Cumul des mandats : le combat doit continuer !

L’actuelle collusion de crises économiques et sociales n’est probablement que le prélude à de plus graves dysfonctionnements, lorsque le désastre écologique qui nous pend au nez s’y adjoindra. Devant l’ampleur et la complexité des décisions à prendre, les citoyens devraient pouvoir s’appuyer sur leurs représentants. Or nous sommes très loin du compte.

L’actuelle collusion de crises économiques et sociales n’est probablement que le prélude à de plus graves dysfonctionnements, lorsque le désastre écologique qui nous pend au nez s’y adjoindra. Devant l’ampleur et la complexité des décisions à prendre, les citoyens devraient pouvoir s’appuyer sur leurs représentants. Or nous sommes très loin du compte.

Ce que l’on observe, c’est l’augmentation du désarroi, de la désillusion et de la méfiance à leur égard. Les exemples de la Grèce et du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie, l’illustrent déjà. En France, nous y arrivons à grandes enjambées.

Par exemple avec cette maudite exception française devant laquelle le PS, que promettait de réfréner un peu l’appétit de ses notables, va bientôt caler : le cumul des mandats. En France, 85 % des parlementaires exercent au moins deux mandats (15 % en G.B et en Espagne, 10 % en Allemagne). Mais ce n’est pas tout : à ce premier cumul horizontal, s’ajoute très souvent le vertical, le cumul dans le temps, qui permet alors la construction de véritables carrières professionnelles.

De plus, ces mandats étant indemnisés comme équivalant temps plein, les doutes d’irresponsabilité, avec l’utilisation quasi systématique de la délégation de signature,(  " Responsables mais pas coupables ") , de la prééminence de l’intérêt local sur le général ou d’absence physique aux endroits où ils sont simultanément requis, sont légitimes.

Enfin, cette conception professionnelle de la représentation politique, a des conséquences désastreuses sur leurs organisations politiques où beaucoup d’adhésions sont celles de citoyens qui souhaitent participer au travail d’élaboration de programmes, dans la perspective des élections suivantes.  Ou d’adhérents simplement soucieux de s’informer de la position de leur parti sur les sujets d’actualité.

Ils découvrent vite que leurs partis, pour l’essentiel, ne sont pas grand-chose d’autre que des machines à trier des candidats et ils sont alors conviés comme simples spectateurs aux luttes farouches de prétendants aux différentes positions de pouvoir ; à l’intérieur de la machine d’abord, puis pour l’acquisition des mandats externes.

De lieux du débat citoyen de proximité, ou de think tank national, ces partis sont transformés en « syndicats d’élus » équipés de leur oligarchie interne par la concentration, aux mains de quelques chefs retors, de l’essentiel des pouvoirs.

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Bien entendu, sentant le danger, les partisans du cumul fourbissent leurs objections :

celle de la liberté des électeurs, il leur appartient de trancher. S’ils sont hostiles au cumul, ils le manifesteront par leur vote.

Celle qui touche à la notoriété acquise pendant le premier mandat, qui renforce l’élu au suivant.

— Celle des services rendus. Le cumul permet de laisser espérer aux électeurs une plus grande efficacité lorsqu’il s’agit de satisfaire les demandes.

—  . D’autres sont plus sophistiquées. Celle-ci par exemple : Pour équilibrer les pouvoirs excessifs des présidents en Vème République, il faudrait doter le niveau local »... de vrais chefs, capables de (lui) résister et de l’affronter... » Donc des élus tout à la fois, nationaux et locaux.

 

—  Réponses possibles :

—  Point 1 : ils choisissent les candidats en fonction de leurs convictions partisanes. Si le candidat est une situation de cumul, ils s’y résignent et le choisissent plutôt que de voter contre leurs convictions.

—  Point 2 : Cet argument est contredit par l’exemple des partis à fort contenu idéologique. Leurs candidats sont élus non pas [ou peu] pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils proposent.  

—  Point 3 : Cette conception de l’électorat réduite à une clientèle dont il importe de satisfaire les besoins [pour être réélu] est celle qui s’oppose le plus à l’idée que nous nous faisons de la démocratie. C’est malheureusement la plus difficile à combattre. Il faut tenir sur ce principe : l’élu est chargé de veiller à l’intérêt général. Les demandes de son territoire, doivent être prises en charge par le tissu associatif.

— Point 4 : C’est en renforçant le parlement national que le rééquilibrage peut s’opérer. Pas en renforçant le pouvoir des notables locaux qui sont la plaie de notre système.

Le constat étant fait, que faire ?    Ne plus perdre de temps, lancer le débat dans les partis et ne pas se laisser intimider.

Par exemple  avec les « vrais » besoins des gens, pour qui ces histoires de fonctionnement du politique seraient secondaires… Il y a aurait plus urgent : le chômage, la désindustrialisation, la réforme de l’école... » . Erreur. Les citoyens ont aussi besoin de pouvoir compter sur une classe politique mobilisée et concentrée sur ses missions. Oui, la lutte contre le chômage de masse des jeunes est probablement la priorité principale. (Mais la complète refonte de la formation de nos élites est également un beau sujet)

Mais où est-il écrit qu’il serait interdit de mener plusieurs réformes parallèlement ? La préparation de la mise à mort du cumul des mandats peut très bien cohabiter avec celle d’autres textes législatifs.

Il ne faut pas céder sur ce dossier : un seul mandat, non renouvelable. Représenter ses concitoyens n'est pas une activité professionnelle mais une charge citoyenne comme peuvent l'être les membres tirés au sort des jurys d'assisses.

D'ailleurs le tirage au sort est de retour dans les pratiques politiques modernes, mais c'est une autre histoire.

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