On ne fait pas de politique basée sur la niaiserie

Ce billet provoquera peut-être ou sans doute voire sûrement, j'ignore ce que pour l'heure il en sera d'où ces précautions de langage initiales, le courroux d'un certain nombre de Camarades, la vexation d'autres ou le chagrin de quelques-uns. Une précision s'impose d'emblée, quoi qu'il arrive : pour courrouçant, vexant ou chagrinant qu'il soit, qu'on comprenne bien que ma démarche est celle de l'observateur plus que du moraliste. J'observe et parfois (ou bien souvent) je me dis que.

 

Cette fois-ci, je partage mes vues. Qu'habituellement, je garde pour moi.

 

J'ai récemment rendu ma carte du Parti de Gauche duquel je suis resté adhérent environ neuf mois. Le temps d'une gestation, diront certains. Et qu'a-t-il germé de ce court mariage ou de cette rapide union ?

 

La certitude que le simplisme des positions choisies, sur tel ou tel sujet d'importance, ne bénéficie pas nécessairement à ceux qui se positionnent. Le Peuple, globalement, aime la politique qui saigne. Ceci étant dit, un trop-plein d'intelligence non plus n'est pas payant. Et pour ce qui est du dogmatisme, il est inhérent à tous les partis et il est comme un étiquetage pratique qui permet à chacun de repérer ses couleurs. A Gauche, toutefois, on en fait quand même un fonds de commerce particulièrement lucratif.

 

En fait, voilà, selon moi, les trois maux majeurs du Parti de Gauche (l'admirationnisme mélenchonien momentanément mis de côté) :

 

1- des discours du Chef tellement élaborés et tellement référencés qu'une fois qu'ils ont séduit quatre millions de personnes instruites dans le pays, ils ont fait le plein.

 

2- une forme de délectation radicalement inverse à cultiver la niaiserie quand il s'agit de synthétiser les vues du boss et de les rendre accessibles au tout venant : les patrons sont méchants/nous sommes gentils.

 

3 (et non des moindres)- un parti qui se prétend révolutionnaire, le proclame et le répète, nettement moins ces derniers temps, ceci dit, il me semble et qui, en interne, par la voix de ses cadres qui aiment à répéter qu'ils le sont, fait expliquer aux nouvelles recrues que si elles ont des propositions à faire, qu'elles les fassent mais qu'elles évitent de proposer « le Grand Soir » parce qu'on n'en est plus là.

Autrement dit, un parti qui prône la Révolution et qui la claironne à toutes ses marches dominicales mais qui fait expliquer à ses abonnés qu'il ne faudrait pas, s'ils veulent être crédibles, qu'ils soient trop révolutionnaires.

 

C'est tout de même embêtant.

 

A cette dichotomie gênante vient donc s'ajouter la niaiserie, pardon d'insister. La cuculterie, disons. Le positionnement parfois entre enfantin (voire infantile) et benêt de certains Camarades qui souhaiteraient que la vie sente la verveine ou le patchouli et que leurs congénères fussent de sucre et de miel. Or nul ne l'est. Pas plus que la vie.

On peut avoir des idéaux, il faut même sans doute en avoir mais faut-il qu'ils privent de devenir adulte et qu'à 40, 50 ou 60 balais confirmés, ils continuent de faire appréhender cette chienne de vie via le prisme d'une enfance -ou d'une jeunesse- perpétuellement renouvelée ou d'une analyse des faits et des gens perpétuellement enfantine ou jeune?

 

Lire régulièrement ici ou là que ces « salauds de solfériniens  sont vraiment méchants avec Jean-Luc (oui, entre nous, on l'appelle Jean-Luc) sur tous les plateaux de télé », être témoin quasi quotidiennement des partages hystériques d'un mur (facebook), l'autre, de la nouvelle qui dit que JLM (c'est son petit sobriquet affectueusement abrégé) sera l'invité de Bourdin à 18h30, le tout emballé dans des kilotonnes de points d'exclamation surexcités (et même si c'est tous les jours, qu'il passe à la télé, tous les jours les rappels sont effectués avec le même enthousiasme adolescent comme quand on allait voir Téléphone en concert et que Jean-Louiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiisss, aaarrrgghh, il était trop beau!!!!!!!!!!!!!!!!!!!), voir circuler de temps en temps des publications partagées à partir du mur de telle ou telle qui a modifié son propre patronyme en Brigitte « Machin » Mélenchon ou Isabelle Mélenchon « Truc », je vous le dis en toute franchise, lire ceci régulièrement, être témoin quotidiennement de cela ou voir circuler ce que je dis de temps en temps, à la longue, c'est proprement exaspérant !

 

Sans compter toutes les accusations de racisme ou -nettement mieux- de fascisme de tel ou tel avec lequel on n'est pas d'accord ou qui ne porte pas totalement les mêmes vues que nous, ça devient tellement ridicule que ça ne charrie plus en soi une once de crédibilité. A écouter certains, la Terre entière est un nid à fascistes et nous serions les seuls, allez savoir pourquoi, à avoir été épargnés par les dieux de la destinée.

 

Les exemples que je pourrais citer se comptent par plusieurs dizaines, en ligne, tous les jours.

 

Ce ne sont certes pas les uniques motifs qui m'ont poussé à rendre ma carte et je ne cherche ici à régler aucun compte avec personne.

Je me pose en observateur de plus en plus souvent agacé par les niaiseries qu'il peut lire ici et là, par la cuculterie machinale déversée par hectolitres dans les groupes de discussion ou sur les murs personnels ou amicaux.

 

Généralement je ne fais qu'observer. Cette fois-ci, en plus, je le dis.

 

 

 

 

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