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Billet de blog 9 janv. 2015

Unité du dimanche

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avoir beaucoup pleuré, très vite se remettre à rire.

Voilà qui devrait être notre credo pour les jours, les mois, les années et les vies à venir. Nous avons d'ailleurs beaucoup pleuré, nous pleurons encore par intermittence ; de vraie peine, de vrai chagrin, de profonde tristesse ou de grande inquiétude. Peu importe, après tout. Nous avons pleuré et nous pleurons.

Parce que ce qu'il s'est produit est radicalement atroce et parce que ce qui est subséquent de l'atrocité rend les choses angoissantes. Car combien sont-ils, et c'est angoissant, ceux qui prouvent par le biais de l'interface à Zuckerberg ou via Twitter, qu'ils n'ont définitivement rien compris à ce qu'il s'est passé et aux conséquences de ce qu'il s'est passé ?

Combien, même à Gauche, ont-ils démontré depuis 48 heures qu'ils sont les esclaves de leurs passions (rappelons qu'elles sont toujours irraisonnées) et qu'ils ne mettent en branle la machine à phosphorer que tous les 29 février ?

Mais, bien sûr, les vrais ravagés du citron, sont bien ceux qui sont à la physique origine des atrocités mentionnées plus haut.

Les accointances qu'ils entretiennent avec celles communément nommées les « hautes sphères » ne sont très probablement le fruit d'aucune imagination pervertie et d'aucune divagation iconoclaste. Ayant moi-même vécu longtemps en terres ouest-africaines où les amours incestueuses entre grands bandits, mafieux siphonnés, trafiquants notoires du désert et pantins de la préfectorale post-coloniale ne sont plus à démontrer tant elles sont connues de tous, quelle raison y aurait-il pour que, chez nous, les choses fonctionnassent autrement ?

D'autant que, quand on connaît les récentes prouesses entamées par les uns -de Droite- et achevées par les autres -de Gauche- depuis les rives libyennes jusqu'au Sahara malien, ouvrant la brèche à double battant à tous les trafics dits illicites uniquement pour rassurer le péquin et le bédouin moyens, quelle raison y aurait-il pour que ceux-là même qui, en 2012, voulurent se servir des séparatistes touaregs (MNLA) pour les aider à récupérer « nos » otages, eux-mêmes en cheville avec des djihadistes-narcotrafiquants de la plus belle facture (Ansar Dine) qui étaient ceux qui les avaient enlevés, personne ne lâchant rien, quelle raison y aurait-il donc pour que tout ce petit monde très sélect ne se connaisse pas par ricochet des uns aux autres et des autres aux uns ?

Pourquoi Ibn Truc et Ould Machin, de la Mauritanie au Mali, respectivement Président de la République et cocaïnomane-trappeur, vendeur de kalachnikov et de Marlboro par caisses de 10 tonnes dans le civil, se connaissent_ils -éventuellement s'apprécient-ils- et pourquoi Ibn Hollande et Ould Bidule ne se connaîtraient-ils pas ?

Le trafiquant d'armes chevronné qui a son nom dans la place et qui ne petit-déjeune qu'avec des présidents locaux, pourquoi ne petit-déjeunerait-il pas avec les nôtres, de présidents ? Bien sûr, pour les basses œuvres, on fait appel aux sous-traitants voire au petit personnel.

Quelle raison (absolument pas délirante) y a-t-il qui ne permette d'imaginer qu'avec la fluidité des connexions aériennes et informatiques un commanditaire ait pu être mandaté depuis le Qatar, par exemple et ce n'est qu'un exemple, pour satisfaire en radicalité monstrueuse un nabab chagriné par les couvertures récuremment friponnes de Charlie?

Quelle serait la probabilité que ledit nabab dont on acquerrait la certitude qu'il a fait faire le sale boulot par des serviteurs aussi fanatisés que zélés serait un jour poursuivi ? Zéro. Aucune. Nada. Peau de zob.

                                                                            = = = = = = = = = = = = =

Ces gars sont des barbares, nous dit-on, la mine compassée par l'occasion.

Mais qui sont réellement les barbares?
AQMI, Daesh, MUJAO, Ansar Dine ou les sous-traitants délocalisés qui s'en réclament et qui ne "reculent devant aucune abomination" tel que le déclarait récemment après la mort aussi violente d'Hervé Gourdel, la mine empesée sous le poids des circonstances Elisabeth Guigou, ou bien alors le PS, l'UMP, les "Démocrates" et les Républicains US, les travaillistes et les conservateurs britanniques qui connaissent et commercent avec ceux-là même qu'ils font mine de détester pour redonner du lustre à l'éclat perdu de la Politique dont ils se servent et qu'ils desservent?
Les barbares, qui sont-ils?
Ceux tout dénoncés ou ceux qui dénoncent?
Ceux qui sont nés des intérêts -politiques, économiques et géostratégiques- des dénonciateurs ou les dénonciateurs eux-mêmes?
Ceux qui ne reculent devant aucune abomination ou ceux qui ne reculent devant aucune surenchère dégoulinante dans l'expression hypocritement déconfite d'un faux scandale et d'une fausse émotion?
Qui a créé Al Qaeda (et, partant, toutes ses succursales ou tous ses dérivés)? Qui a eu besoin d'Al Qaeda pour venir à bout des soviétiques dans les plaines inamicales de l'Afghanistan?
Qui a armé une première fois puis surarmé encore les barbus d'AQMI en laminant la Libye et en se contentant d'avoir le Guide sans se préoccuper de la fuite des bazookas vers le désert du Nord malien?
Qui et pourquoi?
Qui finance le HCUA (c'est-à-dire les séparatistes arabes de la partie nord du Mali) tout en continuant de favoriser mille scissions au sein des "factions armées" pour s'en assurer d'un hypothétique contrôle?
Qui s'apprête à faire que ce Mali-là perde ses frontières (déjà rabotées après la Conférence de Berlin, il y a 129 ans)?
Qui a cru qu'en armant et finançant Ansar Dine, on sauverait des otages et qu'on ferait seulement ça?
Qui a un intérêt économique majeur que continue de prospérer la barbarie? Sans barbarie au Mali, quid de la présence française aujourd'hui au-dessus d'un sous-sol richissime?

Qui? Ceux qui appellent à l'unité nationale et à la marche unitaire de dimanche prochain. Tous, main dans la main, banderoles en bandoulière et main sur le cœur, pour dénoncer les atrocités commises par des montres eux-mêmes engendrés par ceux qui appellent à l'unité de la Nation face au drame provoqué par les monstres dont au sujet desquels etc.

Vous iriez, vous ?
Moi pas.

Et croyez-vous que les six de Charlie qui ont passé leurs vies de journalistes intègres -et qui vont continuer de le faire par le truchement des vivants- à dénoncer les cyniques hypocrisies que nous venons de dire auraient avalisé une tartuferie pareille ?

Il y a très fort à parier que non.

Si l'unité nationale et populaire doit se faire autour de quelque chose, c'est bien de la dénonciation de ces faussetés meurtrières.

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