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Billet de blog 2 sept. 2015

Hongrie: ce journal lié au Fidesz qui attise la haine contre les migrants

Le quotidien pro-gouvernemental hongrois « Magyar Hírlap », propriété de l’homme d’affaires lié au Fidesz Gábor Széles, diffuse sans vergogne les appels à la haine et à la violence de son chroniqueur vedette. 

Corentin Léotard
Pigiste Mediapart

Le quotidien pro-gouvernemental hongrois « Magyar Hírlap », propriété de l’homme d’affaires lié au Fidesz Gábor Széles, diffuse sans vergogne les appels à la haine et à la violence de son chroniqueur vedette. Zsolt Bayer, une des grandes figures du Fidesz au pouvoir, considère en effet à propos de la crise migratoire actuelle que « l’Europe doit être libérée de cette horreur. Si besoin, par les armes« , car la « race européenne, blanche et chrétienne » est menacée.

L’enfant terrible du Fidesz a encore frappé, en signant une tribune raciste de plus, incitant cette fois à la haine et à la violence contre les immigrants en Europe, publiée samedi 15 août dans le quotidien de droite « Magyar Hirlap ». Bayer est journaliste et publiciste, mais c’est surtout un compagnon de route de la première heure du Premier ministre Orban, car il l’un des fondateurs du Fidesz et détient même la carte de membre n°5 du parti, comme le rappelle l’historienne hongro-américaine Eva Balogh sur son blog « Hungarian Spectrum ».

Des « envahisseurs », des « hordes », des « sauvages », des « animaux ». Voilà les termes par lesquels il désigne les émigrants de Syrie et d’Afghanistan qui cherchent refuge en Hongrie et en Europe.

Dans son article*, à propos d’un fait divers qui s’est produit à Salou en Espagne, dans lequel un Sénégalais a trouvé la mort en essayant de fuir la police, il écrit :

« Il doivent tous être nettoyés d’Espagne, d’Europe. Ils peuvent rentrer chez eux ».

Puis le chroniqueur vedette – qui est par ailleurs aussi présentateur d’une émission sur la chaîne d’information Echo TV, dans laquelle il reçoit les plus hautes personnalités de l’Etat, dont le Premier ministre Viktor Orban et le président du parlement Laszlo Kövér – passe à un autre fait divers, cette fois en Suède, regrettant que les auteurs d’un crime, des « animaux érythréens« , n’aient pas opposé de résistance au moment de leur arrestation car « la police aurait pu les abattre comme on le fait avec un chien enragé« .

« Vive le libéralisme ! Vive les droits de l’Homme ! A moins que cela ne s’applique pas à la race européenne, blanche et chrétienne… », poursuit Bayer.

Il appelle les Grecs à renverser le cours de l’histoire et à déployer son armée contre les migrants qui arrivent par la mer. « Nous allons écrire l’histoire seulement si ils les renvoient chez eux et les éliminent du cœur de l’Europe. Une fois pour toutes« .

Bayer conclut son brûlot par ces mots :

« Il est temps de le dire : quelque chose de terrible a commencé. Et qui doit se terminer. Maintenant. Par tous les moyens. L’Europe doit être libérée de cette horreur. Si besoin, par les armes. Parce que si tout cela reste comme ça, un bain de sang est inévitable. Et les hordes croient encore que seul le sang des Européens peut être versé ». 

Le provocateur en série n’en est pas à son coup d’essai. En 2013 il avait créé un scandale avec un texte raciste dirigé contre la minorité Rom de Hongrie : « Une partie de la population rom n’est pas apte et ne devrait pas (…) vivre parmi les humains« . Une plainte avait été déposée, mais rejetée par le Parquet de Budapest, son procureur estimant que l’incitation à la haine ne peut être avérée que lorsqu’un appel à la violence est clairement prononcé, ou qu’il s’ensuit directement d’actes violents. Zsolt Bayer devrait donc pouvoir s’en tirer à bon compte, cette fois encore.

Certains voient en lui un bouffon de la droite, l’ami encombrant à qui le Premier ministre reste fidèle, malgré tout. Mais pour d’autres, il est un pion de l’échiquier du Fidesz, celui à qui revient la tâche de draguer l’extrême-droite, sans compromettre ses dirigeants. Il est, dans tous les cas, une figure historique très appréciée et influente auprès des partisans du Fidesz.

« Leur patrimoine génétique et biologique » est différent

C’est le même journal qui publiait, quelques jours plus tard, une interview avec l’ancien Premier ministre Péter Boross, dans laquelle celui-ci considérait :

« Aujourd’hui, personne n’ose dire que la migration n’est pas un problème de culture et de civilisation, mais un problème ethnique. Des millions de personnes arrivent en Europe avec différentes langues et une peau d’une couleur différente de celle des Européens. Ce n’est pas seulement leur culture qui est différente, mais aussi leur instinct et leur patrimoine génétique et biologique. »

Péter Boross fut Premier ministre conservateur de décembre 1993 à juillet 1994, puis a servi un temps comme conseiller politique auprès de Viktor Orbán et a participé plus récemment à l’élaboration de la nouvelle constitution.

Sollicité par des médias hongrois, le Premier ministre Orbán a refusé de commenter, son service de presse renvoyant à des déclarations passées.

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Cet article a été initialement mis en ligne sur le site francophone d'informations sur la Hongrie Hulala, partenaire de l'opération #OpenEurope.

L’article en hongrois publié sur le site du quotidien « Magyar Hirlap » sous le titre Elkerülhetetlen?

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