LE DECROCHAGE SCOLAIRE: PARTIE 1

Le décrochage ou l’échec scolaire mènent à une marginalisation vis à vis de l’école.

L’école peut être un formidable outil de transmission du savoir, d’épanouissement personnel, de réussite sociale. Elle a été pensée comme telle.
Elle peut aussi être une formidable machine à broyer les enfants puis les adolescents qui ne sont pas dans son moule.
Une multitude de paramètres interfèrent les uns , les autres, s’entrechoquent.

La classe de rupture, le niveau à partir duquel les enfants décrochent est invariablement toujours le même.

Interrogez des élèves de treize ans ou de dix sept en rupture scolaire, tous vous diront que ça a commencé en Cours Préparatoire (CP).

Les enfants arrivent de maternelle, il savent lire et écrire leur prénom,, des mots simples comme papa, maman, le prénom de leur frère et soeur, compter un peu jusqu’à dix, vingt pour certains.

En septembre ils découvrent la lecture et en décembre, ils doivent être capables de lire des petits textes.

Le CP est la classe magique pendant laquelle les enfants prennent goût à lire, à écrire et à compter. Beaucoup d'enseignants du premier degré en sont friands. Ils aiment voir évoluer à grande vitesse ces enfants venant de la Grande Section de maternelle, leur inculquer les bases de lecture et d'écriture qui leur serviront toute leur vie durant.

Mais comment la fracture s’opère-t-elle?

Arrivés début septembre, les élèves sont d’un niveau à peu près homogène. La distorsion s’étire sur quatre mois environ. La plupart du temps, les bases sont acquises.

Quid pour ceux qui ont un peu plus de mal, qui sont un peu plus lents, sans parler des enfants dyslexiques (rappelons que la dyslexie est un trouble de l'apprentissage de la lecture dont les origines ne sont toujours pas véritablement identifiées mais qui peut être véritablement handicapant pour l’enfant)?

 

 

A charge ou à décharge, l’enseignant, professeur des écoles, privilégiera les élèves qui suivent au détriment de ceux qui sont derrière.

L’isolement cognitif en induit un plus personnel pour l’enfant. Un sentiment d’échec, une estime de soi naissante déjà en berne, de mauvaises appréciations sur les bulletins scolaires, l’enfant, âgé alors d’environ 6 ans doit vivre avec ce retard et cette sensation de ne pas être aussi intelligent que les autres. Passage en CE1 quasi systématique, en CE2 et l’écart s’intensifie jusqu’au CM2 , puis au collège et au lycée si il y arrive. 

Annoncer à un enfant et surtout à un adolescent qu’il est en échec scolaire, revient à une condamnation à mort de ses capacités scolaires et par extension intellectuelles.

De plus , l’enfant doit souvent composer avec les attentes élevées de ses parents, ce qui n’arrangera pas les choses dans cette spirale de l’échec, accentuera blocages et inhibition.

Même si la classe de CP s’est déroulée normalement, les causes de décrochages peuvent ensuite être multiples.

Mieux vaut alors employer le terme de difficulté. Il est parfois pour certains enfants difficile d’aller à l’école.

En effet, une scolarité post primaire peut devenir un sacerdoce pour un adolescent.

Beaucoup d’heures de cours, d’inter cours, de professeurs différents plus ou moins motivés, des salles de classe bondées, des couloirs et locaux souvent vétustes, de nouvelles règles à respecter…

 

En premier lieu, les programmes scolaires sont ils adaptés et attractifs?

Par exemple,  au vu des devoirs de nos enfants, une question essentielle doit à mon sens être posée : sont-ils vraiment adaptés tant par la forme que par le fond à la tranche d’âge concernée ?

 

De quoi se souvient on a l’issue d’un cursus scolaire?

Je me souviens de leçons de géographie interminables et non de leur contenu en primaire sur le relief de notre pays, il fallait colorier sur des cartes des régions inconnues, les plaines en vert, les montagnes en marron les cours d’eau en bleu. 

Je me souviens d’avoir parcouru des schémas disséquant des souris ou des grenouilles en CM2.

Je me souviens d’avoir conjugué du CE1 à la quatrième les verbes de l’indicatif.

Je me souviens d’avoir été obligé de lire des oeuvres qui n’étaient pas de mon âge, Stendhal, Flaubert, les dramaturges français du dix septième siècle, (Corneille - Le Cid, Racine - Britannicus, Molière - Le Malade Imaginaire, Les Fourberies de Scapin)

Je me souviens d’un devoir sur les acariens quand à 13 ans, de fastidieux descriptif de la Seine, sa longueur, le lieu de sa source, ses estuaires, les villes principales qu’elle traverse ; le tout multiplié par le nombre de fleuves Français. 

Je pense aux œuvres littéraires proposées à nos jeunes, est ce bien raisonnable de devoir lire Le Rouge et Le Noir, le Père Goriot ou Madame Bovary quand on a 15 ou 16 ans ?

 

Bien sûr tout dépend de la manière dont le professeur « vend » l’œuvre aux élèves, mais indépendamment de cela, les œuvres étudiées sont beaucoup trop souvent longues, obscures et en décalage total avec la maturité du public concerné.

 

Il ne s’agit pas de refaire les programmes, ni même de proposer des solutions ici, mais de réaliser et freiner nos projections d’adultes. Est il pertinent d’assurer à un ado de 13 ans qu’il est important de bien connaître l’appareil digestif du rat ? ou de lui assurer qu’il faut absolument maîtriser le temps face à douze tours de cours estampillés Education Physique et Sportive ?

 

Par contre, fort de ce constat, il est impératif qu’il comprenne l’importance de parler une ou deux langues étrangères, de maîtriser la nôtre, de manipuler les fondamentaux mathématiques.

 

Je pense qu’il faut expliquer tout cela à nos ados.  De l’absurdité de certains items du programme à la nécessité vitales d’autres.

 

Un discours jamais entendu marque plus qu’une sempiternelle rengaine.

 

On peut ensuite élaborer une stratégie : pourquoi ne pas négliger un peu les tours de cours et se renforcer sur les fonctions mathématiques ?

Pourquoi ne pas leur apprendre à s’adapter, trier, élaborer ?

Bien sûr, il faut se servir des points d’appui, valoriser les matières dans lesquelles l’ado à des bons résultats sans oublier de noter les efforts et les progrès fournis dans les autres.

 

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