Autocratie et épidémie

En fermant ses frontières internes et en coupant les circulations de la population, la Chine tente de faire semblant d'être efficace...

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En fermant ses frontières internes et coupant les circulations de la population, la Chine tente de faire semblant d'être efficace. Malheureusement, c’était déjà trop tard - cinq millions de Wuhanais étaient partis avant la fermeture complète de la ville, comme l'a admis le maire de Wuhan. 

Réponses retardées

La fermeture des frontières internes serait difficile de mettre en place dans un pays démocratique. Toutefois, les informations y circulant librement, lors d'une crise de santé publique, la voix des médecins professionnels serait entendue plutôt que repressée.

En Chine, ceux qui disent la vérité sont punis. La structure rigide et irresponsable de l’administration centralisée en Chine est la cause de l’éruption initiale dans la ville de Wuhan. C’est un script standard prévisible : L’autorité locale cache la situation réelle et arrête les lanceurs d’alerte pour « propager des désinformations ». Quand on s'est rendu compte que la situation est devenu hors des mains, c'est déjà trop tard pour le contenir. 

Autorité amatrice, scientifiques arrogants

Selon l’épidémiologiste Guan Yi, l’autorité de santé de Wuhan et les scientifiques locaux ne sont pas professionnels. L’autorité a stérilisé le marché, d’où le coronavirus émane. La stérilisation paraît raisonnable aux non-spécialistes. En réalité, c’est un cauchemar pour les épidémiologistes qui essayent de trouver l’origine du virus. Dans une analogie, l’autorité a effacé toutes les traces dans une scène de crime avant l’arrivée de la police scientifique. Quelle que soit l’intention du gouvernement local, la conséquence est que les scientifiques ont désormais plus de mal à avancer.

En plus, des scientifiques locaux ont refusé de collaborer avec Dr Guan, surnommé « chasseur de la grippe aviaire ». D’origine chinoise et basé à l’Université de Hongkong, il a suggéré correctement l’origine du coronavirus du SRAS en 2003, qui est la civette masquée sauvage largement consommée même aujourd’hui en Chine. Quelle que soit l’intention des laboratoires locaux, l’expert compétent a été refusé de travailler sur le terrain lors de sa visite à Wuhan. (https://china.hket.com/article/2549274/【武漢肺炎】管軼:錯過黃金防控期%20感染規模或沙士10倍起跳)

Leçon oubliée

Dix-sept ans après la tragédie du SRAS, la Chine n’a pas encore exécuté de manière proactive l’interdiction de la consommation des animaux sauvages, dont souvent des espèces menacées. Des biologistes de l’Université d’agriculture du sud de la Chine ont suggéré que le pangolin pourrait être un hôte intermédiaire du coronavirus. Malgré son statut menacé et sa possible dangerosité, cet adorable animal est largement consommé en Chine comme cuisine de luxe. Il faut noter que c’était des chercheurs chinois qui ont signalé le lien entre le coronavirus et l’animal sauvage consommé par des Chinois. Cette allégation grave serait impossible d'être publiée sans le feu vert du Parti. 

Confiance perdue 

Personne ne connaît la vraie situation en Chine; des nouvelles officielles, des rumeurs et des fausses informations se mélangent. Tout comme le virus, la production et diffusion des faux sont trop nombreuses et ne sont pas contrôlables, car les chiffres officiels sont jugés aussi non fiables que les rumeurs envoyées par des sources « fiables ».

De la « grande muraille » numérique chinoise, le camp de  « rééducation », à cette crise de santé publique, le régime ne cesse jamais de trouver les moyens, à degrés variés, pour censurer et masquer toutes les informations qui peuvent amener à une crise politique.

Peuple révolté

Des chinois continentaux dans le monde entier ont commencé à organiser des rassemblements pour le médecin qui est mort à cause du virus. Cela marque un changement de la mentalité des chinois continentaux, ils cherchent la vérité et la justice sociale. Si le régime avait mis en avant le bien-être du peuple, des millions (ou milliers, si vous préférez les chiffres officiels) de vies auraient pu être sauvées.

Le virus vient de la nature, mais l’épidémie vient des erreurs humaines. 



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