Les laïcs, ces affreux racistes

Va-t-on enfin en France –et oserais-je dire une fois pour toutes- parvenir à mettre un terme aux débats qui n’ont pas lieu d’être ? Va-t-on un jour enfin oser affirmer que les Lois françaises, qui sont globalement écrites dans le souci du vivre-ensemble, d’un vivre-ensemble à peu près aussi harmonieux qu’on souhaite l’imaginer, va-t-on oser affirmer, donc, que ces Lois-là sont à respecter sans barguigner dans le souci, précisément, que le vivre-ensemble passe de théorique à pratique avec pour arrière-fond l’idée que, du théorique au pratique, on y passe dans l’apaisement et la sérénité ?
Y a-t-il moyen d’imaginer qu’un jour une Loi française sur la laïcité soit annoncée, énoncée et mise en œuvre sans qu’une armada de peigne-cul en mal de victimisation hebdomadaire vienne nous rappeler qu’ils sont les tacites indexés (dans le sens africain de « mis à l’index ») de ladite Loi ; que celle-ci, nécessairement, a été écrite et publiée contre eux.
Vont-ils finir par comprendre, ces chatouilleux de l’orgueil froissé, qu’en faisant ce qu’ils font et en disant ce qu’ils disent, comme vient de faire et de dire le Recteur de la Mosquée de Paris (au lieu de fermer sa gueule et d’approuver un texte pour une fois clair et lisible, simple et direct et sans fausse pudeur), vont-ils comprendre qu’ils alimentent, tout contre eux-mêmes, le sentiment –au minimum- d’agacement, principal carburant des frontistes nationaux ? Car, et Marx sait que je ne suis pas socialiste au sens qu’il a fini par prendre, qui peut dire, en faisant preuve d’un tant soit peu d’honnêteté et d’objectivité, que le texte de la Charte récemment dévoilée (sans mauvais jeu de mots) est discriminant à l’endroit des musulmans ? Qui peut, à moins de se vouloir faire l’avocat perpétuel des victimes de tout et de n’importe quoi au nom de la responsabilité historique rétrospective, oser prétendre une chose pareille ?


Et d’abord, être musulman, c’est quoi ?
Est musulmane toute personne adepte de la religion islamique, toute personne qui croit en Allah et en son Prophète ou toute personne qui professe la parole ou la religion de Mahomet.
-Ah ok, mais alors, me direz-vous, musulman ça veut dire directement et clairement lié à une religion, non ?
-Oui, Madame.
-Mais dites-moi, mon ami, la Loi française est claire sur le sujet religieux, me semble-t-il ? Les religions, les manifestations religieuses, les expressions d’une quelconque croyance ou les références aux dogmes doivent relever de la sphère privée, n’est-ce pas ?
-Tout à fait, Madame.
-Et c’est bien ce que rappelle la Charte récemment publiée, non ?
-Absolument !
-Dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi certains protestent…

 

Figurez-vous, amie imaginaire prétexte à ce dialogue fictif, que je ne comprends pas non plus. Et que plus ça va, moins je comprends.
Moins je comprends cette obscure confusion volontairement entretenue par certaines autorités religieuses qui jouent le jeu dangereux de la recherche de stigmatisation érigée en concept. Et pourquoi? Parce que, si on n'est pas victime, on n'existe pas?
Par crainte de passer inaperçu?
Moins je comprends cette instillation du venin de la discorde quand le texte est là qui vient rappeler que pour s’entendre, précisément, nous avons besoin de nous accorder sur une chose essentielle : que les croyances sont personnelles, qu’elles appartiennent aux individus, qu’elles leur sont propres et qu’on se fout de savoir qui est quoi ou qui croit en qui, nous sommes d’abord des enfants de la République. D’une République laïque. C’est-à-dire d’une République qui est parvenue à se libérer du joug étouffant des Eglises et qui s’est émancipée des prophètes et autres charlatans du genre, non sans mal, pour assurer la paix civile et l’entente collective.
Alors, merde, et je le dis tout net parce que je suis en colère : pourquoi venir jeter de l’huile, fût-elle sainte, sur un feu potentiel qu’on cherche à circonscrire ?

Où diable Dalil Boubakheur a-t-il cru lire que cette Charte stigmatisait en creux les musulmans ? Par qui diable est-il si mal conseillé qu’il a cru, lui aussi, fin ou judicieux de faire cette sortie ridicule et improductive ?

Qu’on arrête, une bonne fois, de nous exaspérer avec ces paranoïas absurdes !

Dieu, Allah, Bouddha et tout autre déifié à pompon n’a pas sa place dans les rues, dans les espaces publics, à l’école, au bureau ou partout ailleurs, hors les murs du privé.

Tu y crois? Tu as droit, mec. Mais tu n'as pas à nous dire qu'on te déteste seulement parce qu'on te demande d'y croire discrètement.


Il faut croire qu’il n’y a guère que ceux qui rêveraient d’autre chose pour penser que c’est discriminant. Elle est justement là pour ça, la laïcité: pour que Dieu passe inaperçu, laissant les Hommes vivre en harmonie. Pour que l'avis de Dieu laisse place à la vie des Hommes.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.