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Billet de blog 6 janvier 2014

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Val(l)se tragique

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À trois reprises, en trois mois, Manuel Valls n’a pas hésité à piétiner les valeurs fondamentales de liberté et de fraternité. D’abord les Roms, puis le regroupement familial, et maintenant, en bouquet final, la censure érigée en remède de la liberté… Mais, à la différence des deux premières provocations, cette dernière, non seulement n’a pas été désavouée par la plus haute autorité de l’État, mais elle a été approuvée et confirmée par elle. Voilà qui donne une autre dimension à l’affaire

Même parée d’un prétendu réalisme, la dérive de la pensée du ministre d’un gouvernement de Gauche que l’on pourrait croire particulièrement attaché aux acquis républicains fondateurs, montre, s’il en était besoin qu’on a sacrifié les principes fondamentaux aux cris du temps. Comment peut-on expliquer autrement cette invocation de la censure a priori, juridiquement indéfendable et politiquement liberticide ? Un minimum de culture politique devrait suffire à interdire cette interdiction : « L’on peut trouver des motifs d’utilité pour tous les commandements et pour toutes les prohibitions, écrivait déjà Benjamin Constant. C’est avec cette logique que de nos jours on a fait de la France un vaste cachot. » Ou encore Mirabeau, dans son superbe pamphlet sur la liberté de la presse : « Il n’est point de cas où il faille, même pour un moment, voiler la liberté. » Et que l’on ne nous soupçonne pas d’ingénuité, il existe tout un appareil judiciaire pour frapper ceux qui portent atteinte à la dignité des personnes et des groupes. La récidive permettant de faire rendre gorge aux plus récalcitrants. Etouffer la parole, fut-elle perverse — et Dieu sait qui l’a donnée à Dieudonné comme à tous, que la parole raciste est ignoble —, ne l’a jamais empêché de se propager. C’est contre l’arme, et non contre le bras qu’il faut sévir. En choisissant l’obscure clarté de la censure totale, Manuel Valls et François Hollande ont préféré le désordre autoritariste à l’ordre de la liberté.

L’antisémitisme est un cancer arrimé par les siècles à la conscience de l’Occident. Il n’est, hélas, que l’une des formes du racisme, dont le ressort universel est le rejet de l’autre. Et c’est là que nos gouvernants pêchent une seconde fois par cécité. Comment ne pas comprendre qu’en s’acharnant contre Dieudonné au-delà du droit élémentaire, d’une certaine manière ils flattent un autre racisme en pleine expansion, le racisme antimusulman ? S’ils veulent aller jusqu’au bout, c’est finalement le rire qu’il faudrait interdire. Hobbes en avait parfaitement démontré les ressorts intimes lorsqu’il écrivait : « Qu’est-ce que le rire ? Cette convulsion physique que tout le monde connaît est produite par la vue imprévue de notre supériorité sur autrui. » Rions, pour ne pas pleurer.

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