5 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 déc. 2022

Faire travailler les enfants sous couvert d’apprentissage. Un entretien

Faire travailler les enfants des pauvres à moindre prix, désinvestir l’éducation nationale au profit du patronat (offrant aux entreprises à la fois des aides financières et des travailleur·ses dociles) tel est le projet du gouvernement Macron. Entretien avec Christian Sauce, ancien professeur en lycée professionnel.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Initialement publié sur le bloc Academia.hypotheses.org - https://academia.hypotheses.org/41561


Faire travailler les enfants des pauvres à moindre prix, désinvestir l’éducation nationale au profit du patronat (offrant aux entreprises à la fois des aides financières et des travailleur·ses dociles) tel est le projet du gouvernement Macron. Alors que la journée de grève intersyndicale sur la question de la réforme des lycées professionnels s’est vue quelque peu noyée sous la journée de grève interprofessionnelle du 18 octobre dernier, il nous semble important de souligner combien il est urgent de stopper le saccage des lycées professionnels – ainsi que la destruction en cours de l’ensemble du service public de l’éducation. Entretien avec Christian Sauce, ancien professeur en lycée professionnel.

Céliane Svoboda: Si l’histoire des lycées professionnels avait pour ambition d’émanciper la formation du pouvoir patronal, ces dernières années sont marquées par bon nombre de contre-réformes qui, au détriment de l’éducation nationale, visent à redonner aux entreprises toujours plus de pouvoirs sur la « formation » des plus jeunes. Selon vous, Christian, quelles sont les contre-réformes les plus marquantes de ces dernières années qui démontrent le mieux la trajectoire empruntée par nos gouvernements successifs?

Christian Sauce: Pour répondre avec précision, il faut revenir aux sources de l’enseignement professionnel sous statut scolaire. En 1959 précisément, avec la réforme Berthoin, ministre du président De Gaulle : les Centres d’apprentissage, qui existaient depuis la Libération, deviennent des Collèges d’Enseignement Technique (CET), ancêtres de nos Lycées Professionnels. Dans De Gaulle et l’éducation nationale, Françoise Mayeur explicite cette décision :

« Pour le Général, l’État a une responsabilité en matière d’éducation : il lui faut assumer la responsabilité de former la jeunesse, ce qui signifie aussi évaluer les besoins, les possibilités, planifier l’action éducative. Les jeunes doivent être orientés dans les voies qui leur conviennent, mais qui conviennent aussi aux nécessités de la France et de la société contemporaine. »

Et il y met les moyens. De 383.200 élèves en 1960, les CET doublent quasiment leurs effectifs en 10 ans : 650.600 en 1970 puis 773.200 en 1980 ! Ils forment alors une bonne partie de la main d’œuvre des ouvrier-e-s et employé-e-s qualifié-e-s des 30 glorieuses puisqu’on ne recensait à l’époque que 222.000 apprenti-es !

Dans ces Collèges d’Enseignement Technique, les enseignants préparaient les élèves à passer le CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) en 3 ans. Ils avaient alors 5360 heures d’enseignement général et technique (Wikipédia). Il n’y avait aucun stage en entreprises et toute leur formation se déroulait dans l’établissement de formation ! En 1967, les CET se sont enrichis d’un diplôme supplémentaire avec le BEP (Brevet d’études professionnel). Puis les CET sont devenus des Lycées d’Enseignement Professionnel (LEP) en 1976 et enfin des Lycées Professionnels (LP) en 1985. C’est l’apogée de cet enseignement avec la création du Bac Professionnel la même année (suite d’études de 2 ans après le CAP ou le BEP) ! 780.000 élèves fréquentent alors les Lycées Professionnels en France (Repères et Références Statistiques). Signalons au passage que depuis 1979, les élèves de l’enseignement pro effectuent des stages en milieu professionnel : 15 jours à l’origine, jusqu’à 22 semaines aujourd’hui.

Pour le patronat et les branches professionnelles, cette importance de l’éducation nationale dans la formation professionnelle ne pouvait plus durer ! Depuis la fin des années 1990 et l’intense lobbying du Medef, on va constater que les « réformes » successives ne vont être que des contre-réformes idéologiques afin de diminuer les horaires et la place de l’enseignement professionnel sous statut scolaire dans le système éducatif ! En particulier avec la « Rénovation de la voie professionnelle » de Sarkozy-Darcos en 2008-2009 et la « Transformation de la voie professionnelle » de Macron-Blanquer en 2018-2019 !

