Sur un grand fiorasco universitaire : plus à l’Ouest, c’est l’Est…

Les jours sont faits pour nous reposer de nos nuits, disait le poète. Et il avait raison. Les rêves sont parfois des cauchemars épuisants. J’en connus l’épreuve ce matin. Cela faisait suite à une déclaration de la Secrétaire d’État à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche qui venait de franchir une nouvelle frontière. Et comme on dit, quand les bornes sont passées, il n’y a plus de limite. Certes, grâce à elle, plusieurs de mes nuits avaient déjà été hantées par des têtes de méduses : je veux parler de ces monstres, nés d’un accouplement sans âme entre managers et bureaucrates qu’on appelle les COMUE. Elle avait aussi provoqué un rêve, heureusement plus hilarant, en constituant un comité Théodule pour concevoir sa Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur. Mais tout cela est broutille et s’efface sous cette stupéfiante analyse émanant d’une responsable d’un grand service public, d’un gouvernement de Gauche de surcroît.

C’était pendant l’horreur d’un reportage sur France Inter, dédié à la recherche publique. J’ai écouté, avec du mal à entendre. J’ai repassé le disque de ma mémoire. Mais, tel Sully Prudhomme, « O souvenir, l’âme renonce, effrayée à te concevoir ! » J’ai donc fait fonctionner la rediffusion. Elle l’avait bien dit. En réponse au constat d’affaiblissement de la recherche, notamment du fait d’une pyramide des âges défavorable, la ministre acquiesce : oui, le nombre de postes ouverts aux concours a diminué ; oui, on a de plus en plus recours aux contrats sur projet, ce qui précarise les jeunes chercheurs. Mais comment remédier à cette situation constatée : tout de même pas en recrutant des fonctionnaires ! Alors que faire ? Il suffit pardi d’inciter les entreprises à développer la recherche ! L’avenir est donc là, dans ce gisement privé. Le bonheur du laboratoire est à l’usine.

Qu’il y ait un raccordement entre la demande industrielle et les chercheurs, nul n’en contestera l’utilité, voire la nécessité. Mais résoudre les insuffisances toujours plus criantes du service public en ouvrant cette seule voie pour remède relève de l’inconscience. Décidément, l’échelle des valeurs a perdu ses barreaux.

Devant ces étranges dérives, que nous reste-t-il à faire ? Glisser au fil de l’eau en chantant la psalmodie des rameurs sur le Zambèze : « Nul ne sait d’où il vient, nul ne sait où il va » ?

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