L'ECHEC SCOLAIRE - Partie 2

Les causes de l'échec scolaire, suite...

Est ce toujours la faute de l'élève: la posture du professeur

Qui d’entre nous n’a jamais entendu, suite à la question d’un(e) élève:

« Madame/monsieur, je n’ai pas compris...»

Les réponses suivantes:

« C’est facile...»: autant traiter l’enfant de crétin! La réponse qui par définition dévalorise et contribue à l’abandon scolaire nombre d’enfants et/ou d’ados.

«tu n’avais qu’à écouter!»: il écoute forcément à un moment donné puisqu’il/elle pose la question et de surcroit s'intéresse au cours. Celui ou celle qui n’écoute pas se fiche éperdument de comprendre ou non.

«je n’ai pas le temps de t’expliquer»: pardon??? L’enceinte scolaire n’est elle pas dédiée à précisément expliquer toutes les notions cognitives? Le professeur ne se doit il pas de prendre du temps pour les élèves.

N’ont ils jamais entendu parler de pédagogie différenciée?  L’idée est d’adapter la pédagogie à un ou plusieurs élèves dont le niveau de connaissance et/ou de compétences sont hétérogènes. Ce n’est plus l’enseignant qui est au centre des savoirs mais l’enfant. Sans entrer dans de grandes théories pompeuses, il convient donc d’adapter les séquences d'apprentissage en fonction du public de la classe, que ce soit un seul individu ou un petit groupe. De ce fait, tous les élèves se sentent concernés et mobilisés, l'ambiance de la classe est studieuse et cette méthode permet de renforcer la confiance de tous en l’institution et en eux même.

«J’ai un programme à terminer, tu vas nous retarder»: où est il inscrit dans les fameux programmes qu’il faille laisser un(e) élève à la traine? 

 

Apres l’échec scolaire: les chèques scolaires.

Nombre de familles se tournent vers les écoles privées; persuadées que ces dernières donneront goût à l’école à leurs enfants. Certains établissement se targuent même d’en être les spécialistes. Parfois avec succès, parfois moins. Elles sont surnommées depuis bien longtemps les «boites à bac». On vous certifie cent pour cent de réussite au bac. Afin de peaufiner les statistiques, elles se débarrassent des éléments perturbateurs avant ou pendant la classe de terminale. Même si certaines s’avèrent être efficaces pour certains élèves, d’autres se montrent toujours aussi inadaptés à l'école. 

Quid des familles qui ont moins de moyens financiers?

Que propose l’Education Nationale?

Il existe un certain nombre de dispositifs au sein de l’institution.  En voici les principaux.

Les Réseaux d’Aides Spécialisés aux Elèves en Difficulté (RASED): dispositif du premier degré (école maternelles et élémentaires), il est dédié aux enfants en difficulté d’apprentissage et/ou d’adaptation aux prérogatives scolaires.

Il est composé de psychologues et d’enseignant spécialisés du premier degré. Ils bénéficient d’une formation particulière,qui se veut ad-hoc.

 

Pour bénéficier du RASED, il suffit d’en faire la demande à celui du groupe scolaire concerné qui se réunira et analysera le bien fondé de la demande. A moins que cette dernière ait été formulée ar un membre du personnel enseignant.

Le parents sont de toutes façons partie prenante à la démarche.

L’intervention des professeurs des écoles (premier degré) s’effectue soit en situation duelle soit en tout petit groupe d’enfants. Il travaille alors quelques heures par semaine les matières fondamentales: lecture, écriture et mathématiques grâce à une pédagogie parfaitement adaptée.

Le psychologue scolaire intervient sur demande du directeur d’école ou des parents afin d'offrir un suivi psychologique de l’enfant; il peut travailler avec lui sur l’estime de soi, la concentration, le goût de l’effort, etc...

 

La Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté (SEGPA):  créées en 1996, elles sont destinées à des enfants qui n’ont pas acquis les savoirs requis pour le collège à la fin de la dernière année d’école primaire. Les SEGPA accueillent des élèves en échec scolaire. Les niveaux vont de la sixième à la troisième; modélisés sur le collège d’enseignement général, ils permettent dès la quatrième de découvrir des métiers sous la forme de modules, d’un nombre d’heures hebdomadaire, de découverte professionnelle. 

Les métiers proposés varient en fonction domaines professionnels et des ateliers représentés dans le collège.

Le groupe classe est limité à seize élèves et les professeurs sont des professeurs des écoles qui pour la plupart sont spécialisés dans l’enseignement adapté. En général, mais pas toujours, ils sont nommés en SEGPA sur la base du volontariat.

L'enfant est admis en SEGPA après étude de son dossier, à la demande de l’établissement scolaire ou des parents par la Commission Départementale d’Orientation (CDO).