Avec la « réforme » Sarkozy-Blanquer, les élèves effectuant jusqu’alors un cycle complet (2 ans de CAP ou de BEP + 2 ans de Bac professionnel) vont perdre 900 heures d’enseignement général et technique (hors accompagnement personnalisé) avec la suppression progressive du BEP et le passage au Bac Professionnel en 3 ans. Une paille ! Puis avec la « réforme » Macron-Blanquer, les élèves de cet enseignement vont encore perdre 350 heures d’enseignement spécifique, en particulier en enseignement général ! Bilan : perte de 1250 heures d’enseignement pour les élèves de Lycées Professionnels en 10 ans ! Et près de 3000 heures en 60 ans ! De plus, le nombre d’élèves ne cesse de diminuer puisqu’il n’y a plus aujourd’hui que 626.000 élèves en LP !

Je ne peux donc appeler que contre-réformes des « réformes » qui ont fait perdre plus d’un millier d’heures de formation générale et technique à des jeunes le plus souvent issus des classes populaires ! La future « réforme » Macron-Grandjean qui veut augmenter de 50 % le temps passé par nos élèves en stages en entreprises va encore dans le même sens : toujours moins d’heures d’enseignement, toujours plus d’heures de productivité et de rentabilité ! On est très loin de l’idéal des concepteurs de cet enseignement sous statut scolaire : former, d’une manière méthodique et complète, « l’homme, le travailleur et le citoyen ».

La trajectoire de nos dirigeants libéraux apparaît ainsi plus clairement.

Le retour du travail des enfants ?

C Sv. Récemment, Emmanuel Macron, présentait le projet de « journées professionnelles » dès la classe de 5e. Alors que le travail des enfants est censé avoir été aboli en 1882, que le collège unique a été mis en place en 1975, aujourd’hui, une nouvelle division semble s’effectuer. L’éducation nationale n’a que très peu réussie à contrecarrer les inégalités sociales, néanmoins plutôt que de tenter d’enrayer ces dynamiques inégalitaires, c’est un projet tout autre qui semble être à l’oeuvre. N’est-on pas devant le projet d’un collège à plusieurs vitesses et du retour du travail des enfants sous couvert d’apprentissage ou de « professionnalisation »? 

Christian Sauce: Question de fond. J’ai connu le collège « à plusieurs vitesses » avec notamment le début des 4ème expérimentales en 1984 suivi des 4ème et 3èmetechnologiques en 1986. J’y ai enseigné d’ailleurs avec grand plaisir. Ces classes, que l’on trouvait aussi bien en collège qu’en lycée professionnel et dispensant un enseignement plus axé sur les pratiques professionnelles, avaient pour objectif de préparer les élèves à une orientation vers l’enseignement technologique ou professionnel sous statut scolaire. Et non pas vers l’apprentissage ! 

Elles ont connu de belles réussites, particulièrement en lycées professionnels car ces derniers disposaient de plateaux techniques mieux équipés qu’en collèges. Et les équipes pédagogiques des LP appréciaient d’avoir deux ans de plus pour préparer de nombreux élèves vers les CAP ou les BEP. Mais elles n’ont pas survécu bien longtemps puisqu’elles ont toutes été fermées entre 1998 et 1999, à la suite de l’abandon du palier d’orientation à la fin de la 5ème !

Mais s’il n’y a plus de classes technologiques, nos gouvernants actuels n’ont pas abandonné l’idée d’orienter les élèves avant la fin de la troisième…mais plus vers l’apprentissage que vers les LP ! C’est le cas en 2019 avec la création de la 3ème « prépa-métiers » qui s’adressent à « des élèves désireux de poursuivre leurs études en lycées professionnels ou…en apprentissage » ! Et la même année, avec la création de la « prépa apprentissage » qui s’adresse, dès 16 ans, aux jeunes souhaitant accéder à la formation par apprentissage ! Tout est donc mis en œuvre pour servir l’apprentissage et donc accroître le travail en entreprises de nos enfants et adolescent-e-s, issus en majorité des classes populaires !

