"2018, La guerre des idées" (lettre de Daniel Mermet, "Là-bas si j'y suis")

"Notre premier ennemi, c’est la résignation ambiante, c’est la perte de confiance dans la possibilité de changer les choses. Gilles Deleuze le disait : « les gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer »."

Je partage cette lettre, nous avons bien besoin de briseurs d'opinion dominante....

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"Chers amis, chers AMG,

D’abord mille fois merci à toutes celles et ceux qui ont fêté la victoire avec nous. Oui, cette victoire est la nôtre à tous, ceux qui nous écoutent depuis longtemps, ceux qui partagent nos bagarres d’aujourd’hui.

Rappelons-le, le 7 novembre dernier (jour du centenaire de la révolution russe !), après trois ans de procédures, la cour d’appel condamnait lourdement Radio France pour mon licenciement « sans cause valable et sérieuse » et pour près de 40 ans (!) de contrats abusifs en toute connaissance de cause.

Mais ce ne sont pas seulement des gestionnaires médiocres qui ont été condamnés, c’est bel et bien leur volonté de faire disparaître une émission qui dérangeait beaucoup trop, depuis beaucoup trop longtemps, beaucoup trop de monde du côté du beau monde.

C’est vrai, nous avons commis la faute de goût de faire entendre la voix des sans-voix, des chômeurs et des révoltés, de montrer dès le début, dès 1990, les ravages de la mondialisation, et de montrer aussi les colères et les résistances. Le Chiapas en janvier 1994, les grèves de l’hiver 1995 à Paris, la naissance d’Attac en 1998, le NON au référendum européen de 2005. Ce qui avait beaucoup agacé ce petit monde, c’était les films de Pierre Carles que nous avons soutenus dès 1998, c’était Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi en 1997.

À travers le monde, c’est nos reportages à contre-courant, Sarajevo, le Rwanda, la Tchétchénie, le Kosovo, Gaza ou Ushuaïa, à l’inverse des médias mainstream. C’était aussi des chercheurs et des intellos que nous avons contribué à faire connaître au grand public, les Pinçon-Charlot, Daniel Bensaïd dès 1998, Frédéric Lordon dès 2004, Noam Chomsky, (et François Ruffin - note de Corinne N) … sans parler des procès et des poursuites à nos trousses, Jean-Marie Le Pen, Thierry Desmarest (Total), la LICRA, Jean-Charles Naouri (Casino), Serge Dassault, oui, du beau linge et des procès que nous avons TOUS gagnés.

C’est avec tout ça qu’il fallait en finir. Notre manière de voir indisposait vraiment trop. Notre manière et la vôtre. Car le plus incommodant pour cette direction, c’était le succès populaire de LÀ-BAS, ( 500 000 auditeurs chaque jour en moyenne, 700 000 en mai 2012), c’est vous qui étiez trop nombreux, c’est vous les fautifs et les complices. Ceux qui partagent nos convictions mais aussi ceux qui, sans être d’accord, sont attachés à la diversité des manières de voir le monde et l’histoire immédiate.

Cette victoire nous est commune, elle montre qu’on ne perd pas toujours et ça fait du bien en ces temps désemparés. Après tout, LÀ-BAS a tout de même tenu 25 ans sur France Inter. Et depuis trois ans, nous continuons sur le net de plus belle, grâce à vous.

Et c’est maintenant cette victoire qu’il faut remporter !

Nous sommes depuis longtemps engagés dans cette guerre des idées, une guerre asymétrique face à une armée qui a tous les moyens, tous les tuyaux, toutes les données, tout le fric, tous les camouflages, toutes les ruses de la com’, tout pour fabriquer le consentement.

Il y a du boulot, mais tout dépend de vous. Les abonnements sont notre seule et unique ressource. Ça marche, mais nous pouvons faire beaucoup mieux avec vous. Participez au développement de LÀ-BAS, par vos abonnements, par vos dons, en offrant des abonnements, en faisant connaître LÀ-BAS, en faisant circuler l’info sur vos réseaux, en utilisant nos vidéos pour alimenter vos débats dans les repaires de LÀ-BAS…

Notre premier ennemi, c’est la résignation ambiante, c’est la perte de confiance dans la possibilité de changer les choses. Gilles Deleuze le disait : « les gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer ». Mais souvenez-vous, rien n’annonçait mai 68, et même Le Monde titrait quelques jours avant : « Quand la France s’ennuie… » Nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne nouvelle, la question est toujours de savoir si nous serons capables de sauter sur le cheval de l’histoire…

Rappelons-le, notre but n’est pas de monter notre petite entreprise pour redresser l’opinion dans l’autre sens. S’indigner ne suffit plus, dire non ne suffit plus, il faut sortir du cadre imposé. Sans négliger les luttes du présent, il faut préparer la grande évasion, la belle !"

Daniel Mermet

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