David Pujadas for President !

Ils sont amusants, ces journalistes qui feignent l'étonnement que le nouveau « premier parti de France » soit désormais le Front National.

Alors même que, dans leur grand ensemble, ils lui ont offert des temps d'onde, d'antenne et de Une glacée comme rarement il en aura été gratifié dans son histoire, ceux-là même qui lui ont permis d'accéder à ces vitrines historiques font semblant de se surprendre que cela ait pu être suivi d'effet : un peu comme un commerçant qui s'étonnerait que, après des semaines de promotion d'un canapé trois-places en cuir véritable, ledit canapé trois-places en cuir véritable se vende comme aucun autre qui n'aurait bénéficié d'aucune réclame ou que d'une réclame plus évasive.

 

Le Front National récolte 25% des voix des 43% exprimées. Calculons un peu : 43% des votants qui se sont déplacés, cela fait, à la louche, 16 millions de votants. Soit, donc, 4 millions de voix pour le Front National. Soit, encore, le même nombre récolté par le Front de Gauche à la Présidentielle de 2012. Dont nous nous étions tous satisfait en sachant, malgré tout, mesure garder. Sachons, ici aussi, cette même mesure conserver. Même si, naturellement, 4 millions de voix au FN, de notre point de vue, c'est nettement moins baisant que si elles étaient allées au Front de Gauche.

N'oublions pas que ce sont les journalistes qui ont, ce soir, décidé de titrer « Front National, premier parti de France ». Or rappelons que le Front en question a fait 25% de 43% de votes exprimés. C'est beaucoup mais ce n'est jamais qu'un quart d'une toute petite moitié.

Ces quatre millions de personnes qui ont voté pour le FN (tandis que, en gros, un petit million a déposé un bulletin Front de Gauche dans l'urne) aux élections européennes de ce 25 mai l'ont-elles fait uniquement parce que les journalistes assermentés ont fait ce qu'il fallait pour cela ? A l'évidence, non. Ce n'est pas parce que, chaque jour que le dieu-publicité fait, on vous répète qu'il faut manger-bouger que, dès que vous avalez un paquet de Figolu ou de Pepito devant votre téléviseur, une fois le paquet terminé, vous foncez au stade municipal pour faire dix tours de terrain.

 

Alors pourquoi ? Pourquoi les journalistes, qui ont accordé une place conséquente à l'expression de Marine Le Pen est de ses associés lors de cette dernière campagne, décident-ils ce soir de propager l'illusion qu'un quart d'à peine la moitié est à prendre pour un raz-de-marée aussi tsunamien qu'historique ?

 

Parce que, sans doute, ils y ont intérêt. Peut-être pas Pujadas et Delahousse en tant que personnes mais Pujadas et Delahousse en tant que représentants d'un système, en revanche, oui. Parce que les employeurs des mêmes y ont tout autant -si ce n'est plus- intérêt : les propriétaires et les annonceurs de Pujadas et de Delahousse en tant que représentants d'un système ont tout intérêt non seulement à sentir d'où vient le vent (et aussi où il va) mais, plus encore, ils ont intérêt à orienter le sens du vent.

Parce que les annonceurs et les propriétaires de Pujadas et de Delahousse en tant que représentants d'un système, pour la plupart, sont des entreprises cotées en Bourse. Parce que la Bourse est la Grande Maîtresse du Monde. Et parce que que la Grande Maîtresse du Monde, depuis bien longtemps -elle nous a déjà fait le coup il y a à peine plus de 80 ans- a compris que pour remédier aux crises qu'elle-même provoque, c'est au pire qu'il faut faire appel.

 

La Nature humaine est laide. Elle est aussi idiote, aveugle, sourde, amnésique et elle aussi ne se meut -pour aller voter notamment- que dans le sens de ses intérêts aussi capricieux qu'immédiats.

 

Pourquoi alors vouloir nous acharner à universaliser nos vues ?

Pourquoi la refondation ou l'invention d'autre chose ne passerait-elle pas par sa mise en œuvre à petite échelle ?

Pourquoi la désobéissance civique invoquée lors de cette toute dernière campagne, avant que de vouloir l'imaginer à dimension européenne, ne serait-ce pas à échelle communale que nous chercherions à l'échafauder ?

 

La Nature humaine est tout ce que nous avons déjà dit.

Elle est également jalouse ou envieuse. De cette Europe organisée comme elle l'est, parmi nous, gens du Front de Gauche, adhérents, sympathisants, anciens adhérents ou sympathisants de formations camarades, alliées, associées ou idéologiquement proches, personne ne veut. Tout le monde sait qu'elle nous tue.

Va pour la désobéissance. « Coopérativons » nos points de vue et nos projets de vie meilleure à l'aune de ces critères qui nous parlent à tous. Faisons comme bon nous semble à une échelle qui demeure humaine. L'humain d'abord, non? Associons-nous et multiplions les coopérations associatives. Nous étions, en 2012, 4 millions à rêver, à peu de choses près, des mêmes choses. Coopérons entre nous. Sans rien ignorer de nos natures humaines à nous aussi qui seront aussi le premier obstacle -de taille- à franchir.

 

Il n'y a aucune raison que cela ne fonctionne pas. Et nous aurons tôt fait de susciter suffisamment d'envie pour que ça s'universalise de soi-même.  

 

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