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Billet de blog 8 mai 2020

Pandémie et solidarités: associations et collectifs citoyens à bout de souffle sonnent l’alarme

Le monde associatif et des collectifs informels tentent de soulager l’enfer que vivent les milliers de sans-abri en île de France. Ce secteur fonctionne sur la base du bénévolat. Nous voulons que la situation apparaisse en pleine lumière car pendant la pandémie, les pouvoirs publics se déchargent de leurs missions de solidarité sur un monde associatif ou sur des collectifs citoyens à bout de souffle.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous nous adressons à vous, au public, mais aussi à celles et ceux qui, par leur position dans les institutions, dans le monde de la culture, de l’art, de la science ou de l’éducation ont quelque pouvoir de décision, quelque capacité à réagir, et à exercer une pression sur les pouvoirs publics. Car pendant la pandémie virale ils se déchargent de leurs missions de solidarité sur un monde associatif ou sur des collectifs citoyens à bout de souffle.

Des personnes vivent en enfer dans notre pays. Harcelées par la police, malades par manque de soins, sombrant dans la dépression et se suicidant parfois, elles sont chassées et ballottées quotidiennement entre Paris et sa banlieue. Indésirables partout, elles errent, faisant des kilomètres sans trouver refuge. Sans savon pour appliquer les « gestes barrières » entre elles, ni avec le reste de la population. Sans points d’eau ni sanitaires. Il suffirait pourtant d’un effort minime des pouvoirs publics pour sauver des vies humaines, un effort minuscule par rapport aux dizaines de milliards d’euros débloqués, durant le confinement, pour soutenir l’activité de groupes industriels pourtant puissants.

On attendrait au moins que l’Etat ne menace pas la vie de gens qui ont tout perdu. Pourtant, les salaires de nombreux fonctionnaires de police sont dépensés pour harceler des enfants et adolescents à la rue, forcés de se regrouper dans des lieux où ils sont au contact des dealers de crack. Des enfants non pas rassurés, mais terrifiés lorsqu’ils rencontrent les forces de l’ordre. On ne peut qu’être glacés de voir la force publique utilisée pour détruire les tentes et les rares possessions de personnes démunies, ou pour verbaliser les gens qui leur viennent en aide.

Le monde associatif et des collectifs informels tentent de soulager l’enfer que vivent les milliers de sans-abri en île de France, privés de droits, de soins, d’eau, de nourriture, d’informations. 42000 personnes sont prises en charge chaque soir dans les hôtels sociaux d’Île-de-France d’après les chiffres de la mairie de Paris. Et les chiffres manquent pour ceux qui sont à la rue, mais on estime à 40 le nombre de nourrissons qui dorment dehors sous la seule protection de leur mère. Quant aux Centres d’Hébergement d’Urgence, ils ont reçu la consigne de maintenir la trêve hivernale pour respecter le confinement, mais aucun budget ne leur a été attribué pour répondre aux besoins des familles qui y sont entassées.

Evidemment, il y a des morts, mais ils ne sont pas même comptés. La banalité du mal s’est instillée aujourd’hui dans notre quotidien. Ce sont des solidarités quasi-clandestines qui sauvent.

Et nous qui écrivons, qui sommes-nous ? Nous sommes sur le terrain ou en contact avec le monde des associations, des collectifs citoyens ou des squats. Dans le contexte du confinement, nous sommes admiratifs de l’énergie, du courage et de l’intelligence qui sont mobilisés par ces personnes pour aider des jeunes migrants isolés, des familles, des sans domiciles fixes, des réfugiés, des jeunes mères à la rue avec leur bébé.

D’après les témoignages et observations recueillis, on constate une évolution du mécanisme d’aide aux plus démunis à Paris et en Île de France. Des associations et des ONG subventionnées par l’Etat ou les collectivités territoriales assurent depuis longtemps les fonctions de solidarité que les pouvoirs publics leur délèguent. Mais de nouveaux besoins ont émergé avec la pandémie, et ces associations prestataires se tournent alors vers des collectifs informels et des associations non subventionnées. Ces collectifs solidaires souvent très ancrés localement prennent le relai des associations et des ONG pour des distributions alimentaires destinées à des adultes et des nouveaux nés, et pour maintenir un accès aux soins et un suivi administratif des populations les plus fragilisées. Signalons que l’AP-HP fait également appel à ces associations et collectifs tant il manque lui-même de tout. Et il y trouve non seulement de l’énergie, mais aussi des compétences : certaines des personnes interrogées travaillent dans le secteur hospitalier ou dans les services sociaux. Enfin, on trouve aussi des autonomes qui assurent la survie de sans-abris, de Rroms, de migrants, etc.

Ce secteur fonctionne sur la base du bénévolat, et les personnes déclarent une grosse charge de travail qui met en péril leur vie professionnelle et parfois personnelle. Les personnes que nous avons interrogées assurent par exemple la distribution d’un millier de repas chaque semaine dans les quartiers du nord parisien (collectif Solidarité migrants Wilson), ou encore elles distribuent plus de 160 petits bagages par mois avec tout le nécessaire pour l’arrivée du bébé des mamans en grande précarité, dans Paris et sa banlieue (association Un petit bagage d’amour, qui constate une augmentation importante des demandes depuis le début de la crise sanitaire), ou encore elles fournissent des repas pour 300 familles livrées une à deux fois par quinzaine (collectif Solid 19 de Patin, qui regroupe des habitants et associations locales). Elles s’organisent également pour trouver chaque jour des hébergements d’urgence et de la nourriture à des dizaines de personnes sans abri que le Samu social ne prend pas en charge (collectif Les midis du Mie), et elles doivent en plus gérer les inquiétudes des hébergeurs en période de confinement, favoriser l’accès à l’information et au droit pour les hébergés, sans oublier de rechercher des financements privés.

