Au sort citoyens !

                                            .Au sort citoyens!

 

 

Notre pays est au bord d’un abîme de gros soucis et la classe dirigeante s’affronte devant le peuple, tétanisé.

 

 C’est elle, la principale responsable de notre misérable place au classement IDH et si nous continuons sur cette pente, c’est la descente en Ligue 2 pour quatre générations.

 L'accumulation des mesures à prendre est vertigineuse mais il est indispensable d'engager sans frémir la plus décisive sur le long terme : modifier durablement la composition et le fonctionnement de la classe dirigeante, ce groupe de quelques milliers de personnes aux commandes : personnel politique, haute fonction publique, haute fonction privée (les managers) et leurs patrons, haute fonction privée/publique syndicale, enfin, personnel académique, visiteur du soir.

 Si tout, absolument tout, a été écrit sur l’absolue nécessité de réformer la formations de nos élites, pour le personnel politique en revanche, c’est l’augmentation du désarroi et de la désillusion — de la méfiance même à son endroit — qui rend la situation encore plus sombre.

 Si les raisons de l’éloignement progressif des citoyens de leurs représentants sont nombreuses — pas toutes d’ailleurs de la seule responsabilité des élus — où celle-ci en revanche est engagée, totalement, absolument, imparablement engagée, c’est dans leur manière de « faire de la politique ».

Que faire ?

— Fin du cumul des mandats et arrêtons les simagrées : un mandat unique non renouvelable.

 Un beau progrès certes, mais encore insuffisant. Nos futurs élus, ceux qui doivent nous intéresser, sont les citoyens qui comprennent et exercent la fonction d‘élu comme une mission de service public, puis retournent à leurs activités professionnelles à l’issue du mandat.

Aussi, cette mesure pourrait être accompagnée d’une autre, plus radicale, qui viendrait compléter le dispositif : l’utilisation, pour la désignation d’une partie des représentants du peuple, de la sélection aléatoire, plus connue sous le nom de tirage au sort.

 

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2 — Fondement de la démocratie athénien, utilisé par des Républiques italiennes au Moyen-Âge, le tirage au sort retrouve une nouvelle jeunesse dans les pratiques politiques modernes. (1)

Mais son usage, consultatif, est limité aux dispositifs d’accompagnement de la décision politique (jury-citoyen, conférence de consensus par exemple). La décision politique, elle, reste le bac à sable d’un personnel politique élu à la suite d’un vote entre des candidats qui se préparent à faire don de leur vie à la chose publique.

 L’expérience décrite maintenant montre que des alternatives sont possibles.

 

 

 2010.  Dans la vieille et prestigieuse cité gallo-romaine de Metz — ancienne république du Saint-Empire romain germanique (1234-1552) —, un acte novateur est posé.

 Le 12 décembre, le groupe local d’EELV désigne ses candidats aux élections cantonales de mars 2011 par tirage au sort parmi une dizaine de volontaires.

Les militants font campagne sur les thèmes du parti, sans dissimuler le mode de désignation des candidats.
L’opération est renouvelée aux législatives de 2012 : comme aux cantonales, les résultats sont en tout point identiques à la moyenne obtenue sur l’ensemble des circonscriptions du pays.

 Cette fois, l’affaire est évoquée dans les publications académiques, une jeune chercheuse en politologie vient sur place faire le point avec le groupe concerné, la presse nationale en ligne consacre un article à cette curieuse histoire.

 

Quel bilan tirer de ce geste fondateur qui pourrait bien révolutionner la vie politique d’ici une ou deux générations ?

 

1-   Dans le système classique de désignation des candidats, les problèmes d’égos compliquent et biaisent les procédures. Les tensions et les rancœurs restent puissantes après l’élection et le travail collectif est rendu pénible, voire impossible.

 De ce point de vue, le tirage au sort se révèle :

-   Une méthode apaisante qui rend légères voir absentes les blessures narcissiques.

