Le dogme et la vie

Un parti politique est-il, par essence, dogmatique ? Et précisons d'emblée la question : est-il, par essence, dogmatique, dans le sens courant de celui qui exprime ses opinions d'une manière péremptoire, absolue et catégorique ou bien alors dogmatique dans le sens plus philosophique de celui qui affirme des principes (auxquels, normalement et à n'en point trop douter, il croit) ?

Nous sommes évidemment tentés de répondre que, par essence, un parti politique, s'il doit être dogmatique, c'est dans le sens de celui qui affirme des principes auxquels normalement il croit.

 

Sauf que voilà, un parti politique est composé d'hommes et de femmes et pas seulement d'idées qui se promèneraient toutes seules, d'humains donc, avec leurs agaçants travers, leurs navrantes ambitions, la croyance exagérée en eux-mêmes et en leurs capacités, leur mauvaise foi, leur sensibilité aussi (soyons tolérants et tempérés), leurs certitudes, leurs doutes, leurs manies, leur volonté de se distinguer, leur envie de faire mouche à chaque envolée, leur souci de faire gagner la cause, leur diplomatie surjouée, et l'on pourrait allonger la liste pratiquement à l'infini.

Or dans leur souci de faire gagner la cause -dont pour certain d'entre eux elle est toute la vie- il y a nichée la conviction que si l'on s'en départit, ne serait-ce qu'un court instant ou que le temps d'une courte pause, si l'on s'en écarte, le temps d'aller pisser, on est accusable de traîtrise. Parce qu'on lui aura fait faux bond. Même cinq minutes. Le dogme est exigeant.

 

Et puis un parti politique, c'est aussi une structure, pensée, coordonnée, organisée. En commissions et sous-commissions. En comités et sous-comités. Avec des spécifications bien précises, des thèmes autour desquels on phosphore à plusieurs dans l'espoir secret que la multiplicité des échanges et des réflexions, la confrontation des points de vue, l'apport des uns aux questionnements des autres, le vécu des uns et la sensibilité des autres sauront apporter leur pierre à l'édifice du projet en construction.

 

Mais le parti politique, en fait, et même celui qui se prétend ouvert et souple en opposition aux habituels monolithes échafaudés de longue date, se soucie-t-il plus du vécu que de l'idéologie ?

Que vaut la vie face au dogme ?

 

Quel poids a-t-elle ?

La vie peut-elle intéresser un parti politique qui, quoi qu'il arrive, ne se nourrit -pour avancer- que du dogme et des confrontations dogmatiques ?

Ces mêmes confrontations qui seules sont aptes à déterminer les rapports de force qui font tourner la machine.

Puisque dans le fond, c'est ça, un parti politique : c'est un ego face à un autre ego qui se jaugent et s'affrontent au rythme des joutes verbales et idéologiques sans fin et dont l'énergie dégagée par le combat fait tourner les turbines du paquebot.

Paquebot ou bateau dont on nous explique, ensuite, qu'il est ce bâtiment commun sur le pont duquel nous sommes tous installés pour qu'il nous mène vers la victoire.

 

Mais la victoire de quoi ? Celle du dogme ou celle de la vie ? Celle qui verra l'idéologie triompher et prospérer ad libitum ou celle qui permettra que, réellement, change -et s'améliore- la vie des gens ?

 

 

 

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