Le lion et le poulailler

Un renard fort rusé mit son habiletéA briguer ardemment suprême royauté.Ayant pu écarter un rival redouté,Trop lourdement lesté par goût de volupté,

Un renard fort rusé mit son habileté
A briguer ardemment suprême royauté.
Ayant pu écarter un rival redouté,
Trop lourdement lesté par goût de volupté,
Il reçut sur son front délicate onction
Que lui administra avec componction
Un peuple fatigué d'un roi très agité.
D'un habit de lion, le voilà donc paré. 

Mais quiconque a goûté aux plus riche agrumes
En découvre à l'usage le revers d'amertume.
Trompeuse est confiance qu'apporte la fortune,
Elle sombre bien vite au flot de noire écume.
Alors que le lion voulant se régaler
S'en vint comme au bon temps dedans le poulailler
Il se trouva bientôt devant difficulté.
D'abord pour son entrée, vêtu de sa parure,
Il ne peut comme avant passer le trou de mur
Qu'il s'était ménagé en renard avisé.

Le pire l'attendait quand il voulu goûter
L'un de ces volatiles. Sa crinière empesée,
Sa queue démesurée, l'empêchaient de bouger.
Les poules caquetaient, volaient, sautaient, chantaient,
Et même effrontément, dessus son dos montaient.
En vain, il s'agitait, de la patte donnant.
C'est alors qu'il tenta un grand rugissement.
Las, nature revenant, ce fut un japement !

Et la poulaille en joie de rire de plus belle.
Mais un coq fort coquet monta sur sa gamelle :
L'assistance il calma. "C'est fort triste ma foi,
D'entendre de la sorte un lion qui aboie !" 

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