Si l’on ajoute à cela l’augmentation (envisagée) de la durée des stages pour les élèves de lycées professionnels, on peut dire sans hésitation que l’éducation nationale est devenue le fournisseur officiel de main d’œuvre à bas coût du patronat !

C Sv. Ce qui me semble frappant c’est que si l’on tient compte des nombreuses aides aux entreprises octroyées chaque année comme le dénonçait Médiapartrécemment, on ne peut nier que des choix sont faits. Les moyens pour l’éducation nationale et l’enseignement supérieur sont sans cesse amoindris tandis que les entreprises profitent toujours plus de l’argent de l’État. L’aide aux entreprises pour les alternants m’a toujours fait doucement sourire, alors que le statut d’alternant est plus que précaire et rémunéré bien en deçà du SMIC pour la majorité des jeunes (en plus d’être exonéré de cotisations sociales) c’est encore une fois une aide en direction du patronat qui est faite, on ne voit pourtant rien fleurir pour les jeunes précaires… Dans le même temps, on constate que c’est l’enseignement supérieur privé qui à le plus bénéficié de la loi « avenir professionnel », n’est-ce pas une fois de plus un transfert de fonds voir de compétences, du public au privé? 

Christian Sauce: Il n’y a aucun doute là-dessus. Depuis plusieurs années, la Cour des Comptes ne cesse de mettre en exergue le coût des lycées professionnels, expliquant qu’un-e élève de LP coûte 15 % plus cher qu’un-e élève de lycée général et technologique : 12680 € contre 11140 € (RERS 2020) ! Mais elle oublie de parler du coût d’un-e apprenti-e pour les finances de l’État : « L’État doit payer 8 070 euros par alternant aux écoles en moyenne, et 8 000 euros aux entreprises qui accueillent un alternant. » (France Info, 11/10/2020) Soit 16070 € par apprenti-e, 28 % de plus pour un-e jeune salarié-e du privé que pour un-e élève de lycée professionnel ! Une pacotille ! Pour être complet à ce sujet, l’enseignement professionnel public a coûté 4,6 milliards d’€ à l’État en 2021 (Bleu du budget) pendant que l’apprentissage patronal lui coûtait 11,3 milliards d’€ (Cour des Comptes) ! 

On assiste donc bien à un transfert de fonds à ce sujet. Il suffit de se rappeler qu’en 2008, l’’État ne dépensait qu’1,64 milliard d’euros pour l’apprentissage (Ifrap 16/02/2012). Ajoutons que ces milliards d’argent public qui coulent à flots sur l’apprentissage patronal le sont sans contrepartie d’embauche ni quasiment aucun contrôle des conditions de travail de ces jeunes en formation. C’est open bar !

Quant au transfert de compétences, la loi du 5 septembre 2018 a libéralisé le marché de la formation professionnelle et donné le pouvoir aux branches professionnelles : « Auparavant aux mains des Régions, l’apprentissage sera désormais piloté par les branches professionnelles. Elles seront impliquées dans la construction des diplômes et fixeront le coût des contrats d’apprentissage. Ce nouveau mode de financement au contrat s’accompagne d’une libéralisation du marché. Tout organisme de formation pourra à l’avenir ouvrir un centre de formation d’apprentis (CFA) sous réserve d’obtenir la certification prévue par la loi. » Tout est dit (Centre Inffo, 30/08/2018). C’est ainsi que le nombre de Centre de Formation d’Apprentis a triplé passant de 950 a plus de 2700 (BTP CFA Ile de France)!! Le patronat ouvre ses écoles privées et les finances publiques règlent la note !

C Sv. Une main d’oeuvre quasi-gratuite et de plus en plus jeune, quoi de mieux pour le patronat? Les communiqués intersyndicaux dénonçaient récemment la réforme des lycées professionnels qui a vocation à s’organiser autour de bassins d’emplois régionaux. Ici aussi, une petite perspective historique peut peut-être nous être utile? N’est-ce pas un retour en arrière vers l’apprentissage industriel? Quelles seront les conséquences pour les jeunes?

