Jean Michel Blanquer ou le coup de la porte ouverte

Dire aux médias que la porte reste ouverte ne mange pas de pain, l’ouvrir pour de bon demanderait un certain courage. Monsieur Blanquer, avant de supprimer des libertés constitutionnelles, devrait s’interroger. Ce n’est pas parce qu’on casse un thermomètre que la fièvre disparaît.

“La porte de mon ministère reste toujours ouverte” affirmait, cet hiver sur les plateaux de télévision, sans sourciller, monsieur Blanquer,  à l’attention des familles ayant fait le choix de l’instruction en famille et qui avaient appris qu’elles ne le pourraient plus. L’article 21 du projet de loi pour le renforcement des valeurs de la République place en effet cette liberté sous autorisation.

En réalité :  point de porte ouverte ! Porte close ! Voilà des mois que les associations et collectifs nationaux représentant les familles IEF demandent audience, espèrent être entendus, réclament que leur travail de terrain soit pris en compte. Mais Monsieur Blanquer fait la sourde oreille. La porte n’est ouverte que devant les journalistes, les familles n’auront qu’à attendre ! “Et nous attendons, monsieur le Ministre. Nous attendons. Huit mois que nous attendons. Les mots n’ont-ils donc que peu de sens pour un ministre?”

Monsieur Blanquer est coutumier du fait, nous direz-vous, ce ne sont ni les enseignants ni leurs syndicats qui nous contrediront. Dire aux médias que la porte reste ouverte ne mange pas de pain, l’ouvrir pour de bon demanderait un certain courage…

Voilà donc un ministre qui fait voter une loi pour une école de la confiance (2019), mais qui ne fait finalement confiance ni aux enseignants, ni aux syndicats, ni aux gens de terrain, ni aux cours par correspondance, ni aux écoles hors contrat, ni aux familles. Fait-il seulement confiance aux fonctionnaires de la rue de Grenelle ?

La confiance, parlons-en ! Jeter ainsi la suspicion sur 45 000 enfants au motif qu’ils sont instruits en famille, ce qui ferait d’eux, de facto, de la graine de séparatiste, sans le moindre commencement de début de preuves, de chiffres, d’études (1). 

Oui : Monsieur Blanquer nous a refait le coup de la porte ouverte.

Le nombre d’enfants instruits en famille a augmenté ces dernières années (2), tout comme le nombre de ceux inscrits dans le hors contrat et les listes d’attentes des établissements privés sous contrat s’allongent d’année en année. Pour quelles raisons ? À tous ceux-là, nous pouvons ajouter le nombre croissant d’enfants inscrits dans des structures de soutien scolaire. Est-ce à dire que l’école publique crée toujours plus d’insatisfaits ?

Monsieur Blanquer, avant de supprimer des libertés constitutionnelles, devrait s’interroger sur les causes de la maladie et non d’abord et seulement sur les symptômes... ce n’est pas parce qu’on casse un thermomètre que la fièvre disparaît. Ce n’est assurément pas de cette façon qu’on renforce les valeurs de la république.

Collectif l’Ecole Est La Maison (EELM)

Association Liberté Education

Association UNIE

Notes :

1- https://www.mesopinions.com/petition/enfants/instruction-famille-merite-transparence-exigez-rapports/148061

2- Cependant, cette augmentation est à relativiser. Les effectifs restent très faibles, de l'ordre de 0,4 % des enfants d'âge d'instruction obligatoire (45 000 enfants hors CNED réglementé). De plus, les effectifs de 2016 et de 2020 ne peuvent pas être comparés : 

- En 2019, les statistiques ont été biaisées par la comptabilisation des enfants âgés de 3 à 6 ans en raison de l'abaissement de l'âge d'instruction obligatoire – environ 20 000 jeunes enfants suite à la mise en place de la loi Blanquer ;

- En 2020, l'augmentation des effectifs par rapport à 2019 s'explique principalement par le contexte sanitaire – Covid 19.

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