Jean-Luc Mélenchon, le Roi des katéchons

Le katéchon, du grec κατέχων, signifie chez Paul de Tarse, selon qu'il est du genre neutre, l'Esprit Saint ou, s'il est du genre masculin, une personne qui a reçu l'Esprit Saint. En grec populaire, il veut également dire le dépositaire ou le titulaire (d'un poste). Dans son épître aux Thessaloniciens, Paul prédit aux fidèles la venue du katéchon en rempart contre l'Antéchrist, katéchon signifiant aussi selon les traducteurs de la Bible « ce qui retient ». Par extension de sens, le katéchon peut être vu comme la matérialisation de l'Esprit Saint à travers le pouvoir temporel. Une sorte de Guide moral essentiel et même primordial en temps de crise. L'Antéchrist ou l'Apocalypse ne faisant plus vraiment recette, les crises, de celles qui parlent à l'intelligence du Monde (pour ce qu'il en reste -d'intelligence), sont désormais financières ou morales, capitalistes ou culturelles, civilisationnelles diront certains, et comme il n'en demeure pas moins que, Apocalypse ou non, le mouton a besoin d'un berger, le katéchon se propose d'être celui-ci. Berger-guide mais aussi berger-sauveur (des griffes du grand méchant loup notamment).

 

Jean-Luc Mélenchon, aux yeux d'un nombre croissant de Camarades ébaubis, est ce katéchon-là. Il est même le Roi des katéchons.

Il est ce katéchon politique dont l'imminente parousie fait dégouliner d'aise les admirateurs par tous les interstices poreux d'une peau en émoi dès que -ne serait-ce que cela- le nom est prononcé. Notons par surcroît que les mélenchoniennes groupies, non contentes de lui déclarer pluriquotidiennement leur amour au pied du mur facebookien de leurs lamentations à ne pas le voir déjà hissé au sommet, s'agenouillent aussi devant l'autel qu'elles lui dédient à la cave, obscur autant qu'intime espace de leur dévotion secrète, et se signent chaque jour (tout en y lançant un baiser furtif) devant le porte-clé Sixième République en fer forgé de leur entrée saumâtre que le sourire de Jean-Luc irradie, placardé en 4x3 sur le papier peint vilain, depuis la dernière marche dominicale qui n'a servi à rien (mais on y croit quand même).

 

Jean-Luc Mélenchon est donc cette force capable d'endiguer la course vers les abysses des sociétés humaines, au moins pour quelque temps. Comme le furent Gandhi ou l'empereur Constantin récemment converti.

 

Une sorte de paraclet, d'une force spirituelle et consolatrice tellement supérieure qu'il est capable de pardonner aux plus égarés d'entre nous sur des sentiers vérolés et, mieux, d'en faire des figures quasi saintes-ritiennes de la perdition subie et probablement même pour le salut à venir d'une humanité qui n'en sait pour l'heure rien et qui sera bien embêtée au moment de devoir dire merci. On pense à Jérôme Kerviel. Et on pense à Nabilla.

 

Le paraclet, d'après Saint Jean, est éternel. Saint Jérôme nous dira sûrement un jour que Mélenchon aussi.

 

La parousie (ou plus simplement l'apparition) du katéchon politique ?

 

Ou comment faire vivre le mythe libéral -car finalement c'est bien de cela qu'il s'agit- de la nécessaire figure de proue en éternel vainqueur de la Raison populaire.

 

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