-    Le travail collectif — indispensable aux militants — est facilité par cette conviction que l’on ne travaille pas entre concurrents aux postes de pouvoir, mais avec des pairs, dont l’un pourrait être choisi, au hasard, pour représenter ses concitoyens.

      - Elle permet la découverte de personnes peu charismatiques, redoutant la prise de parole en public, mais qui, à l’usage, se révèle d’excellents élus.

      - Elle est aussi un pari : des personnes tirées au sort sont plus neutres et plus rigoureuses dans l’étude des problèmes que celles motivées par l’ambition personnelle. Enfin, la méthode permet d’écarter les aspirants, à l’exercice professionnel des mandats qui leur sont confiés.

 

2-   Les barrages institutionnels : la méthode ne fut pas encouragée par l’appareil. Mais pas interdite non plus, ni au niveau régional ni par le Bureau national.

En revanche, les conflits au niveau local furent rudes entre les tenants des méthodes traditionnelles et ceux qui surent convaincre la majorité du groupe local à se jeter à l’eau.

 

 

 

-3-    Limites de l’exercice :

 

-  ll s’agit bien  de démocratie représentative. La démocratie directe est certes jouable à plus long terme grâce à l’ahurissant développement des réseaux sociaux comme de l’usage de plus en plus sophistiqué de la toile.( si d’ici là les petits cochons radioactifs ne nous ont pas mangés )

-  Le tirage  s’opère à partir d'un ensemble non représentatif. Il s'agit de celui constitué de citoyens intéressés par la vie de la Cité : des militants politiques volontaires. Dès l’instant où ils s’inscrivent dans leur mouvement politique, les règles du jeu leur sont connues. Ils savent qu’ils peuvent être appelés à siéger dans un des nombreux parlements où des représentants sont nécessaires. (Ils peuvent cependant toujours refuser d’être candidats si le sort les désigne.)

-  Bien entendu, la désignation aux fonctions exécutives — dans les systèmes actuels — demandera la mise en place de systèmes mixtes : être député demande des qualités différentes de celles nécessaires à l’exercice d’un mandat exécutif.

 

Le candidat tiré au sort part ensuite à la bataille contre d’autres candidats. Il est élu J.

 Exerçant un mandat non renouvelable, conseillé par son organisation, profitant d’assistants aguerris et correctement payés, disposant sur son lieu d’action d’un bureau confortable propice au travail en groupe, débarrassé des commandes locales prises en charge par le tissu associatif, travaillant à temps plein 1500 heures ouvrées/an, bénéficiant d’une indemnité équivalant à ses revenus professionnels et d’une autre pour frais liés à ses activités de représentation, voilà un élu qui peut se concentrer sur ses deux principales missions : légiférer et contrôler l’exécutif, quel que soit le lieu où il est appelé à siéger.

 

C’est à l’intérieur des organisations politiques - d'abord mais pas uniquement, troisième autre histoire - que peut essaimer cette révolution joyeuse. Engagée le 12 décembre 2010 dans l’ancienne capitale d’Austrasie, le bouche –à -oreille des réseaux sociaux doit la populariser et c’est dans chaque section ou groupe local que la bataille doit être menée. Elle le sera par des militants décidés à ne plus accepter d’être instrumentalisés dans les procédures de désignation des candidats aux fonctions de pouvoir.

 

 

 

 

En conclusion: dans l’urgence — pour éviter le « piège à pauvres » du  mouvement social salvateur et ses très probables tyrannies —, il faut préserver le dispositif représentatif et en faire le meilleur usage possible. Parmi les mesures à notre portée : créer une représentation citoyenne qui ne considère plus comme un métier l’exercice du mandat que nous lui avons confié.

 

 

 

                                                      

 

                                                                       Pierre-André Achour

                                                     Ancien secrétaire régional des Verts-Lorraine

                                                                Président de Forum-les-débats

 

 

(1) « Le pouvoir au peuple » édi. La Découverte — Yves Sintomer dont les travaux sont à l’origine de l’expérimentation messine.

 

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