lutte contre les politiques antisociales et la casse de nos services publics.

Manifeste du Collectif Pédopsychiatrie du 19ème en Lutte !

Venez nous soutenir le 17 avril 2019 au 114 avenue de Flandre.

 

Nous sommes des soignants du secteur de pédopsychiatrie du 19ème arrondissement de Paris en lutte contre les politiques antisociales et la casse de nos services publics.

En 2016, nous nous sommes constitués en collectif, portés par les mouvements sociaux contre la loi travail du gouvernement Hollande et la nécessité de réagir aux regroupements (qui ont eu lieu au sein) de nos hôpitaux Parisiens dans une indifférence quasi générale imposés par à la loi HPST de 2009 dites « Loi Bachelot » et renforcés par la loi Santé « Tourraine » en 2016.

Au sein de notre secteur nous avons organisé de nombreuses manifestations en lien également avec d’autres collectifs du secteur social et médico-social (19ème côté adulte et 10ème côté pédopsychiatrie, la commission « action travail social », la commission « psy-soins-accueil », etc.).

Nous sommes en lutte localement pour la défense de nos budgets de formation et notamment pour le droit à la formation individuelle. Nous nous sommes également opposés au contrat de pôle (délégation de gestion) qui consiste à faire de nous des gestionnaires soumis aux dictats de la toute-puissante administration. Nous luttons également pour la défense de nos associations de secteur que l'administration incite outrageusement à transformer en caisses de gestion des budgets de secteur ou à faire disparaître comme dans de nombreux secteurs de psychiatrie et de pédopsychiatrie.

Une attaque au long cours

Cela fait plusieurs années que la pédopsychiatrie publique connaît de graves attaques idéologiques et financières de la part des gouvernements successifs, mettant à mal notre capacité à répondre à nos missions. Nous sommes au quotidien auprès d'enfants ayant besoin de soins psychiques nécessitant du temps, de la disponibilité psychique des soignants, ce qui se traduit par la possibilité de les recevoir régulièrement ainsi que leurs parents, mais aussi par le fait de travailler le lien avec les partenaires que sont l'Education Nationale, l'Aide Sociale à l'Enfance, mais également les institutions médico-sociales et les associations de quartier. Grâce à ce travail, nous pouvons tisser autour de l'enfant un maillage sur-mesure à même de le soutenir dans ses potentialités.

Nos outils de travail sont l’accueil, l’écoute, le jeu, la parole, des sorties, des séjours, mais surtout du temps pour penser en équipe les enfants que l'on accueille et la liberté de pouvoir modifier le cadre institutionnel en fonction de chacun d'eux. En effet, nous accueillons bien des enfants et leur famille et non des pathologies ou des troubles. Des enfants qui viennent avec leur histoire  singulière et qu'aucun cadre préexistant, aucun protocole ou classification diagnostique ne peut saisir dans sa globalité. Nous nous appuyons sur des concepts théorico-cliniques qui empruntent à différentes approches : psychodynamiques, psychanalytiques, développementales, éducatives et  cognitivo-comportementales. On peut appeler cela de la psychothérapie institutionnelle, de la sociothérapie ou encore des pratiques intégratives, après tout peu importe. Il s'agit de pouvoir être-là, créatifs chaque jour auprès des enfants, de tenter de comprendre quelque chose de leurs aliénations psycho-sociales, de leur « être-empêché » et de leur permettre ainsi de s'appuyer sur la relation thérapeutique pour s’apaiser, changer, et de poursuivre leur vie dans les meilleures conditions.

Ce travail, lorsqu'il est possible, permet à beaucoup d'enfants de pouvoir entrer en relation, c’est-à-dire de pouvoir dire, de leur place, ce qui se passe pour eux mais aussi d’entendre ce que les autres ont à leur dire. Lorsque nous en avons les moyens, ce travail permet aux enfants de se libérer de leurs angoisses et donc des souffrances multiples qu'elles engendrent. Autrement dit, nous pensons simplement les aider, avec leur environnement proche, à être sujet d'eux-mêmes et à être le plus épanouis et heureux possible.

Pour de nombreuses familles, le travail psychothérapeutique effectué en CMP permet à l’enfant de reprendre une vie de famille apaisée, une scolarité qui était devenue impossible, une vie sociale qui était entravée, etc. Dans d’autres situations, cela se traduit parfois par « des petits riens » plus difficiles à objectiver : un regard, la possibilité de jouer, de partager un jeu avec un autre enfant, ou encore la possibilité pour certains parents de sortir dans la rue avec leur enfant ou de prendre les transports lorsque ce n'était pas possible avant. Mais « ces petits riens » sont en fait les signes d’importants changements subjectifs.

