Énergie. Défis. Engagement.

Depuis dimanche soir, à l’annonce des résultats, quelques personnes m’écrivent, m’appellent. Effarées, tristes, en colère, elles veulent partager ce qu’elles ressentent face à ces six régions gagnées par le Front National et par la même occasion me demander ce que j’en pense.

Il ne s’agit pas d’indifférence, encore moins de laxisme, mais je n’ai pas envie d’en parler. Très en colère, j’ai des propos d’un radicalisme crasse en bouche, propos qui ne pourront être tolérés par la majorité de mon entourage. Je préfère me taire.

 

Depuis plusieurs mois déjà, je ne cherche plus à éviter le Front National et ses insanités. Je participe déjà à l’après. Je rejoins des bulles d’autogestion, des sas de décompression, des réseaux soutenables et alternatifs, des mouvements de lutte. Désillusions déjà digérées et assumées, des femmes et des hommes créent et s’engagent dans de nouveaux circuits de faire, penser, vivre.

 

C’est pour cette raison que je suis à Barcelone depuis plus d’un mois à étudier l’un d’entre eux : la PAH, réseau de lutte organisé pour le Droit au Logement en Espagne.

Ce pays a connu une crise économique, sociale, politique sans précédent en 2008. Plusieurs millions de personnes se sont retrouvées au chômage, expulsées de leur logement, sans aucunes ressources. Plusieurs dizaines d’habitant-e-s, à bout, se sont suicidé-e-s. Le « génocide financier » fait aujourd’hui encore d’énormes dégâts.

Mais, la dictature de Franco est trop prégnante dans les consciences, certain-e-s en gardent même des stigmates sur le corps, d’autres des blessures dans le cœur. Cette guerre civile si douloureuse n’a pas pu laisser, même 1/100ème de seconde, la porte du fascisme entrouverte.

Les Espagnols, mais aussi les immigrants d’Amérique Latine habitant ici, ont vécu un régime dictatorial et n’y reviendront jamais. Sauf, peut être, quand les nouvelles générations l’auront oublié et ne sauront plus exactement ce que ça signifie.

 

C’est par ce raisonnement que je trouve un premier élément de réponse à ma question : « Pourquoi en Espagne, plus qu’en France, les habitant-e-s se mobilisent pour lutter et changer la loi ? »

En France, les électeurs n’ont plus en mémoire la guerre, la douleur, la restriction des libertés. Trop loin dans le passé, plus de 30% des citoyen-ne-s se tournent vers ce mouvement anti-constitutionnel qu’est le FN. Dramatique et horrible, qui peut l’en empêcher ?
Une volontaire et copine, Aurélie, se questionne sur sa présence aux Pays-Bas et sur ce qu’il se passe en France. Aurélie, ta place est au Bond Precaire Woonvormen. Comme Cécilia, à Calais. Louis, à Malaga Acoge. Camille, au Climate Express. Et les autres volontaires là où vous êtes. Et moi, à la PAH à Barcelone. Notre mission n’a jamais eu plus de sens qu’aujourd’hui.

Parce que nous sommes là où une lutte pour les Droits s’exercent ; où des alternatives au monde politique actuel et au racisme banalisé du FN vivent.

Nous agissons, nous nous engageons. Nous ne laissons pas la place aux voleurs de droits, de libertés, d’humanité. Nous sommes en lutte.

– A d’autres de le faire aussi.

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