Spéculation immobilière et réactions civiles pour le droit au logement en Espagne

« Les causes de la situation économique actuelle sont les suivantes. Tout d’abord un déficit public abyssal. (…) Ensuite, le manque de compétitivité de l’économie espagnole qui nous oblige à mettre en œuvre des politiques structurelles. (…) Troisième problème, un système financier fortement endetté (…) »

Extrait d’un discours de Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol.

 

La dette financière espagnole d’origine privée à 83% !

Durant les années 1990/2000, le tourisme et les BTP sont les deux secteurs économiques les plus importants de l’Espagne. Des grands projets inutiles sont réalisés entrainant des gaspillages financiers astronomiques comme cet aéroport, proche de Madrid, dont la construction a coûté 1 milliard d’euro. Quelques années plus tard, il est vendu aux enchères à 100 millions d’euros.

 

A cela s’ajoute la construction massive de logements. En 2007, l’Espagne construit autant de logements que l’Allemagne, la France et l’Angleterre réunis ! Leur construction et leur vente alimentent la spéculation. Les logements sont devenus un véritable outil financier. La bulle immobilière permet, pendant plus d’une dizaine d’années, au capitalisme de croître.

 

Lors de l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, les épargnes sont mises en cause pour leurs dépenses inutiles. Fusionnées dans un premier temps, elles sont converties en banques privées afin de pouvoir rentrer en bourse. Bankia devient le « grand exemple du redémarrage de l’industrie bancaire espagnole ». A la suite du crack, la banque perd des milliards d’euros. Elle demande à l’Etat de venir la renflouer. Ce sauvetage public s’élève à 27 milliards d’euros. Lors de l’effondrement de l’IBEX au CAC40. Le gouvernement espagnol demande un plan de sauvetage bancaire à l’Euro-groupe. Ce dernier lui accorde un crédit de 100 milliards d’euros.

 

La dette publique à rembourser est dans les faits une dette privée à hauteur de 83% ! La population se retrouve à subir et assumer une situation dont elle n’est pas responsable. Tandis que les banques et épargnes sont aidées par l’Etat et l’Union Européenne ; des familles entières sont expulsées, délaissées. Plusieurs manifestations éclatent devant Bankia avec comme slogan « Sauvons les personnes, expulsons les banquiers. »

 

« Yo no me voy » 

 

Le marché locatif, en Espagne, est un des plus faibles de l’Union Européenne. Il passe à peine la barre des 10%. Seule l’accession à la propriété permet aux habitant-e-s de se loger. Au-delà de la surévaluation financière du prix des logements, les banques ont vendu des crédits hypothécaires à tout va pour alimenter le marché spéculatif immobilier. Elles ont accordé des prêts à des ménages fragiles financièrement sans vérification quant à leur situation. Même les personnes en situation financière stable se sont retrouvées piéger par des taux d’intérêts variables.

 

Quand la crise immobilière éclate, des milliers d’Espagnols se retrouvent en incapacité de rembourser leur prêt. Les banques expulsent et hypothèquent. Ces expulsions liées à des procédures judicaires pour crédits impayés entrainent le suicide de plusieurs personnes dans le pays. Près de 500 000 personnes ont été expulsées de leur logement depuis 2007. Au-delà de perdre son logement, la banque réclame une dette car elle récupère le logement pour 60% de sa valeur qu’elle-même avait fixé. A cela s’ajoutent les intérêts de retard et les frais judiciaires.

 

En réponse à cette situation désastreuse pour toutes les catégories sociales, la Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH) s’organise. Mouvement de lutte de masse, elles sont plus de 180 en Espagne aujourd’hui. Cette association regroupe des propriétaires concernés pas l’hypothèque. Par différentes actions, la PAH agit localement mais aussi à travers l’Espagne grâce à la coalition de la PAH. Elle appelle à la désobéissance civile et évite les expulsions en se rendant sur les lieux en masse. Elle engage des renégociations avec la banque pour la donation en paiement de dette mais aussi la mise en place de logements sociaux.

 

 https://youtu.be/elnjoFVv_Os

Documentaire : « Sieste Dias en PAH Barcelona »

Organisation de la PAH au quotidien. Focus sur la PAH Barcelone

 

L’Espagne n’est pas le seul pays concerné par cette crise du logement. Pour cette raison, la PAH entre en résonnance avec d’autres mouvements de lutte au sein de la Coalition européenne d’action de droit au logement et à la ville. Dans ce cadre-ci, elle est en réseau avec le DAL, l’association de Droit au Logement qui lutte contre les expulsions en France. Organisée depuis 20 ans, le DAL est un syndicat de mal-logés et sans-logis. Par des campements, réquisitions, mouvements anti-expulsions le DAL exige l’application du droit au logement sur le territoire français.

Il est signifiant de se rendre compte que chaque pays a des luttes communes et intéressant de chercher en quoi les unes et les autres pourraient se nourrir.

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