Et c'est ce travail, de rencontre et de lien, qui est attaqué par les mesures autoritaires et liberticides que nous combattons aujourd'hui !

La mise en place des Groupement Hospitalier Universitaire, énorme fusion qui vise à réduire les coûts, apporte un lot de mesures incompatibles avec le cœur de notre activité :

            Nous subissons le passage en force d'une Organisation du Temps de Travail (OTT) imposée par la direction du nouveau GHU Psychiatrie-Neuroscience. De nombreuses protestations se sont faîtes entendre, une grève a eu lieu, mais la direction a gardé le même cap, à l'instar de nos gouvernants autoritaires. Cette OTT inadaptée nous pousse à recevoir les enfants moins longtemps et moins souvent sous le prétexte fallacieux de pouvoir recevoir plus de familles et ainsi de tenir la cadence des demandes.

Mais nous n'y arrivons plus depuis longtemps déjà ! Sur notre secteur, il y a aujourd'hui des centaines d'enfants qui attendent une première consultation depuis plus de six mois à un an. Nous sommes en flux tendu permanent et nous perdons des jours de congés. L'épuisement général se fait sentir. De plus en plus de soignants partent en arrêt maladie ou bien quittent tout simplement le service public. La qualité des soins s'en trouve gravement atteinte. Alors que dans le même temps, le 19ème arrondissement a vu sa population augmenter de 10 000 habitants en 10 ans et 20 000 en 20 ans, sans augmentation des effectifs soignants.

Nous réclamons au moins le double de nos effectifs actuels pour mener à bien notre mission de service public. Et nous réclamons la liberté de choix des équipes dans leur Organisation du Temps de Travail.

            Nous subissons également une baisse de moyens en matière de formation. Nous avons perdu l'équivalent de 11000 euros de budget formation en 2016 soit 50% de notre budget initial. C'est pourtant le poumon de nos métiers qui alimente notre pratique clinique au quotidien auprès des enfants. Elle nous permet d’enrichir nos pratiques, de les questionner, bref de remettre de la pensée là où parfois elle s'épuise...

Nous avions créé une commission formation (la loi HPST de 2009 instaurait la création de ces instances décisionnelles sans en définir un mode particulier de fonctionnement). Cette commission était un véritable outil de démocratie autogestionnaire où chaque profession et chaque unité fonctionnelle du secteur était représentée. Ce mode d’organisation avait ouvert des espaces de réappropriation[1] de nos outils de travail où étaient liées pratique clinique et formation. Nous avions pu construire ainsi des formations plus adaptées à la réalisation de nos projets cliniques.

Aujourd'hui par exemple nous peinons à suivre des formations d'orientation analytique, qui sont pratiquement absentes des nouveaux plans de formation. A l’inverse, apparaissent de plus en plus de formations aux méthodes comportementales.

Nous exigeons donc le maintien d'un budget de formation à hauteur de 22000€, ainsi que la possibilité de travailler démocratiquement le choix de nos formations en commission.

            Nous subissons la dotation des activités quotidiennes et du matériel (c'est à dire l'enveloppe de secteur qui concerne l'achat de jeux, jouets etc.) en fonction de la file active (nombre de nouveaux patients pris en charge par an). Cet alignement a été entériné par la signature du contrat de pôle qui lie la cheffe de pôle avec l’administration. C’est une des raisons pour laquelle nous nous étions battus en 2016 afin d'empêcher cette signature de passer en silence comme dans de nombreux services. Mais en vain.

Comme la quasi-totalité des services de psychiatrie et pédopsychiatrie, nous sommes ainsi soumis à la VAP (Valorisation de l'Activité en Psychiatrie) qui n'est rien d'autre qu'une Tarification à l'Acte (T2A) amenuisée (car elle n'influe pas sur la masse salariale). Cette organisation gestionnaire vise uniquement une logique de rentabilité. Cette dernière s'accompagne de moyens informatiques de contrôle qui nous oblige à saisir des actes pour alimenter des données en ce qui concerne la file active ce qui nous fait perdre de l’énergie et un temps soignant conséquent. Chez nous, ce logiciel s’appelle Cortexte, et les données saisies permettent en retour de mettre en compétition les unités fonctionnelles du secteur.

Ces pratiques de rationalisation du travail digne des grandes entreprises nous mettent en grande souffrance éthique. Il y a de moins en moins de place faite à la confiance et à l'intelligence collective.