Christian Sauce: C’est ce que l’on peut appeler la « révolution copernicienne » de ce gouvernement. Les jeunes, issus majoritairement des classes populaires, sont de plus en plus considérés comme de la main d’œuvre bon marché voire gratuite et de moins en moins comme des êtres humains à former et à émanciper ! 

Pour répondre à cette question, je m’en remets souvent à ce qu’écrit Guy Brucy dans « La grande inversion » (2018) :

« Au début du XXème siècle, les Républicains dits « de progrès », soucieux de tempérer les excès du libéralisme sauvage, posèrent les fondements d’un « État social » inspiré du solidarisme. Leur conception de la formation professionnelle était fondée sur une philosophie des rapports sociaux qui refusait de réduire les salariés à leurs seules capacités productives et excluait de limiter leurs savoirs au statut de marchandises négociables sur e marché du travail. » !

Aujourd’hui, c’est clairement le retour au libéralisme sauvage du XIXème siècle. Les conséquences pour les jeunes sont extrêmement graves. Ce n’est absolument pas la même chose de former d’un côté « l’Homme, le travailleur et le citoyen » en enseignement professionnel sous statut scolaire et de l’autre le salarié immédiatement employable et rentable avec l’apprentissage patronal ! En lycée professionnel, c’est l’élève qui prime. Il peut se tromper, on recommence. En entreprise, les jeunes apprenti-e-s ont tout intérêt à s’adapter rapidement car c’est la productivité qui prime ! D’où les milliers d’abandons prématurés et de ruptures de contrat mais aussi les milliers de blessés et la quinzaine de morts en « formation » par apprentissage chaque année !

L’apprentissage est un lieu de tri et sélection dès la recherche de l’entreprise par l’apprenti. C’est un parcours d’obstacles permanent. C’est traumatisant pour de nombreux jeunes, en particulier pour les niveaux infra-bac. Je suis effaré que des millions d’adultes considèrent cette formation comme l’eldorado et la voie royale !

C Sv. L’ « apprentissage » regroupe aussi un panel de jeunes bien différents aux conditions d’existences bien inégales, le pire, c’est que ces nombreuses aides n’aident évidemment pas les plus précaires…

Christian Sauce:  Il faut d’abord tenter de comprendre pourquoi Macron a tout misé sur la formation par apprentissage au détriment de celle en Lycée Professionnel. Pour ma part, sa politique est d’en finir avec les acquis humanistes et sociaux du XXème siècle. Son obsession : un individu, une solution, quelle qu’elle soit. Mais en relation étroite avec sa catégorie sociale d’origine : c’est donc du déterminisme social et non une vision humaniste de la jeunesse ! 

Dans le domaine de l’éducation, cela se traduit par rendre le cursus de formation de plus en plus compliquées pour les lycéen-ne-s et les étudiant-e-s des classes populaires. L’État ne fera pas d’effort pour développer les bourses voire instaurer une allocation d’autonomie comme le propose la Nupes. Ces jeunes-là, c’est à la sueur de leur front qu’ils devront financer leur formation. Et pour bien qu’ils s’imprègnent de cette idée, ils seront formatés dès la classe de 5ème en collège. Il faut se souvenir de la réponse du président à un restaurateur qui l’interpelait à Fouras en avril 2022 :

« Des apprentis on va vous en trouver. On a besoin de mieux faire connaître vos métiers et donc alternance, apprentissage et orientation dès la 5ème. » (Libération04/04/2022) !

Tout est dit ! Pour la bourgeoisie, des collèges et lycées privés pour se préparer aux grandes écoles, pour les jeunes des classes populaires, une éducation nationale chargée de les prédestiner, dès 12 ans, à la formation patronale !

C’est pourquoi les aides ne profitent pas au plus précaires pour faire des études mais à ceux qui les recrutent pour les « former » en apprentissage afin d’accréditer l’idée que la politique de Macron est en tout point géniale pour faire baisser le chômage des jeunes. C’est l’eldorado, la voie royale, le tremplin ! Mais bizarrement, personne ne s’attarde sur les salaires de ces apprenti-e-s, ni sur leurs conditions de formation et de travail, ni sur les ruptures de contrat et les abandons, ni sur leur véritable insertion professionnelle à long terme… Circulez, il n’y a rien à voir ! C’est absolument insupportable !

