La «réussite pour tous» ne doit pas s'arrêter aux grilles du Lycée Colbert (Lyon)

Fragilisation du public accueilli et contournement de la carte scolaire, augmentation du nombre de classes et d'élèves à moyens constants, personnel non remplacé..., le lycée Colbert est en souffrance. Les enseignants ont décidé de se mettre en grève ce jeudi 12 octobre.

Lycée Colbert, centre ville de Lyon, à deux pas de l’illustre Université Lyon 3, qui accueille les étudiants de Droit. Il n’en faut pas plus pour imaginer un lycée en pierre de taille, accueillant une cour intérieure dans laquelle trône une statue de Jean Baptiste Colbert, grand Contrôleur Général des finances du roi Louis XIV.

Lycée Colbert, Lyon (8e) Lycée Colbert, Lyon (8e)

 Entrée du lycée Colbert (Lyon, 8e ardt)

Il s’agit en réalité d’un lycée à l’architecture beaucoup plus récente, béton au mur et goudron au sol, qui aujourd’hui est en souffrance. Les deux tiers des enseignants ont décidé de se mettre en grève ce 12 octobre.

  « - Alors, on marque « lycée poubelle » sur le tract à distribuer jeudi ?
- C’est un peu trop fort, non ? « En voie de ghettoïsation » plutôt ? Il ne faut pas choquer nos élèves !
- Pourtant « poubelle », ce sont eux qui le disent ! »

 

 Le quartier du lycée Colbert est un quartier socialement mixte, agréable à vivre, en pleine expansion  démographique. Certains des collèges du secteur sont classés REP, mais d’autres ont plutôt bonne réputation. Pourtant, les indicateurs sociaux et éducatifs du public reçu dans l’établissement sont détonants, et montrent une évolution plus que préoccupante :

  • 9,7 / 20 de moyenne au brevet des collèges (contre 11,4 / 20 dans l’académie)
  • un élève sur deux vient d’un collège REP, contre un sur quatre il y a 5 ans.
  • 40 % d’élèves viennent de milieux défavorisés (contre 28 % dans l’académie)
  • 16 % d’élèves viennent de milieux favorisés (contre 31 % dans l’académie)

 Le lycée, identifié à l’échelle nationale comme faisant partie des «lycées à besoins spécifiques » ne bénéficie cependant d’aucun moyen supplémentaire. En cette rentrée, deux classes sont venues remplir un peu plus les locaux, une de seconde générale (35 élèves), une de terminale STMG (section technologique Management et Gestion) (24 élèves). Cette dernière est toujours en attente de la nomination d’un enseignant de SIG (Système Informatique Gestion), une matière coefficient 12 au baccalauréat dans cette filière.

 Face à 780 élèves, sans compter les usagers du GRETA, également accueillis dans le lycée, la vie scolaire, composée de deux CPE (1,5 équivalents temps plein) et de 3 assistant-es d’éducation ne fait pas le poids. Vendredi dernier, elles n’étaient que deux présentes sur tout l’établissement, impuissantes face, entre autre, à l’intrusion de jeunes non scolarisés dans le lycée. Depuis le mois de septembre, ce sont deux conseils de disciplines qui ont eu lieu, plusieurs bagarres dans le lycée et aux abords immédiats, et des enseignants filmés et insultés sur les réseaux sociaux par des élèves. Des enseignants ont saisi la justice, d’autres demandent la « protection fonctionnelle » au rectorat.

 Les agents d’entretiens tournent en équipe réduite : « la région a décidé de ne plus remplacer le personnel en arrêt maladie ». Trois agents manquent ainsi depuis plusieurs jours.

 « Chaque année, le ras-le-bol, c’est au mois de février qu’on le ressent. Là, c’est dès septembre ! » a-t-on pu entendre lors d’une réunion avec la direction.

 Le coup de grâce est venu de la part du rectorat, qui a annoncé que la classe de STMG nouvellement formée devra accueillir, dans les tous prochains jours, près d’une dizaine d’élèves supplémentaires, redoublants non affectés dans l’académie.

 « les STMG qu’on accueille sont des classes super difficiles à gérer. Niveau souvent très faible, comportements problématiques,… Là, on commence à peine à instaurer une ambiance de travail correct, et on nous rajoute de quoi faire tout péter dans la classe ! » commentent plusieurs enseignants exaspérés.

 Les bons élèves du secteur, eux, sont aux abonnés absents. Profitant de la relative souplesse de la sectorisation lyonnaise, ils cherchent à tout prix à éviter l’établissement. Ou à en partir. L’année dernière, une dizaine des meilleurs élèves de seconde demandant une orientation en filière scientifique, a profité de l’ouverture d’une classe supplémentaire au lycée public La Martinière – Monplaisir (un ovni national qui n’est pas sectorisé, et ne reçoit les élèves que sur dossier). D’autres, arrivés en première année de BTS, désertent l’établissement pour obtenir leur diplôme dans un autre lycée.

 « On met en place des projets scientifiques culturels ambitieux, en partenariat avec le Musée des Confluences, la Maison de la Danse, et même avec le Centre National d’Étude Spatial, mais les bons élèves partent quasi systématiquement, profitant des appels du pied des gros lycées lyonnais », s’agacent des enseignants de français, d’histoire-géographie, de sciences.

 Absence de réaction du rectorat de Lyon face au contournement des cartes scolaires, manque de personnel éducatif et d’entretien, impossibilité de donner des conditions d’études dignes aux élèves du lycée Colbert : c’est maintenant à travers un mouvement de grève que les enseignants espèrent pouvoir être entendus; obtenir des garanties sur la carte scolaire et des effectifs supplémentaires, pour que dans ce lycée, comme dans tout autres, puisse être cultivée et pas seulement affichée, la valeur républicaine d'égalité.

                                                                                                                    Le comité de grève du lycée Colbert

 

Mise à jour : une pétition en ligne est disponible ici.

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