Au rectorat (Lyon): "circulez, il n'y a rien à voir (et rien à attendre non plus)"

Suite au mouvement de grève massif des enseignants du Lycée Colbert (Lyon, 8), les services du rectorat ont reçu les représentants. Qui en sont ressortis bredouilles, mais également choqués par des remarques culpabilisantes et blessantes. Un préavis de grève pour le mardi 7 novembre a été déposé.

«-  Ça n’a servi à rien notre grève de jeudi...

- Tu rigoles ? Si on n’avait pas fait grève, on n’aurait même pas été reçu au rectorat ! »

 

À l’heure d’information syndicale de mardi 18 octobre, l’amertume est palpable parmi la quarantaine d’enseignants présents. Le rectorat, rencontré la veille, n’a apporté aucune réponse concrète, et ne s’est même pas prêté au jeu des « promesses-qui-n’engagent-que-ceux-qui-y-croient ». Petit retour sur cette semaine… Frustrante.

Jeudi, pourtant, il y a eu du spectacle : présents devant le lycée dès 7h30, gilets jaunes, banderoles et slogans « Colbert, en colère ! », les enseignants, les lycéens montrent leur détermination. France 3 fait une apparition, quelques professeurs s’expriment, un article dans Le Progrès se profile… L’opération fonctionne ! À l’intérieur, c’est le calme plat. Pas ou peu de cours. La direction de l’établissement brille par son absence.

À 10h00… Direction le rectorat ! Une vingtaine de lycéens accompagnent le cortège enseignant. Pas question de les exclure de ce mouvement. Après tout, ce sont les premières victimes du climat de tension, du manque de moyen de l’établissement !

Casserole à la main, sifflet à la bouche, tout ce beau monde est prêt à réveiller Mme la rectrice et ses subalternes.

Il faut attendre pour être reçu : une délégation du lycée professionnel La Martinière - Diderot est déjà en entretien, en raison des manques cruels de moyens dans leur établissement. C’est la grève chez eux également.

« 5 personnes, pas plus ! » annonce l’accueil du rectorat. « Ah non, pas de lycéen ! Eux, ce ne sont pas des personnels, mais seulement des usagers. » Surprenante réponse, déception des jeunes…

Après quelques minutes, les délégués reçus ressortent de l’entretien en ayant déposé leurs propositions. Rien de plus… Pour l’instant : « Nous avons rendez-vous ce lundi, 18h. Le rectorat nous apportera ses réponses à nos revendications. »

L’après-midi est toujours aussi calme dans le lycée. La direction de l’établissement brille par son absence. Les enseignants se réunissent. Dans l’attente du rendez-vous sont prévus heure d’information syndicale le mardi, et « au cas où » préavis de grève pour jeudi prochain.

C’est tout de même un esprit joyeux et combatif qui prévaut dans les rangs. Les mobilisations aussi réussies font du bien au moral, permettent d’apprendre aux moins aguerris les outils de la lutte sociale. Les médias ont bien joué le jeu, relayant à l’échelle locale, et même nationale ,notre combat.

Pour autant, on sait bien qu’il sera difficile d’obtenir plus de moyens pour la vie scolaire, le renoncement du rectorat à son projet de nous affecter dix élèves supplémentaires en Terminale STMG, et bien plus difficile encore d’engager l’administration à faire respecter la sectorisation scolaire dans l’agglomération lyonnaise…

 

Lundi 17 octobre, 18h. Alors que depuis 15h30, M. Darmanin reçoit les représentants des fonctionnaires à l’échelle nationale qui en ressortiront profondément déçus, les représentants des enseignants du lycée Colbert, accompagnés d’un cortège bruyant de casseroles sont reçus par les services du rectorat, et en ressortent… profondément déçus également.

Les représentants du rectorat n’ont rien de concret à nous proposer. Et jouent sur les tous les tableaux habituels : flatterie, encouragement, et culpabilisation. La direction de l’établissement, présente également lors de cette audience, a brillé par son absence (de soutien).

 

Petit florilège des propos tenus par les représentants de la Direction Académique des Services de l’Education Nationale (DASEN)

 

« il faut faire confiance en votre nouveau chef d'établissement, moi je crois en Colbert ! »

« Oui, vous avez un public difficile. Ils (N.d.l.R : les élèves issus de REP) arrivent sans les codes »

« on n'a pas été bon cette année, mais on prend des engagements pour la rentrée 2018 » (à propos de la sur-représentation des filières technologiques face aux filières générales)

« le lycée va forcément bouger (N.d.l.R. : c’est-à-dire aller mieux) grâce à la réforme du collège et aux gros moyens mis sur l'éducation prioritaire, et grâce au bac remusclé en 2021 »

« L'accueil de ces élèves, je vous le demande comme un service » (à propos des 10 élèves qui arrivent en cours d’année en Terminale STMG).

« En plus, il y en a un qui arrive du privé, il ne devrait pas être trop mal »

« C'est l'honneur du service public d'accueillir tout le monde, comme le font Ampère et Herriot » (Les lycées Ampère et Herriot sont deux grands lycées historiques de Lyon, dans les quartiers favorisés de la ville)

«  Les lycéens doivent être autonomes, ils ont moins besoin de personnel adulte pour les gérer qu’en collège »

« S’il y a des dégradations devant le rectorat par votre rassemblement, on vous enverra la note ! »

«En parlant d’ ‘Elèves en difficultés’ : vous les stigmatisez par vos propos ! »

« C’est le travail des enseignants d’intervenir en cas d’incidents ! »

« Vous êtes peut-être dans l’établissement depuis trop longtemps, vous ne savez pas vous adapter. Il faut changer, demandez votre mutation ! »

 

Face à ces échanges durant lesquels aucune solution n’a été proposée, et qui ont été particulièrement blessants, les enseignants du lycée Colbert ont décidé collectivement de déposer un préavis de grève pour le mardi 7 novembre, à la rentrée des vacances de la Toussaint.

 

N.B. Peu après le dépôt de ce préavis, nous avons appris que le lycée Lumière, à 1 km de notre établissement, a lui aussi déposé un préavis de grève pour le jeudi 9 novembre pour des raisons similaires. Des actions communes sont envisagées.

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