Victoire à Roybon. Enfin Pierre part en vacances!

Le 8 juillet, Pierre & Vacances a annoncé l’abandon de son projet de Center Parcs à Roybon, en Isère. Voici le communiqué de la Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs, qui regroupe des opposants aux projets de Roybon (Isère), de Poligny (Jura), du Rousset (Saône-et-Loire) et des Bois-Francs (Eure), en réaction à cette victoire.

Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs © Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs © Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs

   La compagnie Pierre & Vacances a abandonné son projet de complexe touristique Center Parcs à Roybon. À la bonne heure ! C’est une victoire de taille dans la lutte contre la destruction de notre monde et du vivant qui l’habite ; une victoire qui en appelle d’autres. Déjà parce que Pierre & Vacances a d’autres projets du même acabit en France et ailleurs, et ensuite parce que la cohorte de ceux qui considèrent le monde comme un ensemble de ressources à exploiter, au mépris de la vie, ne se limite pas à Pierre & Vacances et à leurs soutiens.

  Le développement économique a un coût qu'il s'agit de ne plus nier. Nous n'avons pas été dupes des arguments économiques trop souvent rabâchés en faveur du projet de Center Parcs, qui visaient à en camoufler le coût environnemental et social. Concernant la promesse d'emplois, par exemple, il a fallu rappeler constamment la précarité des conditions de travail proposées par Pierre & Vacances, ou encore la mobilisation des finances publiques nécessaires à la création de ces infrastructures et des emplois qui vont avec. Dans les conditions actuelles, crise du COVID oblige, les finances publiques vont, pour le seul secteur touristique, être sollicitées à hauteur de plus de 18 milliards d’euros.

  C'est bien la détermination du mouvement d'opposition qui a eu raison de ce projet, et ce malgré les nombreux coups de pouce légaux et financiers dont Pierre & Vacances a bénéficié ces dernières années : avantages fiscaux, prolongation de deux ans de leur autorisation de défricher pour le projet de Roybon, et même, tentative de profiter d'une modification de définition des zones humides avancée par le Conseil d’État en 2017, qui fort heureusement n'a pas été retenue.

  Pour venir à bout du Center Parcs de Roybon, la diversité des tactiques d’opposition, parfois si délicate à harmoniser, a été cruciale. Pierre & Vacances a ainsi reconnu avoir été bloqué à la fois par des recours juridiques et par l’occupation dite « illégale » de son terrain. Nous sommes plus que jamais convaincus de la nécessité d'une opposition frontale et multiple à la réalisation de tels projets, car les lois de protection de l’environnement s'avèrent largement insuffisantes pour assurer la préservation des espaces et des êtres vivants face à des intérêts politiques et économiques. Telles quelles, ces lois accompagnent un désastre que nous ne voulons ni négocier, ni gérer.

  Nous nous insurgeons contre la criminalisation de la zad de Roybon et l’appel à son évacuation de la part d'élus de la droite (voir par exemple les propos de Yannick Neuder, Vice-Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et entrepreneur dans les secteurs du tourisme et de l'immobilier, Le Dauphiné Libéré, 9 juillet 2020). Anciens occupants, ou sympathisants de l'occupation de cette forêt, nous soutiendrons ceux qui l’habitent actuellement s’ils décident de continuer à y vivre. Les mensonges d’État ne trompent personne : ce ne sont pas les zadistes qui détruisent les forêts, mais ceux qui les rasent et les grillagent.

  Nous continuerons à nous opposer aux autres projets de Pierre & Vacances. L’avancement des projets de Poligny, dans le Jura, et du Rousset en Saône-et-Loire marque le pas. Nous y voyons les effets cumulés des recours déposés, de la permanence des résistances depuis cinq ans et des sécheresses estivales qui soulignent l’absurdité de projets particulièrement voraces en eau potable. Enfin, gardons à l'esprit que ces projets prédateurs peuvent « très bien réussir quand le contexte n’est pas aussi hostile », comme l'a souligné Gérard Brémond, P.D.G de Pierre & Vacances. Dans le Lot-et-Garonne, le chantier d’un autre Center Parcs a commencé, et nous le regrettons !

  Il s’agit également de ne pas laisser la compagnie compenser son incapacité à construire de nouveaux centres par l’agrandissement de ceux déjà existants, comme celui des Bois-Francs, dans l'Eure, ou encore par la fuite vers d’autres contrées, en Allemagne, Europe du Nord, ou ailleurs dans le monde (en Chine par exemple). Nous formulons un espoir et un but : que la victoire obtenue à Roybon nourrisse l’opposition à l’artificialisation des forêts et au développement de l'industrie du tourisme. Nous espérons que cette victoire fera grandir les résistances à tous les projets d’aménagement du territoire, inutiles et imposés, qui conduisent à l’empoisonnement du vivant, des sols, de l’eau et de l’air au nom du profit, souvent drapé de vert.

  Nous continuerons aussi, cela va sans dire, à suivre de près le devenir de la forêt de Roybon. Nous nous opposerons à son utilisation comme réservoir de compensation, ou comme terrain pour d’autres projets mortifères, même déclarés « durables ». Nous voulons que cette forêt reste libre d’accès, que l’eau y courre sans entraves, qu’animaux, plantes et humains y vivent au mieux. Nous voulons des forêts vivantes.

La Coordination Center Parcs : Ni Ici Ni Ailleurs, réunissant des opposants aux projets de Roybon (38), de Poligny (39), du Rousset (71) et des Bois Francs (27)

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