La petite dernière, de Fatima Daas

Fatima Daas est femme, lesbienne, musulmane, soeur, fille, et amie, et le texte alterne entre toutes ces facettes. C’est un peu comme tenir une pierre dans sa main, dont chaque côté réfléchit différemment le réel.

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On imagine qu’il y avait plus de mots, beaucoup plus, et que Fatima Daas a opéré ce qui ressemble à de la sculpture, retirant patiemment pour trouver la forme qu’elle avait en tête, s’offrant même le luxe d’en répéter certains, comme un refrain.

La petite dernière repose beaucoup sur ce qui est écrit, mais tout autant sur ce qui ne l’est pas. C’est une lecture captivante, ensorcelante, et puissante.

Transparait aussi dans le texte un vrai plaisir à l’écriture, évidemment pas directement lié au sujet, mais au bonheur, sans doute, de le façonner de cette manière (nb : à chaque fois que je dis ça, je me trompe peut-être, mais c’est en tout cas l’impression que j’ai à la lecture !)

Le sujet, c’est l’identité de Fatima. Chaque chapitre débute ainsi avec une déclaration d’identité. Le texte a les deux pieds dans le sol. Le lecteur se trouve accompagné dans cette solidité du refrain, c’est très satisfaisant à la lecture. Ça marque.

La narratrice commence par parler de sa mère et finit en parlant de sa mère - une introduction parfaitement attachante, sur la cuisine, et le sens du devoir de cette femme  dans la famille, qui n’aime pas qu’on touche à ce lieu qui est le sien, car alors elle sera moins efficace pour  préparer ce que chacun aime, mais, on le comprend aussi en sous-texte, c’est son territoire.

Et la narration finit aussi sur cette mère, dans une scène lumineuse.

Fatima Daas est femme, lesbienne, musulmane, soeur, fille, et amie, et le texte alterne entre toutes ces facettes. C’est un peu comme tenir une pierre dans sa main, dont chaque côté réfléchit différemment le réel, et Fatima Daas, avec la structure du livre, nous laisse presque l’illusion qu’on pourrait retourner ainsi le texte à notre guise et que la succession des chapitres modifiée, serait aussi lisible. C’est bien une illusion, car il y a aussi de la linéarité dans ce récit, à travers la quête d’une acceptation de son identité par sa religion, par sa mère, et à travers la vie amoureuse de Fatima. 

Le texte avance ainsi sans en avoir l’air, on en sait plus sans avoir formulé ce qu’on voulait savoir.

Pour ce qui est de sa relation avec son père, le récit est plus éclaté, comme s’il était difficile, justement, d’imaginer une progression.

Je serais bien restée plus longtemps en compagnie de Fatima, en tout cas j’aimerais savoir qui Fatima sera, maintenant que je crois que j’ai un aperçu assez net, avec ce livre, de qui elle est au moment de l’écriture.

 

A se procurer à partir de demain en librairie

  • Date de parution : 20/08/2020
  • Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 16,00 EUR €
  • ISBN 978-2-88250-650-4

 

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