C'est comme un hackathon, mais économique

Pendant que se déroulait la journée «Tout le monde déteste le travail» à la Bourse du Travail, nous nous sommes levé.e.s tôt un samedi matin pour éplucher des feuilles de calcul et prendre le risque de se couper avec des post-its.

CoopCycle réfléchit maintenant depuis plusieurs mois à un modèle de développement pérenne pour lancer une coopérative. Nous cherchons à concilier notre logiciel, qui est une solution technique, à un usage particulier, celui de livreur.euse.s qui s’associent pour se salarier et sortir de la précarité induite par le modèle de l’économie de plateforme des entreprises comme Deliveroo, Foodora ou Uber Eats.

Dans ce contexte, nous avons réuni le 27 janvier dernier à l’ESSpace des coopératives amies, des livreurs et des acteurs et actrices de l'Économie sociale et Solidaire pour une journée de réflexion autour du modèle économique et juridique d’une structure de courses en coopérative à Paris et au niveau national ou européen. On a appelé ça un “écothon”, en référence aux hackathons.

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L’introduction à la journée nous a permis d’exposer à nos invité.e.s l’état du projet CoopCycle et de les mettre à jour sur l’avancée de notre développement :

  • Nous sommes sur le point de faire les premiers tests de la plateforme avec Molenbike (Belgique) et la régie de Stains (93) fin février, deux structures de livraison à impact social ;
  • L’étude de marché est en cours ;
  • Notre réseau de commerçants et de coursiers grandit.

Une stratégie économique en cours d’élaboration

CoopCycle oriente peu à peu sa stratégie de développement autour de deux activités complémentaires. Le logiciel n’est plus uniquement axé autour de la livraison de repas préparés par des restaurateurs et restauratrices. La raison est que ce modèle ne peut pas être rentable, non seulement pour les entreprises de la foodtech qui marquent de plus en plus un virage vers la restauration virtuelle, mais a fortiori pour une entreprise qui n’ubériserait pas ses livreur.euse.s. Le logiciel CoopCycle s’oriente vers la gestion de tous types de livraisons pour particuliers (nourriture, objet de commerce ou autre) et de courses professionnelles sur le dernier kilomètre. Le modèle à penser est donc beaucoup plus large que la livraison de repas à domicile.

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Notre principale préoccupation jusqu’à aujourd’hui - et qui persiste - a été les livreur.euse.s et leurs conditions de travail. Pour financer leur activité et faire en sorte qu’ils et elles soient salarié.e.s en coopérative, nous comptons sur un important volume de commandes afin d’assurer un chiffre d’affaires suffisant pour être pérenne. Notre objectif est de diversifier au maximum la nature des commandes afin de trouver des sources de revenus complémentaires à la foodtech. Il va donc falloir être inventif.ve.s.

Il en résulte également que notre positionnement est plus coûteux que celui de notre concurrence. En effet, en dehors du fait qu’offrir une haute qualité de service et une professionnalisation du métier coûtent “cher”, le problème est surtout que la concurrence est déloyale : grâce au travail indépendant et à l’argent des levées de fonds, les plateformes peuvent se permettre de pratiquer des prix extrêmement bas dans le seul objectif de tuer complètement la concurrence (stratégie “Winner Takes All”). Les plateformes ont habitué le consommateur à des tarifs qui ne reflètent pas le prix réel d’une livraison.

Trois groupes de travail pour un remue-méninges

Ce cadre posé et les invité.e.s réparti.e.s en trois groupes, nous nous sommes mis au travail :

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Le groupe 1 s’est interrogé sur les modèles juridiques des coopératives locales et nationales / européennes :

  • Quel modèle juridique pour la structure nationale ou européenne (SCIC ? GIE ? Intégrer une coopérative existante ?)
  • Quelle coordination nationale ou européenne ?
  • Comment articuler activité économique locale et coordination nationale ?

Le groupe 2 s’est interrogé sur les structures de dépenses de la coopérative locale, puis sur les services à mettre en place et sur l’échéancier pour la mutualisation au niveau national ou européen :

  • Quelles dépenses prévoir pour la coopérative locale en fonction des contraintes juridiques, matérielles  et logistiques, de l’organisation du travail et de la protection sociale ?
  • Quels services mutualiser à l’échelle nationale ou européenne ?
  • Quel échéancier suivre pour mettre en place une mutualisation progressive ?

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Le groupe 3 a cherché à identifier les sources de revenus, d’activité et à définir les tarifications de la coopérative locale :

  • Quelle diversification de l’activité serait-elle possible au-delà de la foodtech ?
  • Quels revenus ? Quelles subventions ? Quels financements en nature ?
  • Quel tarif pour le client final ? Quelle cotisation/contribution pour les restaurants, les commerces et les coopératives locales ?

La journée fut riche et stimulante et elle mérite d’en faire profiter le plus grand nombre. Nous nous attelons donc à en faire un compte-rendu fidèle et complet afin de partager ce travail commun avec tou.te.s.

L’équipe de CoopCycle

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