Le racisme est une richesse

En ces temps disetteux que nous vivons où l’indigence culturelle le dispute à l’anémie philosophique, en ces périodes socio-économiquement troublées où conserver son emploi est devenu honteusement luxueux, en ces saisons vacillantes où les ravages des ouragans de l’omnipotente Finance sur la gangréneuse Politique ne cessent plus d’assécher les esprits, les suçant jusqu’à la dernière synapse d’humanité, en ces ères névrotiques où l’on confond –parce que, comme on ne les enseigne plus par peur d’un élitisme prétendument déclassant, on ne sait plus distinguer les nuances- plaisanter et discriminer, déconner et insulter ou rire et dénoncer, en ces temps-là qui voient (ou entendent) s’étrangler de scandale en toutes occasions parce que ne pas le faire est jugé suspect voire inhumain, aborder sereinement le sujet du racisme est-il encore envisageable ?

Et d’ailleurs le racisme, dénoncé partout et tout le temps parce que le communautarisme a été préféré à l’universalisme pour des raisons piètrement électoralistes (sans doute aussi parce que pour pouvoir maîtriser les subtilités de l’universalisme, il faut avoir un peu retenu de ses humanités et ne pas craindre des les confronter au réel) le racisme, donc, a-t-il encore un sens ? 

Car, enfin, suspecter toujours (et sans grande retenue) d’homophobie, d’antisémitisme, d’islamophobie et de toute une kyrielle de mots et de concepts en « -phobe » quiconque n’est pas, à la virgule près, dans la doxa de l’air du temps, suspecter toujours et dénoncer sans cesse ce quiconque-là, cela ne revient-il finalement pas à dénaturer l’objet de la dénonciation systématique par l’action de la récurrence ?

Parce que, tout de même, il est frappant de voir combien, ne serait-ce que sur la page Facebook de Jean-Luc Mélenchon par exemple (pour ne citer qu’un seul exemple) tous ceux et toutes celles (et là, tiens, je vais sûrement me faire taxer de sexisme puisque j’ai d’abord écrit « tous ceux ») qui ont l’audacieuse insolence d’émettre des réserves ou, les insensés !, de critiquer des positions, se font immédiatement vilipender par la convulsive armada des gardiens du temple virtuel, se faisant en premier lieu taxer de jeanlucophobie puis de troll à la solde du Front National et enfin de social-traître mais, cela, uniquement si l’échange d’amabilités a tout de même permis de prouver qu’on est bien de Gauche or vu la virulence hystérique de celles et ceux qui ont élu domicile dans la page de Mélenchon, cette étape n’est pas toujours atteignable. 
« Discrimination », du latin « discriminatio » qui signifie « séparation », est devenu LE mot fourre-tout de ce XXIème siècle intellectuellement déficient (et surtout volontairement maintenu dans un état de déficience irréversible par ceux qui gouvernent puisqu’il est aisé de comprendre où se trouve l’intérêt de celui qui commande de s’assurer l’adhésion inculte et benoîte du peuple des soumis). 
Notre Monde se meurt de cette volonté macabre de vouloir tout lénifier par souci de pasteurisation : rien de doit dépasser du cadre strictement borné de la bienséance et du bon goût définis par un inconscient collectif vendu à l’Internationale aseptique. 
J’aime l’idée que « L’Humain d’abord » est ce qui doit primer sur toute autre forme de considération politique et sociale mais je n’aime pas celle, hélas dominante, qui cherche à faire accroire que nous sommes tous humano-compatibles, que nous sommes tous tellement semblables qu’il est vain de nous vouloir distinguer. Le souci d’humanisme n’est pas volonté de standardisation.

Je ne vous traiterai pas d’égophobes parce que vous ne m’aimez pas ou parce que vous n’aimez pas ce que je dis. Vous avez droit de me haïr. 
L’Humain d’abord c’est avoir pour projet de vouloir faire passer l’Homme avant la Finance. C’est vouloir faire la nique au fascisme financier et à sa toute-puissance destructrice, ravageuse. Je ne le comprends pas comme la volonté programmatique de vouloir imposer ses vues (fussent-elles toutes louables) à ceux qui n’en veulent pas ni comme la légitimité auto-accordée à taxer de racisme, d’homophobie ou d’antisémitisme tous ceux qui le sont réellement (après tout, si ça leur fait plaisir) ou tous ceux qu’on soupçonne de l’être (mais avec une gigantesque part de mauvaise foi dans le propos car si ceux-là sont ainsi taxés c’est parce qu’ils osent penser loin du dogme).

Quoi que nous fassions ou cherchions à faire, nous ne parviendrons pas à modifier ceux qui ont la haine de l’autre, quel fût-il, échafaudée en mode de pensée, en moteur ou en conviction. 
Qui sommes-nous pour nous croire autorisés à donner le la de la correction ?

Nous sommes tous, à divers degrés, les descendants intellectuels d’une philosophie à laquelle nous adhérons parce que nous jugeons indiscutable la pertinence de l’analyse de la société bourgeoise (la bourgeoisie financière est celle que nous devons combattre sans relâche) qu’elle propose et soumet à l’entendement de ceux qui s’y intéressent. Pour autant et si nous voulons être crédibles, nous ne pouvons pas feindre d’ignorer que le Communisme politiquement mis en pratique est un échec : ne faisons pas comme si nous n’en avions rien retenu. Et ne faisons surtout pas comme s’il n’avait jamais été un fascisme à son tour. Les millions de mort du stalinisme sont là pour nous le rappeler. La Présidence de Kim Jong Hun aussi.
La Gauche, la vraie, fait fausse route à vouloir s’ériger en chevalière d’une sainte croisade anti-fasciste. Parce qu’en faisant cela, elle retombe dans des travers qu’on lui avait heureusement oubliés et elle fait, au nom d’un universalisme béat, l’impasse sur le lent et douloureux poison de tous les communautarismes inoculé à la société française pour son plus grand malheur.

Et lorsqu’elle le fait pour de sombres raisons dogmatiques, elle est alors parfaitement démodée. Et totalement ridicule.

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