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Billet de blog 23 sept. 2013

La méthode paranoïaque-critique

Constant Jacob
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L'artiste-peintre majeur du XXème siècle que fut Salvador Dali (et j'entends déjà mes Camarades de Gauche hurler à ses accointances mauvaises avec le régime du Général Franco), au cours de quelques-unes de ses phases paroxystiques d'égarement pas si incontrôlé que ça, inventa la méthode dite « paranoïaque-critique », méthode spontanée, selon lui, de connaissance irrationnelle, basée sur l'objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes.

Dit comme ça et sans beaucoup plus d'explications, je reconnais à mes lecteurs du jour le droit le plus absolu de demeurer circonspects voire perplexes face à tant d'ésotérisme sémantique.

Oeuvrons donc à quelque éclaircissement : que faut-il surtout retenir de la méthode à la Dali ?

Une bonne dose d'irrationnel, une quantité pas moins négligeable de délire dans les associations d'idées et les interprétations de ce qui est donné à voir et, enfin, quelques centigrammes de critique. En fait, la méthode de Dali s'inspirait en ligne directe des théories freudiennes et devait permettre à un auteur d'analyser sa propre paranoïa, de contrôler les obsessions véhiculées par une telle névrose et de les utiliser à des fins de création artistique. Tout ça mis bout à bout a fini par déboucher sur un génie créateur auquel on peut adhérer comme ne pas adhérer mais qu'un minimum d'objectivité dicte de reconnaître.

Un nombre exponentiellement croissant de Maliens qui participe comme je le fais à des débats suscités au sein de groupes de discussion en ligne sur le réseau social Facebook, sans le savoir sans doute, est en train de s'adonner à corps perdu à une parodie navrante de cette méthode sans qu'on parvienne bien à en percevoir, dans le funeste élan du moment imprimé par des commentateurs sûrs de leur fait et des vérités absurdes qu'ils charrient et qu'ils croient fondamentales, la portée créatrice -et encore moins artistique!

Le Mali vient de vivre ou vit encore une crise institutionnelle, politique et sociale sans précédent, cela a été dit et répété ; cela, aussi, est une évidence que nul ne peut mettre en doute. Comme toutes les périodes de crise, fussent-elles comme on vient de dire ou bien économiques (ce qui est le cas actuellement dans la plupart des pays occidentaux), celle que connaît le Mali ne va bien entendu pas sans son lot de perturbations, de questionnements plus ou moins fondés sur des valeurs ou des repères qu'on pensait immuables, de remises en cause de systèmes qu'on croyait établis, d'individus qui incarnaient ces systèmes. Bref, et c'est normal, un grand chambardement ! Pour difficile à vivre qu'elle soit, une crise doit avoir au moins quelques vertus et si celle qui consiste à tout remettre à plat doit être la première, alors qu'elle soit ce qu'elle doit être.

Faut-il cependant que, parce qu'on sait que la crise est là qui fait son œuvre néfaste, par facilité, par paresse de l'esprit ou par repli sur soi confortable on se contente -et avec quelle violence parfois!- de penser que la solution aux dilemmes ou le remède aux dégâts causés ne se trouvera que dans l'éradication non pas des erreurs précédemment commises ou des travers autrefois institués mais bien plutôt dans celle, physique, de celles ou ceux qui n'ont absolument rien à voir avec la crise éclose mais qui, troubles obligent, en viennent tout à coup à devenir dérangeants, suspects ou choquants puisque, comme il n'existe plus rien de solide ou de fiable dans un Etat devenu haillon, ils sont les derniers -ou plus précisément ils sont devenus les premiers- sur lesquels la haine facile de tout ce qui déconne et qui rend la vie impossible se reporte ?

Les appels au meurtre (pas du tout voilés mais au contraire clairement et directement exprimés, sans la moindre retenue) des homosexuel(le)s maliens se multiplient depuis quelques jours dans certains groupes de discussion et la violence rageuse avec laquelle ils s'expriment est parfaitement saisissante ! L'accès à la contraception des femmes -dont les menstruations sont parfois décrites comme des pertes génocidaires mensuelles puisque tout ce sang versé et gâché correspond selon certains à des enfants assassinés- devient aussi un sujet, terrifiant, de conversation.

L'escalade quotidienne des commentaires nauséabonds est effrayante et elle l'est d'autant plus que celles et ceux qui disposent de la raison suffisante pour venir contrecarrer ces folles absurdités finissent par abandonner par lassitude sans doute et aussi par découragement.

Les raccourcis historiques ne sont pas -vraiment pas!- ma tasse de thé mais, hélas, tout ceci rappelle furieusement des thèses idéologiques pas si anciennes, à l'échelle de l'Histoire du Monde, elles aussi fondées sur une paranoïa critique, celle d'un autre peintre à moustaches sans talent, celui-là, sans encore moins de génie et qui n'a jamais exposé qu'au musée des horreurs universelles.

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