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Billet de blog 6 avr. 2020

Réfléchir pour construire le monde d'après

Le confinement semble être un calvaire pour nombre d'entre nous...mais si l'on tirait maintenant des leçons de cette expérience ? A défaut de notre liberté de mouvement, nous avons toujours notre liberté de penser. Alors servons-nous en pour constater les dégâts du monde d'avant et, en conscience, construire celui d'après. Par mon fils Léo, 20 ans

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C'était au mois de Mars. J'étais en voyage en Équateur depuis un peu plus d'une semaine quand le confinement a été décrété en France. Devant l'ampleur que prenait cette épidémie, le gouvernement équatorien ne tarderait pas à en faire de même. Aussitôt réfugié dans une maison à Loja, au sud du pays, et à défaut de pouvoir visiter, je me suis mis à penser. Avec en tête le refus – ancré depuis longtemps – d'une partie du monde actuel et le désir profond d'en construire un nouveau, j'ai saisi cette situation si unique – que nous vivons maintenant depuis presque un mois – comme une opportunité d'y parvenir.

Le fruit de cette réflexion, s'il n'est peut-être que redite pour ceux qui l'ont déjà eue, je vous le donne tout de même, en espérant qu'il en inspire d'autres :

« Jeudi 19 mars 2020 - J3 de confinement à Loja, Équateur - Réflexion du jour :

Au cas où on ne l’aurait pas assez répété partout, un virus que les scientifiques ont dénommé COVID-19 s’est très largement et rapidement propagé à travers le monde, forçant de nombreux États à prendre des mesures d’urgence pour rompre la chaîne de transmission.

Maintenant que tout le monde est confiné chez soi, plutôt que de s’apitoyer sur son sort, de craindre la chute des activités économiques de son secteur ou de projeter sa frustration sur ce qu’on trouve à portée de main, profitons-en : c’est peut-être la première et dernière fois dans l’Histoire que la société nous laisse le temps ou plutôt l’occasion de prendre le temps.

Alors que d’habitude nous sommes conditionnés par la logique de « j’ai pas le temps », forcés par l’injonction de productivité et d’efficacité, la situation que nous traversons aujourd’hui nous invite, pour une fois, à nous poser et nous reposer. C’est l’occasion de faire tout ce que vous n’avez jamais pris le temps de faire (un album de vos dernières photos de vacances, discuter avec vos proches, lire le bouquin qu’on vous a offert il y a 3 ans…les possibilités ne manquent pas).

Car oui, le célèbre « j’ai pas le temps » est peut-être le plus vicieux mensonge que l’on a pu assimiler. Le temps est là, il coule toujours, devant nous, à portée de main. On m’a toujours dit : « le temps, on l’a ; le temps, ça se prend ». Et cette phrase n’est peut-être jamais aussi vraie qu’aujourd’hui : le temps est là, profitez-en, prenez-le.

Je reste lucide, il est aisé de donner ce conseil lorsque l’on a la posture et les ressources qui nous permettent de les appliquer.

Mais pour une fois, la crise touche tout le monde, sans distinction de classe, de statut, de religion ou que sais-je encore. Nous sommes presque* tous ralentis ou arrêtés ; le temps est là, profitons-en, prenons-le.

Et puisque cette crise touche tout le monde sans distinction, j’invite à la réflexion.

Ce virus n’est pas un ennemi, nous n’avons pas à être en guerre contre lui, il est simplement une autre forme de vie qui prend sa place et se développe comme nous, humains, savons le faire depuis des millénaires. Chaque espèce, chaque organisme sur cette Terre cherche à y faire son trou, à y rester et à y survivre. C’est alors une concurrence entre les différentes formes du Vivant qui s’opère parfois, mais jamais une guerre. C’est une concurrence qui oppose les espèces, mais qui ne distingue pas les couleurs, les esprits, les sentiments d’appartenance, les forces ou les faiblesses au sein d’une même espèce. Nous comprenons alors pourquoi le virus touche tous les humains sans distinction. Nous comprenons également que les notions de croyance, de richesse, d’appartenance à un groupe, une communauté, une classe ne sont autres que des constructions propres aux sociétés de l’espèce humaine. Et nous comprenons alors que si ce sont des constructions, il est tout à fait possible (pas facile néanmoins) de les déconstruire ou les reconstruire. Par la situation actuelle, la Vie, dans sa forme active et consciente, nous offre pour une fois l’occasion de repenser nos rapports sociaux. Le temps est là, profitons-en, prenons-le pour inventer une nouvelle façon de vivre ensemble.