Nous souhaitons mettre un terme à ces outils de contrôle gestionnaire ! Organisons la grève des outils de gestion numérique, (cortexte(s) ou autres !!)

            Nous subissons les recommandations de bonnes pratiques (traduire « directives ministériels ») de la HAS (Haute Autorité de Santé) s'appuyant sur une prétendue « scientificité » qui n’est souvent que du scientisme au bénéfice de lobbies cherchant à vendre des méthodes « toutes faites » qui promeuvent la prescription de médicaments. Ces directives font pression pour que les équipes adoptent de façon systématique des méthodes qui ne conviennent pas à tous les enfants.

Nous n'avons pas besoin de méthode. Encore une fois, nous avons besoin de liberté et surtout de temps pour accueillir les enfants et leurs familles. Nous avons besoin de confiance pour élaborer collectivement des soins adaptées à chacun d'eux. Les lobbies, la secrétaire d'état, certaines associations de parents d'enfants, nous attaquent, alors que nous sommes déjà à terre. Il s'agit d'une véritable instrumentalisation de la souffrance des patients et de leurs parents.

A l'heure où la place est donnée aux start-up en santé mentale et à la financiarisation de ce secteur (le concept de « décloisonnement » dans le projet de loi « ma santé 2022 »), où l'on parle de désinstitutionnalisation des enfants handicapés, de la dé-psychiatrisation des enfants autistes, de plus en plus de parents sont laissés pour compte. Ils doivent s’arrêter de travailler parce que les enfants sont déscolarisés et sans aucune solution de prise en charge institutionnelle. Ces parents ont bénéficié de « l'excellence » des CHU en matière de diagnostic et d'orientation...

Bravo l'inclusion ! Mais quelles solutions sur le long terme ?

Nous exigeons l'arrêt des recommandations de « bonnes pratiques », véritable usine à gaz qui cache la campagne de désinvestissement de l'Etat en matière de soin gratuit pour les enfants.

            En 2017, la direction a demandé aux associations de secteurs (notamment les clubs thérapeutiques) de se mettre en conformité avec la loi de 2016, dite de modernisation de notre système de santé, qui oblige ces associations à signer une convention avec l'établissement. Ce type de convention est censée permettre aux associations de secteur de continuer à fonctionner avec des soignants salariés, dans les locaux de l'hôpital et en recevant une subvention du service financier de l'établissement (environ 4000 à 8000€). L’association de secteur est un outil de soin en ce qu'il tend à la fabrication du collectif au sein de l'hôpital psychiatrique, en permettant aux patients et aux soignants d'avoir un espace de vie démocratique, en se projetant ensemble dans des activités diverses ayant trait à la culture, la vie de quartier, les loisirs, bref, tout ce qui permet de modifier un peu le contexte social, même localement, pour le rendre plus vivable ou en tout cas moins pathogène. La loi change simplement les missions générales de l'association pour en faire « une association en santé mentale »  devant mettre en œuvre un projet thérapeutique visant les soins, la prévention, la réadaptation et la réhabilitation des patients. Le problème est que la direction profite de cette mise en conformité pour introduire une règle ne relevant pas du texte de loi. Par exemple, elle impose par le biais d'une convention-type que notre association de secteur (l'AUSA 19) gère la globalité de l'enveloppe de secteur allouée aux activités thérapeutiques, achat de matériel, courses quotidiennes etc. (soit 20 000 à 40 000€). Si nous refusons, elle menace tout simplement de ne pas passer de convention, ce qui entraînerait in fine sa dissolution. Or, nous savons qu'il s'agit pour la direction de pouvoir se décharger d'une tâche de gestion qu'elle ne parvient plus à remplir pour que ce soit les soignants qui s'en chargent via l'association.

La Coordination des Associations de Maison-Blanche s'est constituée en réaction à cette campagne et œuvre depuis plus d'un an à défendre la spécificité des associations de secteur.

Nous nous battons actuellement pour que nos associations (conventionnées) puissent continuer à être subventionnées avec la possibilité pour les soignants d’œuvrer à la vie de l'association avec les patients et les familles sur du temps salarié et dans les locaux de l'établissement, comme cela est encore le cas aujourd’hui.

Nous refusons la délégation de gestion des activités thérapeutiques via les associations pour des raisons pratiques, éthiques et idéologiques. Nous ne pouvons pas gérer, nous soignants et patients, des budgets s’élevant de 20 000 à 40 000€. Nous ne pouvons pas prétendre à un fonctionnement démocratique en gérant les activités thérapeutiques qui serait inféodées au Chef de Pôle qui a le pouvoir de décider seul des orientations de soin.

