"Cela faisait trois ans que nous n'avions pas eu de congés payés !"

Le collectif de livreurs à vélo les Coursiers Bordelais vient de souffler sa première bougie. Ils sont aujourd'hui quatre personnes à travailler - presque - à plein temps pour l'association, en passe de devenir une coopérative. Une belle victoire pour une équipe soudée, constituée dans la foulée de la chute de Take It Easy. Voici leur histoire.

coursiers-bordelais
Août 2016 : la plateforme de livraison Take It Easy met la clé sous la porte. Un véritable électrochoc pour les livreur.euse.s de Bordeaux qui n'ont rien vu venir. Une quarantaine d'entre eux.elles rêvent alors de lancer leur propre centrale, sans réussir à concrétiser le projet. Parmi eux.elles, Arthur Hay, un coursier blacklisté par les plateformes à cause de son engagement à la CGT. Convaincu de la pertinence de l'idée, il décide de lancer les Coursiers Bordelais avec deux camarades : Théo Meltz et Arthur Petitjean.

Leur activité démarre en novembre 2017. En février 2018, ils achètent leurs deux premiers vélos cargo pour livrer des fleuristes, des cabinets d'avocats, d'architectes. Ils travaillent aussi pour des professions médicales : de la livraison d'analyses sanguines, au matériel paramédical du réseau de pharmaciens "Me Soigner", en passant par les prothèses dentaires ou encore de la glace carbonique pour des laboratoires de biotechnologies voire des hôtels de luxe. Ils travaillent également avec l'atelier de réparation de montres de la boutique Hermès ou encore livrent des fûts de bières pour divers évènements.

Les jours de marchés, ils s'occupaient du kiosque culture de la mairie de Bordeaux : la diffusion de flyers et d'informations sur les offres culturelles de la ville. "Hélas, la mairie a décidé de ne pas renouveler le contrat pour l'hiver, même si elle était satisfaite de nos services. On espère reprendre au printemps prochain". Un trou de 2400 euros dans leur budget qui a contraint l'équipe à se réorganiser. "Nous avions embauché Alexis Troudic, un étudiant, justement pour ce contrat. Nous avons donc décidé de mieux répartir nos heures afin que chacun puisse travailler assez longtemps". La perte temporaire du kiosque culture ne l'inquiète pas trop : chaque semaine, de nouvelles entreprises les contactent pour des devis. "Il y a un véritable engouement autour de la livraison à vélo. Même s'il existe d'autres boîtes, le marché est assez vaste et personne ne se marche dessus", explique Arthur Hay.

En octobre, les Coursiers Bordelais ont engrangé un chiffre d'affaire de 5600 euros pour 360 livraisons, sans compter la mairie. Ils viennent tout juste de prendre possession de leurs nouveaux locaux dans le Garage Moderne, un atelier associatif qui fourmille de bricoleur.euse.s en tout genre. "Nous avons plein d'idées pour collaborer avec les autres associations d'ici. Par exemple construire un vélo-ciné pour aller faire des projections en plein air ou dans les squats", se réjouit Arthur Hay. Ils viennent également de recevoir leur premier contrat de travail de la future coopérative, qui devrait être finalisée dans les prochaines semaines. "Nous réfléchissons beaucoup sur les statuts et la gouvernance au sein d'un incubateur d'innovation social ATIS. Toutes ces questions prennent du temps". Et surtout, sont ravis de leur nouveau statut de salariés. "cela faisait trois ans que nous n'avions pas eu de congés payés !"

Quant à la foodtech, le cœur du combat de CoopCycle, Arthur et ses camarades prévoient de s'y attaquer pour l'été 2019, avec l'embauche de quatre personnes à plein temps. Car les candidatures ne manquent pas. "Nous recevons deux ou trois demandes par semaine de livreur.euse.s qui veulent travailler ailleurs que chez Deliveroo. Certain.e.s sont jeunes et pas très qualifié.e.s et nous prennent pour une plateforme traditionnelle. On doit leur expliquer notre démarche, mais c'est positif car il faut leur faire prendre conscience des dérives du système actuel".

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.