Comme l'écrivait récemment le président de SOS Addictions William Lowenstein « décidément (ou évidemment?), cette crise exceptionnelle fait rejaillir toutes les incohérences et insuffisances de nos choix économiques, médicaux et sociaux ».
En effet, de nombreux citoyen-ne-s sont aujourd'hui confrontés à devoir imaginer leurs vies sans aucun revenu de l'activité, comme une sorte d'avant goût un peu amer dont il serait prudent de se défier.
Car sans doute de pareilles crises seront-elles amenées à se renouveler et le récent « quoiqu'il en coûte » du discours du 12 mars 2020 du président de la République devrait faire écho dans nos esprits.
La réponse n'est probablement pas dans un « revenu universel d'activité » sur lequel le gouvernement planche actuellement et qui – finalement - ne sera qu'une fusion de plusieurs prestations sociales existantes déjà. En rien celui-ci ne libérera l'Homme de ses chaînes, en rien il ne donnera à tous et à toutes un vrai filet de sécurité.
Or, déjà en 1892, lors de son procès, le dénommé Ravachol disait ceci je le cite : « La société est pourrie. Dans les ateliers, les mines et les champs, il y a des êtres humains qui travaillent et souffrent sans pouvoir espérer acquérir la millième partie du fruit de leur travail. Que faut-il alors ? Détruire la misère, ce germe de crime, en assurant à chacun la satisfaction de tous ses besoins... ».
Plus récemment, en 1996, dans son édito la revue du Mauss (1er semestre 1996) publiait avec le concours du Commissariat général du Plan le fait que Thomas Paine est le premier défenseur de l'idée qu'il appartient aux sociétés civilisées, si elles entendent mériter ce titre, d'instituer un revenu minimum inconditionnel. Après lui et depuis ce lointain 18ème siècle, Yoland Bresson avec d'autres ami-e-s ont apporté des contributions, nourrissant ainsi nos réflexions sur cette voie d'un « revenu de base » puis d'un « revenu universel et inconditionnel ».
Mais n'est-il pas de nature à troubler nos esprits, de constater que ce revenu universel et inconditionnel serait aligné sur le seuil de pauvreté ? En effet, doit-on se satisfaire de vouloir laisser des membres du corps (au sens de JJ Rousseau) vivre dans le seuil de pauvreté ? Est-elle là notre noble ambition pour une société meilleure qui ne pourrait finalement faire qu'offrir la pauvreté à une partie de sa population pendant qu'une autre continuerait à s'enrichir sans doute de façon incommensurable et toujours plus indécente.
Dans d'autres contextes extrêmement compliqués où la richesse financière n'était alors pas ce que nous connaissons aujourd'hui, le Conseil National de la Résistance avait su inventer un modèle d'une société plus protectrice et égalitaire et je pense notamment à la sécurité sociale pour tous.
Dans ce long chemin vers une humanité meilleure et plus éclairée, où est cette instance aujourd'hui qui va pouvoir permettre de retourner le gouvernail vers cette mesure de Progrès social qui brille depuis si longtemps à l'horizon ?