Nous y voyons aussi et surtout le glissement vers un mouvement plus global de privatisation des soins en santé mentale en amenant les soignants à intérioriser des préoccupations gestionnaires et à s’habituer à fonctionner à partir d'appels à projets et de partenariats publics/privés.

            Ces mesures abjectes sont appuyées par une véritable campagne communicationnelle. Nous recevons chaque semaine des dizaines de mails du GHU-communication relayant tel article sur l’excellence de notre hôpital ou telle proposition de startups en innovation sanitaire (E-santé mentale).

Nous réclamons l'arrêt des financements des campagnes de communication pro-GHU par l’établissement, dépenses à nos yeux inutiles !

Et nous aurions encore tant de choses à témoigner...

Les perspectives de notre combat

Il est temps de s'organiser et de construire des stratégies politiques sur le long terme qui soient partagées par le plus grand nombre. Si chaque hôpital est touché par ces politiques de façon spécifique et en fonction des arrangements ou des luttes locales, il est aujourd’hui plus que nécessaire de construire un rapport de force large et rassembleur.

Nous, soignants de la pédopsychiatrie du 19eme, pensons que les logiques à l’œuvre ne sont pas le fruit d'erreurs de parcours ou d'incompréhension en ce qui concerne notre travail. Toutes ces attaques servent un plan élaboré. Le projet futur des technocrates pour notre secteur peut se résumer ainsi : réduire nos missions afin de les limiter à effectuer des bilans et à poser des diagnostics sur les enfants. Cela a déjà commencé dans de nombreux CHU. Dans ce cadre, les soins seraient assurés par le milieu associatif et le libéral. Ce sera donc une « pédopsy guichet » ou «low-cost » qui n'accompagne plus, ni ne soigne, les enfants et leur famille, même les plus démunies, au quotidien et sur le long terme, et qui ne travaille plus avec ses partenaires (l’école, l’Aide Sociale à l’Enfance, la PMI etc.), qui souffrent déjà par ailleurs eux-mêmes de coupes budgétaires et d’attaques en tout genre (La dernière « Loi Blanquer » pour citer un exemple)…

Nous sommes déterminés à nous opposer à cette désagrégation programmée de la pédopsychiatrie publique, ici comme partout ailleurs !

Ces politiques s'attaquent en effet également aux secteurs du social, du medico-social, de l'éducation nationale et à tous les métiers de l'humain et de l'éducation de nos enfants.  Il est impératif de construire un front large, déjà amorcé par de nombreux mouvements, notamment celui des gilets jaunes, pour nous rendre visible et rendre visible les populations les plus précaires avec lesquelles nous travaillons ! Il nous faut travailler aux bases d'une solidarité populaire capable de repenser le bien fondé de nos secteurs. « On juge du degré de civilisation d'une société à la façon dont elle traite ses fous » disait Lucien Bonnafé. Si la psychiatrie est la loupe grossissante de notre société alors n'attendons plus pour élargir et structurer nos luttes !

Nous nous battons pour construire une pédopsychiatrie humaine et respectueuse des enfants, de leur famille et des personnels soignants. Nous nous battons pour une meilleure répartition des richesses et un service public en bonne santé. Nous nous battons contre ce gouvernement autoritaire au service des lobbies, de la finance et du grand patronat !

C'est pourquoi nous démarrerons une grève sur notre service le 17 avril prochain. Rendez-vous au 114 avenue de Flandre dès 9h30 pour une journée de mobilisation festive !

 

9H30 ACCUEIL

10H00 POINT INFORMATIONS

10H30 GROUPE DE MUSIQUE ‘‘binObin’’

11H00 SPECTACLE DE CLOWN  ‘‘La Chouquette’’

https://www.lesessuyeusesdeplatres.com

11H30 DISCUSSIONS ET ÉCHANGES

12h30 REPAS PARTICIPATIF / PARTAGEZ VOS PETITS PLATS !!

14H30 POINT PRESSE + ÉCHANGES ET DÉBAT

INTERVENTION DES ACTEURS DU QUARTIER

17H00 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

 

Contact : collectifpedopsy19@gmail.com

 

 

[1] Dans nos pratiques éducatives et soignantes, la question de lautonomie est posée sans cesse avec les enfants et les adolescents. La réappropriation dont nous parlons repose ainsi sur un concept d’autonomie qui nous est cher : « Si tu n’es pas à ma place, tu ne décides pas à ma place ».

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