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Billet de blog 10 nov. 2013

Mayotte, le département de la honte

Samedi matin 9 novembre, sur l'esplanade du récent Office de Tourisme de Mamoudzou (dont l'édification et la gestion ont coûté et continuent de coûter une fortune à la collectivité), son chef-lieu, une partie de la population de Mayotte, en grande majorité des femmes si l'on en croit les clichés parus dans la presse locale, a manifesté

Constant Jacob
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Samedi matin 9 novembre, sur l'esplanade du récent Office de Tourisme de Mamoudzou (dont l'édification et la gestion ont coûté et continuent de coûter une fortune à la collectivité), son chef-lieu, une partie de la population de Mayotte, en grande majorité des femmes si l'on en croit les clichés parus dans la presse locale, a manifesté, pancartes et banderoles à bout de bras, sa récurrente aversion et sa sempiternelle hostilité à l'endroit des allogènes pour la plupart établis clandestinement dans l'île-hippocampe.

Pour bien comprendre de quoi il retourne sur ces terres françaises éloignées et pour tenter d'expliquer à quoi riment ces réguliers intervalles de haine entretenue par la Politique dans ce qu'elle a de plus débectant, expliquons d'abord qui sont ces allogènes que les autochtones vomissent.

La plus grande partie d'entre eux est originaire des îles sœurs de l'archipel : Grande-Comore, Anjouan et Mohéli.

Depuis une petite dizaine d'années, à ceux-ci sont venus se greffer quelques poignées d'autres étrangers issus, pour beaucoup, du Rwanda, du Burundi et du Congo Kinshasa, plus précisément, tous, de la région du Kivu, ce lopin maudit des dieux de la destinée. Ceux-là, s'ils sont effectivement maudits par l'improbable Providence qui nous gouverne, n'en demeurent pas moins protégés -et c'est heureux- par l'Administration française qui leur octroie des titres de séjour au titre, précisément, de la protection des réfugiés politiques. Leur présence n'est pas vue d'un meilleur œil que celle des parias comoriens (au sens large) mais, concrètement, ils sont intouchables, du fait de leur statut « privilégié » alors on n'y touche pas. On ne fait certes pas grand-chose pour que l'accueil qui leur est réservé soit digne mais, au moins, quand on vomit sa haine locale, ce n'est pas sur eux que le produit des basses et méprisantes régurgitations retombe.

Ceux qui sont la cible de tous les dégoûts apeurés et qui concentrent, à eux seuls, toutes les tensions du rejet et toutes les violences de l'ostracisme animal, sont donc les Grands-Comoriens, les Anjouanais et les Mohéliens.

Pourquoi ?

Parce que le cours pris par la destinée socio-politique de Mayotte est celui d'un fleuve dont, si on avait voulu guider à la goutte près le torrent de la furie bête et mesquine, on ne s'y serait pas pris autrement (que la manière dont on s'est pris pour emberlificoter l'écheveau).

Mayotte est un cas institutionnel unique au Monde : elle est la seule région de cette planète reconnue officiellement par deux Constitutions distinctes. Celle de la France, qui l'a érigée au rang de département, le 101ème de la République, et celle des Comores qui n'a jamais cessé, malgré l'Indépendance des trois autres îles et le rattachement officiel de Mayotte à la France, de la considérer comorienne. Du point de vue du droit, c'est illégal et la France est régulièrement rappelée à l'ordre par les Nations Unies, régulièrement blâmée même et tout aussi régulièrement condamnée à verser des amendes conséquentes en contrepartie de l'illégalité dans laquelle elle continue de s'entretenir.

L'Archipel des Comores est indépendant depuis 1975. Et Mayotte, paraît-il, a souhaité demeurer française, qu'elle était, de fait, au même titre que les autres îles comoriennes, puisqu'elle était (elles étaient) colonie(s) française(s).

Mayotte a souhaité demeurer française tandis que les trois autres réclamaient leur indépendance : ça, c'est le raccourci explicatif facile que l'Histoire de France pour les Nuls a bien voulu retenir et diffuser pour en faire une version officielle.

La réalité historique de terrain a toujours été beaucoup plus nuancée et il semble que Giscard, conseillé à l'époque par le très affable Jacques Foccard, l'homme de tous les bons coups, a seulement fini par préférer Mayotte à Anjouan pour demeurer dans le giron français, les Anjouanais étant perçus et dépeints par Monsieur Afrique comme beaucoup plus difficiles à mater. Il faut savoir que Anjouan, avant l'Indépendance, était la plus avancée et la plus développée des quatre îles.

Bref, après des bidonnages savants et un redécoupage des communes de Mayotte aussi savamment pensé dans le seul dessein de s'assurer d'un « oui » massif au référendum sur le rattachement de Mayotte à la France, elle a donc fini par demeurer française.

Au grand dam des autres Comoriens qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés lâchés en ras tropiques par une autorité de tutelle (financière, administrative et infrastructurelle) jusque là plutôt, et malgré tout, rassurante.

Du jour au lendemain, donc, d'un côté de la barrière de corail, plus rien ; de l'autre, tout. La logique humaine de subsistance et de recherche d'un quotidien ou d'un avenir meilleur a, partant, eu pour corollaire que des vagues massives d'immigration se sont formées, massives et régulières, avec leur cortège funeste de pertes humaines en eaux profondes et macabre de passeurs toujours plus avides d'un marché du clandestin-prêt-à-tout florissant.

Les années ont passé, années 80, 90, le tout début des années 2000 et puis, en 2007, survint un excité du sondage et de la démagogie facile, invétéré dragueur d'instincts primaires, qui a tout fait exploser : plus encore que la traditionnelle et bon enfant « course de pneus », la chasse aux clandos est devenue LE sport favori des Mahorais auxquels on a doctement expliqué que la source de toutes leurs difficultés quotidiennes de mal-logement, de salaires indignes et d'espace vital restreint étaient ces clandestins maléfiques venus d'un ailleurs moyenâgeux qui en voulaient à la richesse locale chèrement acquise à la sueur des fronts ventilés par les climatiseurs de la Préfecture, du Conseil Général (mis sous tutelle de l'Etat forcée pour cause de gabegies en tous genres) et des dix-sept mairies insulaires.

Oui, car le Mahorais lambda est assez peu du genre à s'aimer salir les mains ou les bas de pantalons dans les champs de manioc, d'ananas ou de cannes mais il n'aime pas bien non plus qu'on lui rappelle qu'il n'aime pas ça et préfère faire faire les travaux ingrats par les Grands-Comoriens, Anjouanais et Mohéliens qu'il exploite à coup de salaires jamais versés et de dénonciations régulières à la Police pour faire encore baisser les coûts de revient.

Depuis 2007 comme jamais auparavant à Mayotte, les descentes policières se sont multipliées. Les coups de filet ostentatoires aux portes des lycées ou des dispensaires, pourtant officiellement interdits par une Préfecture soucieuse des chiffres (car plus les chiffres grimpent, plus les primes au Préfet et à ses zélés fonctionnaires suivent le même mouvement), aussi

Les clandestins jusque là, jusqu'à 2007, vivotaient. Leurs conditions de vie étaient loin d'être optimales et envieuses mais ils vivotaient ; et, en comparaison de ce qu'eurent été leurs conditions de vie « à la maison », c'était presque le luxe qu'ils caressaient au quotidien. Tout cela, d'ailleurs, sans que, pendant des années, personne ne s'en plaigne réellement : les Mahorais bossaient dans l'administration, pour nombre d'entre eux, dans le commerce ou dans les transports locaux, beaucoup aussi s'étaient expatriés en France où ils vivaient mieux et le reste des travaux pénibles était effectué par une main d'oeuvre pas bégueule.

Mais Sarkozy a décidé de décréter que ce n'était plus possible. Que Mayotte, la Française, ne pouvait plus tolérer les hordes de non-répertoriés affamés et envieux venus de trente kilomètres plus loin où, 40 ans plus tôt, ils avaient été abandonnés comme des merdes sans un sou vaillant et aux mains de dirigeants choisis pour leur bienveillance (à l'égard de la France) pas regardante.

Des sommes folles ont été dépensées pour faire installer, au milieu du lagon, des radars surpuissants capables de détecter un poisson rouge dans un aquarium familial de Madagascar, pour équiper les bateaux de la Police de moteurs hors-bord dernier cri et pour empêcher, donc, l'accostage de « kwassa-kwassa » de fortune remplis jusqu'à la gueule. Le Centre de Rétention Administrative de Pamandzi (sur Petite-Terre) ne désemplit plus de cette misère humaine traquée et entretenue à la fois.

Mayotte, à elle seule, produit 35% (50% avec la Guyane) du taux annuel et national de reconduites à la frontière. Sarkozy en était fier.

L'ambiance de Mayotte jadis allègre et bon enfant est devenue délétère. Les Comoriens se cachent, la trouille au ventre, vivent de plus en plus reculés dans des constructions de bric et de broc parfaitement insalubres et les maladies se propagent à la vitesse du son. Les dispensaires sont totalement débordés et ne sont plus, alors que la Loi l'impose, les havres d'une paix précaire et momentanée qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être.

Hier, samedi 9 novembre, des Mahorais, tout emplis d'une haine absurde et de la crainte tout aussi idiote que leurs cousins, leurs oncles ou leurs tantes, leurs neveux ou nièces mal nés ou pas nés au bon moment ni au bon endroit, leur fassent perdre ce que la France a mis des années à leur donner avec la certitude qu'on ne reviendrait jamais en arrière : des sous. Car c'est cela que la Départementalisation du territoire leur a assuré. D'abord et avant tout. Mayotte ne produit rien, elle coûte. Une fortune.

Elle coûte un argent fou, dilapidé en dépit du bon sens et, surtout, en fonction des intérêts bien compris des escrocs qui trustent et ont trusté les mairies et le Conseil Général pendant des années, elle coûte en furie humaine, elle coûte en ressentiments incontrôlés et absurdes, en haines tenaces, orchestrées et entretenues.

Mayotte et les Comores sont un concentré territorial de tout ce que la Françafrique a produit de plus méphitique en 150 ans d'existence.

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