LE DECROCHAGE SCOLAIRE: PARTIE 2

Le rôle des parents est primordial afin d'éviter aux enfants de dériver scolairement. La valorisation est toute aussi importante afin de ne pas minimiser les efforts et progrès mis en oeuvre par l'élève.

La valorisation

La valorisation est un moteur essentiel de l’envie.

Je n’y arrive pas parce que je n’ai pas envie, ou je n’ai pas envie parce que je n’y arrive pas 

Réponse : les deux !

Pour transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux, il existe plusieurs stratégies que j’ai pu mettre en œuvre avec un public d’adolescents en échec scolaire prononcé et prolongé. Elèves en colère, en rupture, dans le déni de la réalité, imaginant mille façons de ne pas travailler car convaincus d’en être incapables, en marge de tout système scolaire et de tout mécanisme cognitif, ils arrivent à 16 ou 17 ans avec un niveau de CM1 ou CM2 avec des quotients intellectuels tout à fait normaux.

Néanmoins, restons dans le cadre d’une scolarité classique.

Prenons l’exemple d’un jeune garçon qui ne travaille pas au grand désespoir de ses parents.

Imaginons que sans rien faire il ait 8 de moyenne générale.

Tout d’abord, j’aime prendre les jeunes à contre pied, pour les déstabiliser positivement. Pourquoi ne pas commencer par lui dire : « tu as eu 8 de moyenne ce trimestre sans rien faire ? Mais c’est très bien ça! ça veut dire que tu es intelligent car sais tu que certains ont les même résultats en travaillant beaucoup?».

Passée sa surprise qu’il exprimera par un « Ah ? » dans le meilleur des cas tout en se demandant si on ne se moque pas un peu de lui (car il sait très bien que ses notes ne sont pas acceptables), ne pas hésiter à lui insister sur le fait que ce n’est « quand même pas terrible pour quelqu’un qui a ce potentiel».

 

On pourra bien sûr lui expliquer ce que l’on pense de l’inadéquation des programmes tout en insistant sur le fait qu’il n’a pas le choix.

Comprendre les raisons permet souvent l’action, permet aussi de respecter l’interdit. Je sais pourquoi je n’ai pas le droit, l’explication est intelligente, je suis plus à même de respecter la loi…Ce précepte est un des fondamentaux en matière d’éducation. 

Le suivi parental

L’enfant et l’adolescent ont besoin de vérifier la solidité de leurs référents : les parents.

« Ils m’ont expliqué pourquoi l’école est parfois ennuyeuse et difficile, bien, bien bien…mais, suis je vraiment obligé de travailler alors ? ».

La réponse étant bien évidemment oui, il faut mettre au point un suivi parental. L’ado est demandeur d’encadrement, ça le rassure.

Suivi des devoirs, du cahier de correspondance, rencontrer les professeurs, le Conseiller Principal d’Education (CPE), s’assurer que votre enfant rentre à la maison lorsque des inters cours sont trop longs (pour éviter de trainer au café par exemple).

On peut très bien lui expliquer qu’il vaut mieux gérer son temps ainsi, rentrer quand il y a une permanence de 3h et faire ses devoirs au lieu de les faire le soir à 18h, fatigué,  et pouvoir se détendre à la place (autoriser alors la console de jeu, le film vide cerveau ou le manga dont les onomatopées font office de dialogue). Il faut savoir jongler entre moments de travail et moments de détentes.

Dans les cas les plus difficiles, on peut aussi aménager une fiche de suivi avec les professeurs et/ou le CPE, ou chaque intervenant note sur la fiche, la ponctualité, l’assiduité, le respect, le travail. A faire remplir et signer par  chaque intervenant de la journée et à présenter aux parents le soir. Efficacité souvent avérée.

Attention toutefois à ne pas confondre suivi et intrusion. Il faut veiller à laisser à votre ado des plages de liberté. Lui expliquer que toute cette organisation vise non seulement à le faire progresser scolairement mais aussi à lui octroyer du temps libre pendant lequel il fait ce qu’il veut.

Très important également, ne pas confondre obligation de résultat et obligation de performance.

Combien ai je vu de parents invectiver leurs enfants car ils n’avaient «que» quinze sur vingt en mathématiques ou en Français car il «peut faire mieux».

Vieux dicton populaire «le mieux est l’ennemi du bien».

A quinze de moyenne, il faut féliciter nos enfants, à douze lui dire que c’est pas trop mal, à dix que c’est vraiment limite et c’est à huit qu’il faut l’invectiver.

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