Mahomet: 1/Education Nationale: 0

Une soixantaine d'établissements scolaires a priori où des échanges véritablement houleux, difficiles ou délicats (pour faire dans la litote) entre élèves et enseignants suite à l'attentat dans les locaux de Charlie Hebdo auraient été répertoriés. Une soixantaine, oui, sans compter tous ceux qui n'ont pas fait remonter les soucis pour ne pas faire exploser les statistiques de l'échec institutionnel.

 

« C'est regrettable, c'est sûr, mais il faut dire aussi qu'il ont touché à ce qu'il y a de plus sacré pour nous », cet équivalent poli de « ils l'ont bien cherché », entendu hier sur France Info de la bouche de lycéens musulmans, se ponctuait par « il n'est pas question pour nous de participer à cette marche ; tous nos confrères qui y vont sont des traîtres ».

 

Que dire si ce n'est que la faillite est patente et qu'elle ne nous promet, si l'on en croit le nombre de réactions identiques dont témoignent moult collègues, rien de bon ?

 

La possibilité demeure toujours, comme il est souvent pratiqué dans notre pays, de se camoufler derrière notre auriculaire et de dire, sans y croire mais en tâchant de faire bonne figure, que ce ne sont là que des exemples ponctuels qu'il ne faut en aucun cas généraliser, que ces témoignages ne représentent qu'une infime partie des musulmans par ailleurs et pour le reste très bien intégrés et que tout ceci se limite à la marge, allons, allons, tout va bien.

 

Certes, me direz-vous, les gros cons ont aussi droit d'être musulmans. Après tout il y a bien, inscrits dans les collèges ou les lycées de France, des petits trous du cul qui répètent à l'envi ce que leurs gros trous du cul de parents bavent autour de la table du repas passé à regarder TF1 ou NRJ12 à savoir qu'il y a trop d'Arabes et de noirs en France et qu'on aurait dû en noyer plus, pour les uns à l'époque de la traite, pour les autres du temps où Papon était Préfet de Paris. Certes.

Après tout, c'est vrai, elle est aussi là, l'égalité : que l'on soit catholique, juif ou musulman, on peut être Français et indistinctement puer de la gueule.

 

Mais c'est précisément là que réside cet échec à la française : que nous en soyons venus, sans arrêt, à faire ce distinguo et à communautariser jusqu'à la langue. La langue est fasciste, disait l'éminent Roland Barthes.

Il avait raison : puisque le communautarisme est un fascisme et que l'on a communautarisé le langage alors le langage est fasciste. On appelle ça un syllogisme.

 

Et l'Ecole dans tout ça, on lui en veut pourquoi ?, me demanderez-vous.

 

On lui en veut parce que depuis des années qu'elle légifère ou fait légiférer à coups d'impératifs budgétaires couplés à des obligations auto-assignées de ménager les susceptibilités communautaires par crainte ou sous peine de voir imploser l'unité nationale au profit d'intérêts partisans toujours plus ciblés, elle cultive la miellerie dégoulinassière et le sentimentalisme sirupeux à l'exclusion toujours plus déplorable et scandaleuse de ce qui n'aurait jamais dû cesser d'être l'unique exigence imprescriptible de sa mission : l'instruction républicaine de l'individu républicain.

 

Sauf que le concept même de l'exigence, il y a bien trop longtemps que l'Ecole l'a abandonné parce que jugé traumatisant et inassimilable car trop inégalitaire.

 

Donc on a bradé. Tout. Les contenus, les diplômes, les recrutements.

 

Voilà des années que je dénonce, avec d'autres, ce scandale illimité et des années que je dis que l'Education Nationale française est devenue une usine à fabriquer des crétins.

Preuve en est que ce qu'il vient d'être vécu par bon nombre de collègues les a eux-mêmes laissés témoins sans voix de l'échec collectif et preuve en est que l'on a eu affaire avec des jeunes infichus de faire la claire distinction entre des assassinats sauvages froidement programmés et exécutés et des dessins prétendument sacrilèges. Infichus d'en faire la distinction et tout autant infichus d'en hiérarchiser le degré de gravité.

 

Il m'a déjà été donné dans ces colonnes d'expliquer combien le dramatique appauvrissement des esprits par la paupérisation même des enseignements faisait que désormais il devenait même, en classe, très compliqué de plaisanter car sans maîtrise d'aucun vocabulaire de base, tout était sans cesse confondu et surinterprété paranoïaquement.

 

Il se trouve que nous en sommes, pour un nombre certainement bien plus important d'élèves qu'on veut bien nous le dire parce que reconnaître la véritable étendue du problème reviendrait à reconnaître qu'on a échoué mais surtout qu'il faut énormément de moyens pour y remédier (et cela, ce n'est pas possible), pour un nombre d'élèves conséquent donc, nous en sommes là : dessiner le prophète disant qu'il est entouré de cons, ça mérite la mort.

 

 

Ces élèves-là ne comprennent pas que les cons dénoncés par Cabu sont évidemment ceux des intégristes pathogènes qui sont venus décimer Charlie. Ils n'ont pas les ressources culturelles suffisantes pour analyser, pour comprendre et donc pour en rire. Pas les ressources culturelles ni les ressources dialectiques et encore moins philosophiques parce que l'Ecole n'a pas su les leur transmettre.


Parce que l'Ecole bricole.

Parce qu'on n'instruit plus.

 

Nous vivons en fait plusieurs drames à la fois.

 

On n'a pas fini de morfler !

 

 

 

 

 

 

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