Dieu soit loué, vendu ou donné ? Petit rappel historique peut-être pas totalement inutile

Je ne sais pas vous mais, moi, je n'en peux plus !

Cette désormais tristement fameuse quenelle autour de laquelle tout ce que la France compte de journalistes assermentés, de chroniqueurs patentés et de penseurs en soldes philosophent, se demandant quelle peut bien en être la véritable signification, si derrière elle il faut voir de l'antisionisme ou de l'antisémitisme, nous refaisant par la même occasion tout l'historique sémantico-étymologique des deux termes, je le dis tout net, et j'imagine ne pas être le seul à le ressentir ou le penser : je n'en peux plus !

 

Il fut humoriste. Il paraît qu'il l'est toujours. Soit.

 

Il fait dorénavant beaucoup rire un style de public très différent de celui de ses débuts. Un style de public dont, a priori, on se dit qu'on n'a pas à être spécialement fier de revendiquer le soutien mais, vous savez ce que c'est, dans ces périodes de crise économique et sociale où plus aucun repère n'est à sa place ni plus aucune mémoire sollicitée, on trouve que, finalement, facho, c'est sympa.

 

Il y a eu 80 ans cette année (qui s'achève), tout le monde l'a oublié et peu nombreux ont été les journalistes, chroniqueurs et penseurs qui l'ont rappelé (on vient de vous le dire, la crise et la mémoire, ça ne fait pas bon ménage), une immense majorité d'Européens aussi, tout pareil, trouvait ça très chouette.

 

Parce que, oui, dis donc : c'était il y a 80 ans. Pas si ancien, finalement. Les circonstances de l'arrivée au pouvoir du type qui faisait la quenelle dans l'autre sens furent rigoureusement les mêmes que celles qui ont poussé la banque JP Morgan à publier au mois de mai dernier un document dans lequel elle prescrit pour, prétendument, favoriser une sortie de crise rapide de l'Europe, l'établissement de régimes totalitaires en son sein.

La crise de l'époque est partie des Etats-Unis pour se répandre à l'Europe telle qu'elle n'existait pas encore mais cela ne l'a pas empêché, construite ou pas, de s'y répandre. Or la crise de l'époque fut provoquée par les banques. Tiens, comme en 2008.

 

Et vous savez quoi ? Elle fut le corollaire d'une bulle spéculative amplifiée par un système d'achat à crédit. Tiens (ça alors!), comme en 2008. Certes, on doit à la vérité historico-économique de préciser qu'il s'agissait d'un système d'achat à crédit d'actions et non de maisons (comme ce fut le cas en 2008) mais enfin vous reconnaîtrez que les similitudes laissent quelque peu pantois. Et, d'ailleurs, de nombreux historiens comme de nombreux économistes ont montré que ce krach boursier fut tel qu'il a déstabilisé les politiques économiques allemandes d'alors permettant « dans une certaine mesure » (ont dit certains aussi mais vous connaissez la frilosité rhétorique, même rétrospective, des spécialistes) l'arrivée au pouvoir du NSDAP.

 

Dites-moi, j'y pense : ne serait-ce pas l'éclatement de la bulle spéculative de 2008 et ses conséquences qui ont fini, eux aussi, par déstabiliser avec une ampleur au moins égale l'économie grecque (mais aussi l'espagnole, l'italienne et la portugaise ; on n'ose pas dire la française, vous savez comme on est, avec notre orgueil toujours un peu là quand même) ? D'accord, les dirigeants grecs successifs (mais aussi les espagnols, les italiens etc) n'avaient pas non plus vraiment oeuvré dans le sens d'une capacité d'amortissement exemplaire mais, soyons honnêtes, quel a été le résultat concret de tout cela ? Quel a été le résultat concret de l'éclatement de la bulle spéculative (comme en 29) et de la déstabilisation des économies mentionnées (comme en 29) ?

N'est-ce pas en Grèce que des députés néo-nazis ont été élus à l'Assemblée ? N'est-ce pas en Espagne que l'Opus Dei est en train de rejaillir du pseudo néant où on l'avait cru confinée ? N'est-ce pas en France que Marine Le Pen caracole sans avoir besoin de se forcer ?

 

Je ne sais pas vous, disais-je plus haut, mais moi je n'en peux plus !

 

Je n'en peux plus, surtout, qu'on nous pollue volontairement l'espace médiatique avec des affligeances (mon amour des néologismes, ceux qui me suivent le savent et pardon aux nouveaux que cela choquerait) à barbiche qui se sentent obligées de puer de la gueule pour exister éphémèrement.

Parce que pendant ce temps-là, pendant que certains en sont encore à se demander s'il ne vaut pas d'être quand même un peu défendu sur les bords tant cet acharnement contre lui paraît louche, on est en train de revivre la même Histoire et tout le monde s'en fout.

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