Ce secteur associatif ou citoyen, confronté à la pandémie et au harcèlement policier, est lui-aussi à bout et dépend d’une logistique et de réseaux qui sont fournis par des squats, des collectifs sur lesquelles tous comptent aujourd’hui mais qui doivent eux-mêmes lutter pour se maintenir.

L’un de ces squats est le terrain d’enquête de l’un d’entre nous depuis deux ans (le Laboratoire Ecologique Zéro déchet de Pantin). Sans le bâtiment désaffecté qu’il a ouvert, et qui sans cela serait resté vide et gardienné à grand frais par les pouvoirs publics, les associations et collectifs auraient encore plus de mal à travailler. Par exemple, une association est hébergée par l’église St Sulpice qui a fermé à cause du confinement. C’est grâce au squat de Pantin qu’elle a pu maintenir son activité et que d’autres ont pu bénéficier d’un lieu de collecte, de distribution et de stockage.

Ce processus accompagne la destruction soigneusement organisée des services publics par l’Etat et les collectivités territoriales. On compte aujourd’hui sur la décence ordinaire, la dignité, le courage d’agir et les compétences de personnes ou de collectifs souvent précarisés eux-mêmes. Mais tout cela entre dans une forme de clandestinité, dans l’invisibilité institutionnelle et médiatique. L’usage du numérique par les institutions, d’après certains de nos interlocuteurs, ajoute encore aux problèmes et à l’invisibilité des populations n’ayant pas accès à internet.

La vie de réfugiés, d’enfants, de familles subissant l’enfer, disparait des radars de l’action publique. Elle échappe parfois au secteur associatif qui se tourne alors vers des collectifs et personnes aidantes qui assument les valeurs de la démocratie et des principes humanistes, mais qui sont harcelés et maltraités. Nous ne pouvons supporter qu’il en soit ainsi. Nous voulons que la situation apparaisse en pleine lumière telle qu’elle est, c’est-à-dire comme une menace directe pour la dignité et les droits humains, et pour la démocratie.

Signataires

Igor Babou, professeur à l’université Paris Diderot et chercheur au Ladyss

Najoua Belyzel, Auteur interprète 

Matteo Bonaglia, avocat au Barreau de Paris.

Claude Calame, directeur d’études à l’EHESS, Paris

Christophe Casanave, auteur interprète

Élise Chassaing, journaliste

Gérard Darmon, acteur

Pierre Delavie, artiste plasticien (https://pierredelavie.com/)

Delphine Dufriche, intermittente du spectacle

Rafaëlle Jolivet Pignon, Autrice, dramaturge, enseignante

Bernard Kalaora, Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain, professeur honoraire de l’Université de Picardie Jules Verne, conseiller scientifique du Conservatoire du Littoral, président de Littocean

Corine Lellouche, journaliste et enseignante au CELSA

Joëlle Le Marec, professeure à Sorbonne Université – CELSA, directrice du Gripic

Bernard Loup, Président du Collectif Pour les Territoires de Gonesse

Véronique Nahoum-Grappe, chercheuse à l’EHESS, membre du Centre Edgard Morin

Nicolas Pignon, comédien

François Ribac compositeur et maitre de conférences à l'Université de Dijon

SideWays, reporters indépendants et web-série itinérante (http://side-ways.net)

Jean-Yves Souben, Vice-président du Collectif Pour les Territoires de Gonesse

Elsa Tyszler, chercheuse post-doctorante au CRESPPA-CNRS, membre de Migreurop

Association Un petit bagage d’amour (https://www.unpetitbagagedamour.org/)

Association L’assiette migrante (https://www.lassiettemigrante.com/)

Association Humans for Women (https://www.humansforwomen.org/)

Association Kâlî (http://associationkali.org/)

Association Le souci des nôtres (https://www.facebook.com/Le-Souci-Des-Nôtres-1959362341005480/)

Association entraides citoyennes, Paris (http://entraides-citoyennes.org/)

Association Auber-lié, Aubervilliers (https://www.facebook.com/groups/3032226020174162)

Association La pépinière, Aubervilliers (https://lapepiniere-aubervilliers.fr/)

Association La ferme du bonheur, Nanterre (http://www.lafermedubonheur.fr/)

Association Disco Soupe nationale (https://www.facebook.com/DiscoSoupe/)

Association des Marchés Economiques Locaux Individuels et Organisés de la Récupération (http://amelior.canalblog.com et https://www.facebook.com/AssociationAmelior/)

Association Umanah, Gentilly (https://umanah.fr/)

Association Un toît pour elles, Antony (https://www.untoitpourelles.com/)

Association Humanity France (https://www.facebook.com/organisation.humanity/)

Collectif Solidarité Migrants Wilson (https://www.facebook.com/Solidarité-migrants-Wilson-598228360377940/)

Collectif Les midi du Mie (https://www.helloasso.com/associations/les-midis-du-mie)

Collectif de soutien de l’EHESS aux sans-papiers et aux migrant-es (Ligue des Droits de l’Homme)

Collectif Debout Education Populaire, Paris (https://educpopdebout.org/)

Collectif Bagnolet Uni-e (https://www.facebook.com/bagnoletunie/)

Carbone 17, Espace culturel & artistique autogéré, Aubervilliers (https://www.facebook.com/CarboneDixSept/)

DSXL (squat de Romainville : https://www.facebook.com/dsxlziva/)

Extinction Rebellion Île de France (17 collectifs locaux) : https://extinctionrebellion.fr/branches/idf/

Laboratoire Ecologique Zéro Déchet (squat de Pantin : https://www.labozero.org/)

Le Landy sauvage (squat de Saint Denis : https://www.facebook.com/clossauvage/)

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