Face au scandale du «made by Ouïghours»

Du dégout, de la honte. C’est ce que je ressens quand je lis le rapport publié par l’Australian Strategic Policy Institute. Il dévoile le travail forcé des Ouïghours pour le compte de 83 firmes multinationales, dont les plus connues sont Apple, Samsung, Nike, Adidas, H&M, Google, Zara, Fila, BMW, Volkswagen...

Je m’en veux d’avoir acheté leurs produits. Cela témoigne d’ailleurs de ma grande faiblesse à lutter contre l’effet de mode. En effet, il y a deux mois, je n’ai pas su résister et j’ai suivi la tendance : j’ai acheté une doudoune The North Face. J’ai aussi un IPhone, des chaussures de sport Nike, un ordinateur Microsoft, un sweat Polo Ralph Lauren, j’utilise Amazon, Google. Bref, je suis l’archétype du consommateur aisé. Et je n’en suis pas fier. Mais bon, que voulez-vous, ne suis-je pas comme « tout le monde » ?

Auparavant, j’avais conscience que ces articles n’étaient pas conçus dans le respect des travailleurs ou de l’environnement. Mais c’est comme si je lacceptais. J’acceptais, de manière consciente ou non d’ailleurs, que d’autres souffrent, perdent leur dignité pour satisfaire mes envies, mes caprices de lycéen issu d’une famille aisée.

Mais j’ai de la chance, j’ai grandi dans un environnement qui ma sensibilisé à ces questions, qui m’a éduqué en essayant de me faire prendre conscience des conditions de fabrication de la plupart des produits de consommation. Alors j’essaie de faire attention, de m’habiller chez des marques saines, qui respectent la dignité de leurs salariés. Mais personne n’est parfait, alors parfois on faiblit, et on se laisse porter par le courant.

Aujourd’hui il me semble que ce drame a un caractère inédit : ce n’est plus seulement des marques qui exploitent des travailleurs. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui, uniquement parce qu’ils sont musulmans, sont forcés de travailler dans des usines d’habillement ou d’assemblage. Être forcé à travailler, être privé de ses libertés, cela s’appelle de l’esclavage. Et aujourd’hui, je refuse de m’habiller sur le dos desclaves.

J’en veux à ces multinationales qui cherchent, par tous les moyens possibles, allant dans ce cas jusqu’au travail forcé, à réaliser des bénéfices toujours plus exorbitants. Je leur en veux car ils sont responsables. Ils ont la responsabilité de leurs produits, tout au long du processus de production, de la conception au service après-vente. Et quand j’achète une doudoune The North Face, je sais que les travailleurs ne sont pas payés dignement, qu’ils vivent dans des conditions misérables. J’en suis conscient, et donc quelque part je suis d’accord avec ça. Mais jamais je n’aurai pu imaginer que les hommes, femmes ou enfants qui étaient derrière ma doudoune étaient privés de la plupart de leurs libertés, et encore une fois, uniquement parce qu’ils sont musulmans.

Ces marques nous doivent des explications, à nous, consommateurs. Nous devons être précisément informés des conditions dans lesquelles sont produits nos vêtements, ceux que l’on porte si près de notre peau mais dont nous ne connaissons parfois strictement rien.

Enfin, une dernière chose me surprend, et m’attriste un peu : c’est le manque d’intérêt général ou peut-être le manque d’informations a l’égard de ces sujets. J’ai l’impression que l’on n'est plus sensible à ce genre de drames, que l’on n'est plus choqué par ce genre de comportements, comme si c’était devenu une norme, quelque chose de « déjà vu » ou de « pas nouveau ». En écrivant ce papier, j’espère juste un sursaut.

 

Étiquette "made by Ouïghours" Étiquette "made by Ouïghours"
 

Action réalisée dans un lycée parisien pour sensibiliser les élèves à la situation des Ouïghours Action réalisée dans un lycée parisien pour sensibiliser les élèves à la situation des Ouïghours

Deux jeunes lycéens posant avec l'étiquette "made by Ouïghours" Deux jeunes lycéens posant avec l'étiquette "made by Ouïghours"

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