En clair, la SEGPA permet de mettre en situation de réussite certains élèves qui jusqu’alors étaient en échec, notamment par le biais d’une professionnalisation ultérieure et aussi par des programmes d’enseignement général édulcorés. Elle est destinée à accompagner les enfants vers des diplômes qualifiants de niveau V à partir du lycée, des CAP.

La SEGPA est une structure interne au collège d’enseignement général avec un(e) directeur(trice) dans l’enceinte du dit collège. Le principal étant le chef d'établissement.

Fort de toute cette belle théorie, la pratique est un tout petit peu différente. Annoncer à des parents que son enfant va aller en SEGPA est un aveu d’échec patent. L’enfant lui même n’a pas envie d’y aller car il veut aller dans un collège «normal». Savez vous que les élèves d’enseignement général les qualifient de «boloss». Ce qui revient en fait à les traiter de débiles. Finalement, même si l’intention de départ était louable, le législateur n’a pas pensé que ces enfants, au sortir du CM2 allaient être stigmatisés, voire ghettoïsés dans l’enceinte même du collège, et ce pendant parfois tout le reste de leur vie.

Construire des collèges SEGPA autonomes, ayant leurs propres infrastructures coutaient sans doute trop cher...

Les Etablissements Régionaux d'Enseignement Adaptés (EREA): composés de sections SEGPA pour la partie collège, il s’étend de la seconde à la terminale pour le lycée. Ils y préparent des diplômes de niveau V. Par exemple, un même EREA peut proposer un CAP de maçonnerie, de peinture en bâtiment, de mécanique (matériel de parc et jardin), des CAP agricoles de travaux paysagers ou d’horticulture.

La mission des EREA est de prendre en charge des adolescents en grande difficulté scolaires et sociales. Certains présentent même des handicaps.

Il est alors aisé de comprendre que la plupart de ces élèves ne sont pas seulement en échec scolaire mais tout simplement inadaptés à l’école. Certains ont des soucis de délinquance, d’autres des histoires personnelles voire dramatiques, des traumatismes parfois.

Les cours sont assurés également par des professeurs des écoles du premier degré.

Une des particularités de l’EREA est son internat éducatif. Calqué sur la carte scolaire, ses week ends et ses vacances, il gère les adolescents les plus retords. Point d’éducateurs spécialisés dans cet internat éducatif mais ... Des professeurs des écoles qui, certes, disposent d’un diplôme interne à l'Education Nationale (CAPA-SH option F) grâce auquel ils sont censés savoir gérer un groupe classe de l’enseignement adapté. Mais point de gestion de groupe sur des temps de vie, sur des soirées, des veillées, des nuits...

Mais, quelles sont les précautions de base à prendre lorsque que l’on gère des adolescents récalcitrants, pour la plupart, à toute forme d’autorité? Quid de la gestion de groupe avec un public «difficile», réfractaire à l’autorité et souvent dans la délinquance?

Ces enseignants de formation, y passeront leurs soirées, leurs nuits et parfois même, en plus de soirées et nuits, des journées à prodiguer des cours.

Le mode de recrutement est des plus singuliers: c’est sur demande des personnels, en fonction de l’ancienneté. Etant donné l’univers difficile de ces établissements, ces postes ne devraient ils pas être des postes à profils? 

Venir y travailler contre son gréé ne facilite pas la posture éducative.

La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH): comme son nom l’indique, elle s’occupe des personnes handicapées, (AVC, scléroses, paraplégies etc...), mais...il se trouve qu’une commission interne à la MDPH (la CDAPH: Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) peut orienter des enfants ou adolescents handicapées en SEGPA ou EREA, jusque là, rien de choquant mais dans la pratique, la MDPH les y envoie allègrement pour peu qu’ils soient passés par la moulinette du CMPP (Centre Médicaux Psycho-Pédagogiques, nous l’évoquerons dans un autre chapitre).

 

Ces fameux CMPP proposent des consultations psychologiques et / ou psychiatriques gratuites aux familles et aux enfants qui en auraient besoin. Le délai d’attente est très long.

Nombre de familles s’adresse donc au CMPP pour toute sorte de problèmes éducatifs et scolaires. Ils les incite souvent à prendre contact avec la MDPH.  Une lettre de trop y figure pour ces familles: le H du handicap. Peut on qualifier d’handicapé un enfant ou un adolescent qui a des difficultés scolaires? Quel va être l’impact psychologique sur l’enfant et la famille? L’idée initiale était d’offrir une aide personnalisée; la conséquence finale est de stigmatiser encore plus le jeune individu: et de croire qu’il n’est bon à rien puisque «handicapé», perte totale de l’estime de soi, 

Je vous rassure, les professionnels eux mêmes se perdent dans la forêt des ces acronymes, et encore, je ne vous livre ici que les principaux et ce n’est pas fini!. 

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