Dieu, ce créateur omnichiant

Il est désormais admis sans possibilité de le discuter, la Science qui atermoie, tâtonne, recoupe, découpe, calcule et analyse sur la base de données mille fois discutées et soupesées l'ayant démontré après des années de travaux et de recherches, que notre commune maison Univers avoisine l'âge plutôt raisonnable de treize milliards d'années virgule huit.

Du conglomérat atomique premier à la fonte de la banquise terrestre en passant par (et ne parlons que de ce que nous connaissons, ailleurs, on n'en sait rien) les mammouths, les guerres puniques, Antisthène, Al-Andalus, Charlemagne, l'imprimerie, la peste bubonique, la Contre-Réforme, la pénicilline, le nylon, Hugo Chavez et la pompe à vélo, treize milliards d'années virgule huit se sont écoulées. Et vous serez d'accord avec moi pour reconnaître que nous ne sommes rendu compte de rien tant le temps passe à une allure folle, ah la la, ma bonne dame.

C'est sans doute ce temps qui passe à une allure folle, ah la la, ma bonne dame, conjugué à une illimitée faculté d'oubli de l'esprit humain (pour ne pas dire une amnésie coupable) qui fait que, somme toute, l'expérience prétendument acquise demeure circonscrite à un rayon d'action -et de réaction- quasi nul puisque l'Homme, impénitent oublieux, s'évertue, depuis qu'il est lui-même, à reproduire invariablement les mêmes schèmes qu'il est pourtant censé savoir erronés. La circularité répétitive et vicieuse est l'atavique apanage de l'être humain qui, pour se sentir vivant une fois que tous les autres sont morts, éprouve le lamentable besoin de recommencer les mêmes âneries. C'est d'ailleurs pourquoi notamment l'être humain vote à chaque élection. Le changement, c'est maintenant ? Non, non : le changement, c'est jamais.


Mais nous nous égarons.


Or donc voilà que Dame la Science nous annonce, calculs à l'appui, que l'Univers a treize milliards d'années et des poussières (cosmiques). La Terre, elle, en aurait en gros quatre milliards et demi; les premiers organismes multicellulaires sont apparus sur Terre il y a 1,3 milliard d'années, les plus lointains ancêtres de l'homme (les australopithèques) sont apparus il y a 4 millions d'années. Des ancêtres plus proches (Lucy, homo habilis, puis homo erectus) ont commencé à utiliser des outils et, il y a 750.000 ans, ils ont maîtrisé le feu. L'homme actuel, enfin, homo sapiens sapiens, a pointé son nez il y a deux-cents mille ans ; il maîtrise toujours assez bien le feu mais avec la Finance mondialisée, il a plus de mal. Tous ces éléments, bien sûr, ne sortent du chapeau (éléments à côté desquels il aurait placé son lapin rigolo) d'aucun magicien facétieux : ils sont le fruit de milliers d'années de recherches et d'ajustements de recherches.
Sauf que des milliards d'abonnés à « Crédulité-Magazine », parce que les articles qu'ils ont lus dans leur mensuel séculaire prétend que tout ce que nous venons de mentionner n'est pas du tout carboné-14 comme Science dit mais plutôt le résultat du boulot d'un type qui aurait fait les trois huit pendant une semaine et se serait reposé ensuite, contemplant son œuvre avec satisfaction, des milliards d'abonnés à « Je crois donc je suis », s'agacent et se rebiffent quand on leur met sous le nez l'improbable sérieux de la théurgie copromorphe à laquelle ils se réfèrent et de laquelle il se repaissent à l'envi et sans hésiter puisqu'on leur a dit que c'est bon pour la santé. Ils n'ont toujours pas compris que c'est surtout bon pour la santé financière de ceux qui les obligent mais ça, c'est encore une autre histoire.


Une mienne amie du réseau a créé, il y a quelques mois,  un groupe qui a pour vertu remarquable d'accorder une place prépondérante à la réflexion, à la mesure et au questionnement sur la vérité du divin créateur. Le groupe s'intitule « Parlons de notre religion, l'Islam, sans tabou ». Autant vous dire que la jeunette ne manque pas d'audace. Tout y est abordé sans restriction ni fausse pudeur. Les échanges sont souvent vifs, parfois âpres. La raison de ce billet un tantinet mutin tient à ce que j'y ai pu relire hier en commentaire à un document partagé quelques semaines plus tôt.
Un membre du groupe a écrit ceci : «On ne raisonne pas avec Dieu ; on le croit, c'est tout ». Ou comment couper court à tout, en quelques mots. Couper court à la discussion, couper court à la réflexion, au retour sur soi, sur les autres, sur le Monde et ses vicissitudes, sur le destin commun, sur le sens à lui donner, sur les erreurs et leurs possibles remèdes. Ne serait-ce qu'en Afrique, avec des « raisonnements » pareils, les politiques acoquinés avec des pasteurs ou des marabouts pour le plus grand bénéfice du négoce spiritualo-affairiste qui est est le leur, ont encore de très belles années devant eux. 


Au moins encore treize milliards virgule huit.

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