Covid-19: défi de solidarité face à l’épidémie

Face à la crise sanitaire mondiale, le Mouvement Emmaüs devra adapter son modèle de solidarité pour continuer à exister et poursuivre son action après des plus exclu.e.s. Mais il ne manquera pas non plus d’appeler à ce que des leçons politiques soient tirées de cette crise. Découvrez sa position générale sur la crise actuelle !

Face à l’augmentation significative du nombre de personnes infectées par le virus à travers le monde et l’arrivée à saturation de leurs systèmes de santé, de plus en plus de gouvernements prennent des mesures restrictives pour endiguer la propagation de la maladie. Confinement, couvre-feu et fermeture des commerces, des écoles, mettent à l’arrêt un grand nombre de secteurs et impactent directement le Mouvement Emmaüs et ses actions.

Un impact économique désastreux pour les groupes Emmaüs

Les mesures de confinement et de fermeture des activités non-essentielles obligent les groupes Emmaüs à suspendre leurs activités. Dans de nombreux pays, les boutiques et salles de vente Emmaüs, qui représentent la principale source de revenus, ont été fermées et de nombreuses personnes sont contraintes au chômage technique. La prise en charge par l’Etat des conséquences économiques de cet arrêt des activités est très variable d’un pays à l’autre. Si en Europe des mesures de solidarité sont en train de se mettre en place, elles sont en général inexistantes en Afrique, en Amérique et en Asie. Sans revenus et sans trésorerie suffisante, la situation financière de beaucoup de groupes Emmaüs est déjà très difficile et risque de s’aggraver rapidement.

Cette catastrophe sanitaire et économique oblige donc le Mouvement à repenser sa solidarité et à faire preuve de détermination pour mettre en place des alternatives et trouver des solutions pour continuer à être aux côtés des plus exclu.e.s. A toutes les échelles (nationales, régionales et internationale) et partout dans le monde, le Mouvement réorganise ses solidarités pour tenir compte des urgences et permettre aux groupes Emmaüs de traverser cette crise.

Rester mobilisés pour porter secours aux personnes les plus vulnérables

Distribution alimentaire par le groupe Emmaüs TARA Projects (Inde) © TARA Projects Distribution alimentaire par le groupe Emmaüs TARA Projects (Inde) © TARA Projects

Malgré les difficultés et l'arrêt de leurs principales activités, les groupes Emmaüs continuent d’être solidaires et prennent soins des personnes qu’ils accompagnent. Les instructions des pouvoirs publics sont prises avec le plus grand sérieux et la vie dans les groupes, et en particulier dans toutes nos communautés, en France, en Europe, en Amérique ou en Afrique, s'organise dans le respect des efforts visant à endiguer la propagation du virus.

Les groupes Emmaüs continuent aussi de regarder autour d’eux et n’oublient pas celles et ceux qui souffrent le plus. Ils maintiennent ou mettent en place des initiatives de distribution alimentaire, d’accueil des personnes à la rue dans leurs structures d’hébergement, d’information sur les gestes barrière pour les plus exclu.e.s qui n’ont pas accès à l’information... Nos actions de mobilisation et de plaidoyer se maintiennent également, notamment sur la situation des migrants à la frontière entre la Turquie et la Grèce qui s’aggrave chaque jour.

En cette période de crise, il est essentiel de ne pas se laisser aller au repli sur soi mais au-delà, de peser tous ensemble pour que les leçons politiques globales soient tirées de cette crise, et surtout pour que cela se fasse en tenant compte de ce que vivent et pensent les plus faibles d'entre-nous. Comme le disait très bien l’abbé Pierre : « Il y a un abîme entre ceux qui peuvent et qui sont aveugles, aveuglés par la puissance même qui les isole, et ceux qui savent parce qu’ils en crèvent, et qui sont muets car ils ne peuvent plus se faire entendre, ni même exprimer leurs paroles. »*

Cette crise sanitaire nous ouvre à nouveau les yeux sur les dérives de politiques dites néolibérales, qui n’ont cessé depuis ces dernières décennies de creuser les inégalités sociales, au sein de nos pays et entre régions du monde, de détruire nos éco-systèmes, d’engendrer des pertes de biodiversité parfois irréversibles, des changements climatiques inquiétants. Elles ont également amené partout dans le monde le démantèlement progressif des services publics, la privatisation de l’accès à nos besoins les plus essentiels comme l’accès à l’eau, à une alimentation saine, à l’éducation, à la santé. Ces choix politiques vont peser fortement sur la capacité de chaque pays à soigner ses malades et à prendre soin des plus vulnérables, et parmi eux les migrants, les personnes sans domicile ou vivant dans une grande pauvreté, partout dans le monde.

Il doit y avoir un « après » à cette pandémie, et nous devons nous mobiliser pour que cet après ne soit plus comme « l’avant », plus jamais.

* Discours à l’Union fédéral mondiale, 29 juillet 1955. Cité dans « La Force des infiniment petits », p.135, Editions du Cherche-midi

 

 

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