Faire front commun

C Sv. Il semble que l’on trace pour de nombreux jeunes, la voie vers la précarité. On entend également sans cesse parler des secteurs en tensions qui eux aussi cherchent des alternants. On oublie peut-être un peu trop souvent, que les prétendus secteurs en tensions sont surtout des environnements de travail aux conditions plus que dégradés, très précaires et où les accidents du travail sont les plus nombreux. Les aides au patronat, qui permettent de perpétuer cet état de choses, ne font que pénaliser les travailleurs et les travailleuses. Comment espérer une augmentation générale des salaires, alors qu’on assiste déjà à des dérogations toujours plus nombreuses pour faire travailler en dessous du SMIC, contre un RSA, pour du volontariat sous couvert de « Service civique », etc ? Les problématiques ne sont-elles pas liées entre-elles? Pouvons-nous faire front commun contre la précarisation de l’emploi et du travail?

Christian Sauce: Encore une question de fond. Commençons par la terrible réalité des chiffres : « La précarisation de l’emploi des jeunes a été particulièrement forte entre le début des années 1980 et celui des années 2000. Le taux de précarité des 15-24 ans atteint déjà 47,4 % en 2000. Jusqu’à la crise financière de 2008, ce taux semblait stabilisé. Entre 2008 et 2016, il est reparti à la hausse jusqu’à dépasser les 50 %. Depuis, il stagne autour de 53 %. » Observatoire des inégalités (7/2021) Ces emplois sont des CDD, des contrats d’intérim, des contrats de professionnalisation et d’apprentissage.

Au sujet de ces derniers contrats précaires, l’Observatoire des inégalités est très clair : « Une partie de l’augmentation (des contrats précaires) pour les jeunes s’explique, il est vrai, par l’apprentissage : la part des apprentis dans l’emploi des jeunes est passée de 4,4 % à 19,4 % entre 1982 et 2020 selon l’Insee. » C’est du pain béni pour le patronat d’autant plus que cette main d’œuvre lui est payée par l’État la première année. Mais c’est aussi du pain béni pour un gouvernement car cette précarité permet de diminuer artificiellement les chiffres du chômage et individualise les problèmes au lieu de les agréger et ainsi pouvoir se défendre collectivement.

Il est en effet de plus en plus difficile de faire front commun. Souvenons-nous des immenses manifestations lycéennes et étudiantes qui avaient fait reculer le gouvernement en 1980 contre la sélection à l’université et en 2006 contre le Contrat Première Embauche (CPE). Et elles ont entraîné le retrait des lois contestées. Mais ça c’était avant ! Macron a bien compris les dangers et fait tout pour limiter les grandes manifestations depuis son arrivée au pouvoir. Pour la jeunesse, son cheval de bataille c’est le Plan #1jeune1solution ! Dans tous les cas, l’adolescent-e sera coupable s’il-si elle ne trouve pas de solution d’embauche, quelles que soient les conditions de ces embauches ! Et le bon peuple conditionné conclura aussi qu’il est coupable ! Le mécanisme est bien huilé.

Mais tout n’est pas perdu pour faire front commun. Les prises de conscience prennent souvent du temps. Aujourd’hui, on est encore dans le temps du constat : « Ils ne sont pas gentils avec nous ! » Mais je pense que dans un avenir proche la contestation reprendra le dessus comme en 1968. La bourgeoisie le sait et s’y prépare. Soyons prêts nous aussi !

Pour conclure, je ne peux que citer la longue analyse de Marie Piquemal dans Libération sur les dérives de l’apprentissage1. On y apprend que l’apprentissage est devenu un juteux business pour les fonds d’investissement et que la réforme Macron-Pénicaud de 2018 a créé « une génération d’écœurés » ! Cela fait plaisir de ne plus être le seul à le dire ! Et cela va changer beaucoup de choses que cela soit de plus en plus repris par les médias !

————

Christian Sauce est retraité de l’Éducation Nationale. Professeur de Lettres-Histoire-Géographie en Lycée Professionnel pendant 33 ans, dont 30 au Lycée Professionnel Philippe Cousteau de Saint-André-de-Cubzac (33). Ardent défenseur de l’enseignement professionnel sous statut scolaire.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte