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Billet de blog 10 déc. 2014

Les glabres ambitieux

Constant Jacob
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Près de deux heures d'une émission ("Un jour, un destin" sur France2 ) qui, dans le fond, se voulait bien un peu impertinente -sans être parvenue à l'être pour de bon- et qui n'auront servi à rien si ce n'est faire la démonstration définitive que désormais si l'on ne met plus le nez dans le slibard du politique alors sur ce politique-là on n'a absolument plus rien à dire. Tant sa fadeur est devenue majuscule et tant la bouffonne pantomime de laquelle il tient le rôle premier est grossièrement interprétée.

François Mitterrand (auquel on pouvait reprocher ce que l'on voulait sauf d'être un abruti) avait, peu de temps avant sa mort, prédit qu'après lui, il n'y aurait plus que des comptables. Le vieux briscard devait bien savoir ce qu'il disait, lui qui était parvenu, à l'arrachée, à faire dire « oui » à ce Maastricht dont déjà à l'époque peu de monde voulait de manière franche et spontanée. On était loin du référendum volé de 2005, du basculement tragique de 2008 vers le plein-emploi de la Finance internationale et des subséquents pleins pouvoirs aux banquiers mais le vieux François savait très bien ce qu'il adviendrait : des banques partout, tout le temps, un rétrécissement des prérogatives nationales sous les coups de boutoir des technocrates affidés et, du coup, puisque le politique autochtone, ici ou là, ne servirait plus qu'à assurer le service après-vente des décideurs bruxellois, l'idée que celui-ci ne serait plus qu'un vulgaire comptable, soumis à une direction de plus en plus exigeante et contraint de faire l'effort permanent de rendre des comptes impeccablement alignés sur les décisions prises en dépit de l'humain.

Du coup, la Finance députée strasbourgeoise ayant pour larbins des politiques domptés, elle a aussi pour corollaire des mandataires falots. Et même les programmes télévisés censés donner un peu d'épaisseur à la diaphanité des susdits, scénarisant façon « Esprits criminels » ce qui n'est jamais interprété que comme un « Joséphine, ange gardien à l'ENA », peinent grandement à faire accroire que les pignoufs ont du reflet.

A grand renfort de témoignages de proches dans le secret en guimauve de ces dieux du carton-pâte et du silicone réunis, le tout filmé dans une semi-pénombre faussement intrigante, les scénaristes se sont révélés incapables d'extraire la médullaire substance politique de cet os creux. Alors, faisant contre mauvaise fortune scénaristique bon cœur créatif, ils nous ont tartiné dessus et dessous la margarine insipide des louvoiements d'alcôves et du machiavélisme inconsistant.

Qui peut encore croire après avoir vu une telle émission -rappelons qu'elle était censée les encenser- que Hollande-le-flasque et Sarkozy-son-clone puissent encore influer en aucune manière sur le cours tracé des choses et qu'une décision qu'ils feignent de prendre est prise avec latitude, conviction et sens du devoir ?

Qui peut encore après avoir vu une telle émission se dire que voter pour de tels guignols fait sens ?

Ce sont des acteurs au service d'un grand théâtre maléfique. Ils jouent mal. Ils jouent faux. Mais pendant qu'ils jouent, en coulisses on continue de s'activer au grand démantèlement du Monde. Sous les vivats détournés des spectateurs ahuris.  

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