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Billet de blog 26 oct. 2017

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Les coursiers belges privés de salaire

Suite à une modification de la loi belge encadrant les mini-jobs, Deliveroo ne salariera plus les coursiers via la SMart. Ils seront désormais payés à la tâche, comme en France depuis cet été.

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En Belgique, on dit affectueusement « la SMart ». 
Le statut auto-entrepreneur n'existant pas dans le plat pays, les plateformes de livraison de repas ont en majeure partie recours à cette coopérative pour rémunérer leurs coursiers partenaires. 

La SMart, une « grande sœur » pour les coursiers belges
Lors de la faillite de la société Take Eat Easy, la SMart avait fait office de bouclier (ou de caisse de garantie des salaires), en assurant le versement des sommes dûes à hauteur de 400 000 €, grâce à un fonds de garantie mutualiste. Un cas exceptionnel en Europe, où coursiers et restaurateurs n'ont pas vu la couleur de l'argent des créances.

Nous avions rencontré Sarah Ledant, chargée de projet chez SMart, pendant notre séjour à Bruxelles, afin de mieux comprendre ce que la coopérative belge apportait aux coursiers en termes de protections supplémentaires. 

Sarah Ledant (SMart) et Kévin Poperl (CoopCycle)

La SMart a (ou plutôt, avait) négocié avec Deliveroo des conditions décentes pour les milliers de coursiers arpentant les rues : 9,49 € de l'heure, avec un minimum de 3 heures dès la première course effectuée, et le remboursement des frais professionnels (smartphone, entretien du vélo...). 
Et bien entendu, des protections sociales et des assurances en cas d'accident. 
Bien que les relations avec Deliveroo aient toujours été « cordiales », Sarah craignait qu'une nouvelle modification de la législation ne vienne compromettre ce deal.


C'est désormais chose faite : en s'appuyant sur la généralisation du régime des petites indemnités (RPI), Deliveroo ne salariera plus les coursiers via la SMart. La coopérative belge s'est immédiatement fendue d'un communiqué très combatif
Mais alors, pourquoi ce revirement, alors que la situation semblait idyllique ?

Faire du charme aux actionnaires

Deliveroo entre actuellement dans une phase de rationalisation de son activité, et les cas exceptionnels de tarification horaire comme celui de la SMart ou ceux qui avaient encore cours jusqu'au mois d'août en France sont pour le moins gênants. 
Après avoir levé plus de 650 millions d'euros en 5 ans, la société doit désormais réduire ses coûts en vue d'une entrée en bourse d'ici quelques années. On ne dilapide pas comme ça l'argent des sociétés de capitaux pour payer des salaires...
Will Shu, le PDG de la société, a expliqué qu'offrir des conditions décentes aux livreurs (un revenu minimum, des congés payés et des arrêts maladie) augmenterait probablement le prix de la course d'un euro. Dans le même temps, ce dernier s'octroyait une augmentation de salaire de 22.5%. 
Éviter à tout prix d'être un employeur
En France, Deliveroo refuse catégoriquement d'avoir recours à des coopératives d'activité et d'emploi comme Coopaname
Faites le test : inscrivez-vous chez Deliveroo, et demandez à être salarié via une CAE. Vous pourrez toujours courir, à défaut de pédaler. 
La SMart, en imposant des règles et un salaire à la qualification, transformait de fait la plateforme de livraison en employeur. En se débarrassant de la coopérative belge, Deliveroo peut enfin décider unilatéralement des conditions de travail et de la rémunération. 


Pour conclure, comme le montre le nouvel épisode belge, les « plateformes collaboratives » n'ont fini pas de se payer tout le système social occidental, en plus d'une main d'œuvre extrêmement flexible. Une armée de travailleurs-mercenaires, artificiellement heureux de leur sort, suffisamment satisfaits pour servir de modèle positif à une cohorte de lobbyistes œuvrant à la dérégulation du travail.



Sandrino Graceffa, administrateur délégué de SMart, que nous avions invité lors de notre conférence « Impasse de l'ubérisation : quelles solutions ? », s'est exprimé ce jeudi 26 octobre à 10H30 lors d'une conférence de presse
∙ Pour en savoir plus sur la stratégie de Deliveroo, lire cet article du site Corporate Watch (en anglais). 

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