Le capitalisme premier des Jomons du Pléistocène

Traditionnellement, le Néolithique est vu comme cette période lointaine à partir de laquelle la chasse et la cueillette furent abandonnées au profit de l’élevage et de l’agriculture. Oui car, avant le Néolithique, au Paléolithique donc, à cette époque où on ne faisait que tailler la pierre avant d’avoir l’idée de la polir, les gars étaient surtout chasseurs-cueilleurs ; des nomades infichus de se poser, chassant par-ci et cueillant par-là, des trotteurs en quête d’une nourriture à consommer dans la minute parce qu’ils ne possédaient ni réfrigérateurs ni perspectives de lendemains chantants pas plus qu’ils n’avaient idée, les cons, qu’il peut être sympa de faire des projets.

D’autant que, vivant il y a (en gros) dix mille ans, ces types sans doute un peu bourrus ne savaient rien de Dieu –les veinards !- donc ils ne savaient rien de la mort et donc ils ne savaient rien du Paradis non plus, ce qui les incitaient, précurseurs inconscients d’Epicure et de ses épigones, à chasser, à cueillir, à consommer le fruit des chasses et des cueillettes et à repartir en quête de nouvelle pitance une fois terminée celle du jour. C’est aux chasseurs-cueilleurs que l’on doit les premières explorations du Monde. Explorations à petite échelle mais explorations quand même. Bref des gars simples, ces chasseurs-cueilleurs, peut-être un peu rugueux et pestilentiels mais simples et découvreurs. Puis vous savez ce que c’est, enfin disons, vous savez ce qu’est l’Homme : ostentatoire et autogonflant, il n’a de cesse que d’en foutre plein la vue à son prochain et ce qui vaut pour aujourd’hui, pour observation des us du temps, pour retranscription des travers usuels, vaut aussi pour ceux d’il y a dix mille ans qui, bien que rugueux et pestilentiels (vous suivez ?), n’en étaient pas moins hommes, le cuir épais et buriné, la barbe drue et broussailleuse, le corps sec et musqué mais ils n’en étaient pas moins hommes, n’en étaient pas moins nous. Et alors, chassant et cueillant depuis des mois voire des années, améliorant les techniques de chasse et de cueillette, se sophistiquant dans les méthodes, s’adjoignant les services d’ustensiles malins et d’outils bien pensés, les voilà qui finirent par accumuler. Un peu, beaucoup puis énormément. Au point que de nomades rustiques et peu calculateurs, partageux aussi (les spécialistes des ères reculées du Paléolithique, à savoir les anthropologues, archéologues et historiens s’accordent à dire que ces ères-là furent parmi les moins inégalitaires de l’Histoire), ils devinrent agriculteurs sédentaires ayant, en parallèle des améliorations techniques apportées à leurs manières traditionnelles des cueillette et de chasse, compris et appris qu’on pouvait aussi reproduire les plantes et les animaux.

Le processus aurait commencé, grosso modo, en 9000 avant JC au Proche-Orient pour se diffuser et se répandre ensuite un peu partout et atteindre la Bretagne vers 4500 avant le même JC. Ces évolutions et transformations ont généralisé, pour l’Europe et la Méditerranée, un mode de vie basé sur la sédentarité, l’utilisation désormais permanente de la poterie et de la pierre polie (nous voilà donc passés au Néolithique) ainsi que sur une économie fondée sur la production et le stockage alimentaire. Parallèlement à l’Europe, les mêmes évolutions, transformations et mutations, à quelques variantes près, avaient cours en Amérique pas encore découverte par ceux qui écrivent l’Histoire depuis qu’ils ont inventé l’imprimerie, mais aussi au Japon (où vivaient les Jomons du titre).

Si l’on s’en réfère à l’étymologie, « capitalisme » vient du latin « caput », la tête, au sens de possession de têtes d’animaux, un cheptel. Et si l’on s’en tient à la définition simple du capitalisme qui, dérivé de « capital », désigne le fait de posséder des richesses alors les Jomons du Pléistocène, peut-être perturbés par les changements climatiques de l’époque (et oui, déjà !), plus encore qu’au capitalisme, s’adonnaient à la chrématistique, notion aristotélicienne d’accumulation de richesses. Certes pas à dessein de s’offrir une grotte à sept millions dans la banlieue chic du Crétacé mais, tout de même, dans le but d’accumuler.

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