LA CRISE D’ADOLESCENCE Mythe ou réalité?

Qu'est ce que la crise d'adolescence? Existe-t-elle? Est-ce une vue de l'esprit? (ou de certains ... esprits?)

Plus qu’un concept, la crise d’adolescence est devenue un précepte.

L’incontournable crise d’adolescence, l’inévitable, la fatale «crise d’ado»...
Votre ado pose problème? C’est la crise d’adolescence!
Votre ado ne respecte rien? Quoi de plus normal... C’est la crise d’adolescence!
Votre ado est en refus d’autorité? Bien sûr... C’est la crise d’adolescence!
Il travaille mal à l’école? C’est la crise d’adolescence!
Cet anathème récurrent et sentencieux ne nous avance finalement guère.

Existe-t-il un traitement, une médication, une pilule soignant cette prétendue crise?
Pas à ma connaissance.

Par conséquent et pour en démystifier le sens, je pense que la crise d’adolescence n’existe pas, qu’il s’agit là d’un fond de commerce marketing pour vendre des livres.

Bien sûr, on nous parle depuis des décennies de poussées hormonales, de transformations physiques, de mutation physiologique. On nous serine que l’ado sera inévitablement en rébellion, qu’il défiera l’autorité, qu’il transgressera, qu’il expérimentera des substances culturellement actées (alcool) et d’autres illicites (cannabis, autres drogues...).

Que cela est bien normal, qu’il s’agit là de ... la crise d’adolescence.

Je m’inscris en faux contre ce diktat, cet anathème, cette sempiternelle rengaine.

Une crise financière, une crise de jalousie, une crise de nerfs, une crise de foie, une crise de couple... La crise n’est elle pas par essence soudaine? N’y a t il pas une notion de rapidité, de surprise? 

Intéressons nous à l’étymologie du mot «crise». Son sens est double. En effet la racine latine «crisis» signifie manifestation violente, brutale d’une maladie et venant du grec: jugement, décision. 

Il y a donc aussi une notion de brièveté, de soudaineté, de surprise.

Cela va complètement à l’inverse de la durée, d’une lente métamorphose, d’une mutation...

 

Ce sont les conséquences qui s’inscrivent dans le temps. Le krach boursier de 1929 dont les conséquences nous emmènent à l’aube de la seconde guerre mondiale (dix ans) ou les Sub primes et leurs répercutions  de 2007 à 2011, soit 4 ans, une crise de nerfs et brusque et soudaine, violente, rapide, les anti dépresseurs ou autres médicaments ne sont que des conséquences.

Il existe une littérature pléthorique sur le sujet. Des milliers de livres ont été édités, d’émissions télé, radio, des conférences, des colloques même!

Finalement, confondre élément déclencheur et conséquences est bien pratique. Ranger cela dans le tiroir fourre de la crise d’adolescence est bien .. commode!

Au lieu de parler de crise d’adolescence, on peut tout au plus évoquer une crise d’un adolescent. De la même manière qu’un enfant en bas âge ou un peu plus âgé peut faire une crise, une colère donc. Parle t on alors de crise d’enfance?

Bien que le concept puisse être alléchant sur le plan marketing, je le trouve surréaliste, tout comme la crise d’adolescence.

Et pour pousser cette pseudo notion à son paroxysme, il existe même des ouvrages, articles et tirades sur la crise d’adolescence tardive. Il s’agit en réalité d’adultes irresponsables, qui n’ont peut être pas acquis les fondamentaux éducatifs d’autonomie, de respect de goût d e l’effort et autres...

Bien évidement, on nous affuble de crise de la quarantaine, de la cinquantaine par extension.

En général, il s’agit d’adultes tout à fait socialisés qui après une longue période d’ennui, de monotonie et de routine, décident de se libérer de leurs chaines. Aucune crise en soi, juste un vent de liberté intérieure qui souffle.

Pour en revenir au propos initial, les dysfonctionnements éducatifs lors de l’adolescence sont dus, non pas à une étiquette range tout, mais à des carences éducatives.

Si on ne définit pas des règles éducatives à la fois précises et souples, cadrantes, rassurantes dès l’enfance, il sera bien entendu encore plus difficile de poser des limites lors de l’adolescence.

Comment apprend-on à être parents ? qui nous donne des cours de parentalité ? personne !

On peut modéliser sa propre éducation, ou bien faire l’inverse si on en n’a pas été satisfait mais dans tous les cas, autres temps , autres moeurs comme on dit. Quid du smart phone, de la console de jeu et autres tablettes, des ordinateurs et des réseaux sociaux avant 1990? De l'itération en point départ, on peut vite se retrouver dans un empirisme stérile, voire contraire aux préceptes éducatifs faute de vecteurs d’apprentissage.

Afin de restaurer les mécanismes éducatifs, il faut des professionnels de l‘éducatif.

Exit la crise d’adolescence et ... Vive la prise d’adolescence?

Le déclic

On me demande souvent: «quand aura-t-il/elle le déclic?»

Le déclic pour se projeter dans l’avenir, pour «se mettre au travail», pour comprendre les méfaits des écrans que sais je encore...

Est il vraiment réaliste que d’imaginer un enfant ou un adolescent se réveiller un matin et se dire :»Ah mais oui! Bien sûr! Je dois me projeter dans l’avenir et me mettre au travail, et puis je joue trop quand même!»

Nous avons évoqué son appétence au plaisir immédiat, son incapacité bien normale de ne pouvoir imaginer un avenir à moyen et  à long terme, son rapport au temps différent du notre.

Ce fameux «déclic» est juste une vue de l’esprit, illusoire, une projection d’adulte, une source de tension et de pression finalement sur nos chérubins.

Un concept qui n’arrive éventuellement qu’à l’état adulte, et encore...

Suite à une déception, une réflexion intérieure, un traumatisme...

Le déclic, se passage soudain tant espéré par les adultes d’un état qui ne leur sied pas à une situation qui correspondrait à leurs propres projections ne peut arriver.

Laissons la nature opérer. Nos descendants naissent bébés, enfants, adolescents puis un jour deviennent adultes. Ils n’y a pas de lois, de règles immuables et universelles. L’éducation n’est pas un algorithme mathématique mais une lente évolution.

La provocation

Concept identique au déclic, j’entends très souvent des parents me dire « il est dans la provoc’». 

Il existe effectivement des provocateurs et des agitateurs professionnels en politique, dans le show business, dans le monde de l’entreprise, dans le monde adulte en somme.

Aucun ado ne se dit un beau jour: «voyons... Comment vais je provoquer mes parents? Ah oui! Je sais!! Je vais mettre un jean à trous puis me teindre les cheveux en vert!».

Ce que les parents appellent «provoc’» n’est en fait qu’un espace éducatif q’ils ont oublié d’occuper. Par conséquent, l’enfant s’engouffre dans la faille, prouvant ainsi sa bonne santé mentale. C’est son job à lui de profiter d’espaces de libertés. Celui des parents de le cadrer à bon escient.

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