Et puisque cette crise touche tous les humains, sans distinction, j’invite à la réflexion . Ce virus est une forme de vie, il est un représentant de la Vie qui se manifeste. Ce virus est un porte-parole du Vivant qui s’adresse à nous, l’espèce humaine, anthropocentriste. Depuis des millénaires, nous adaptons notre environnement à notre guise, nous modifions les paysages, nous exploitons les ressources, nous soumettons les autres formes de vivant. Ainsi nous avons construit un système anthropocentré : nous avons obtenu que tous les éléments de la Terre et de la Vie soient motivés, animés ou justifiés parce qu’ils entretiennent l’activité humaine ; comme les planètes gravitent autour de leur soleil. Ce système – qui ne peut avoir de sens que dans l’œil humain – est allé trop loin, et depuis bientôt 50 ans, les scientifiques n’ont de cesse de nous avertir de ses conséquences néfastes pour le vivant (dont nous), mais en vain. Alors que depuis bientôt 50 ans, nous n'accordons pas de crédit à ce que ces scientifiques ont compris de notre actuel impact sur la Terre et le Vivant, c’est le Vivant lui-même qui se manifeste et s’adresse à nous.

C’est le Vivant qui nous rappelle : nous, humains, qui prétendons tenir le monde et le maîtriser, voyons comment une autre forme de vivant, infiniment plus petite que nous, peut nous menacer ; Voyons comme nous sommes vulnérables !

Ce virus, c’est le Vivant qui nous rappelle : nous ne sommes et ne subsistons que parce que nous sommes apparus dans un écosystème qui travaille à nous le permettre. L’humain n’est rien tout seul : à l’échelle de sa société, il ne survit pas sans personnel soignant (dont je ne mesure pas le courage en tout temps), sans agriculteurs, sans famille ni relations affectives ; et à l’échelle de la Terre, l’humain ne survit pas sans les végétaux, les autres animaux, l’énergie, les minéraux, l’oxygène… La Vie sur Terre est une infinie conjugaison de moult éléments qui ne vont jamais l’un sans l’autre. Ce virus, c’est le Vivant qui nous avertit : si nous persistons à agir seuls, sans considérer l’écosystème ni le préserver, nous travaillons à sa destruction, et, à fortiori, à la nôtre.

Ce virus, c’est le Vivant qui nous avertit : notre comportement est dangereux : nous en voyons ici les effets à très court terme et en prenons conscience (du moins, je l’espère). Alors prenons cette épidémie comme un avertissement ; elle ne durera que quelques mois et la majorité survivra. Mais la trajectoire que nous continuons de suivre nous amènera certainement à des crises bien plus dévastatrices que celle du coronavirus. Nous refusions jusqu’ici de le croire et d’agir car les effets semblent lointains, et le cerveau humain conçoit mal ce qu’il ne voit pas. Alors prenons cette épidémie comme un avertissement : le Vivant nous offre une occasion de constater – sans trop de dégâts – à quel point nous sommes vulnérables. Le temps est là, profitons-en, prenons-le pour repenser notre rapport au monde.

Et la récente réaction de nos gouvernements nous offre une occasion de constater – sans trop de dégâts – à quel point nous sommes capables, face à l’urgence, de revoir nos priorités et prendre des mesures radicales pour adapter nos comportements. Le temps est là, profitons-en, prenons-le pour nous adapter avant qu’il ne soit trop tard.

Après tout, qui es-tu, me diriez vous-vous, pour donner des leçons ?

Et sans doute auriez-vous raison : Je ne suis personne. Personne de plus que quiconque autre, mais rien de moins que n’importe qui. Alors, de ce fait, je me permets d’inviter à la réflexion : mesdames, messieurs les président.e.s, grand.e.s patron.ne.s, rois du pétrole et du monde, mesdames Toutlemonde et messieurs Personne, enfants, non-binaires, vieux, jeunes, verts, humains...nous sommes tous dans le même panier. Les leçons que je donne ici, je ne fais que les tirer de la situation : le virus n’épargne personne, le virus touche tout le monde. Qui que nous soyons, dans le Règne du Vivant, nous ne valons pas plus qu’un ou une autre. Le temps est là, profitons-en, prenons-le pour apprendre, plus que jamais, l’humilité. »

* Je pense aux travailleurs du monde médical, aux agriculteurs, aux travailleurs de la logistique et tous ceux qui se démènent pour continuer, malgré ces temps compliqués, à faire tourner la société.

Léo – 20 ans – musicien, étudiant en son

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