cqfd
Etudiant
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 mai 2008

cqfd
Etudiant
Abonné·e de Mediapart

Réformes, ce que les Français attendent vraiment

cqfd
Etudiant
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, qui s’était fixé pour objectif de ne pas baisser les bras face aux mouvements qui s’annonçaient, preuve en est que la France a plus que jamais besoin de réformes afin de reconquérir la confiance des consommateurs et des entrepreneurs. La part des exportations françaises dans la zone euro ne cesse de s’effondrer (passant de 16% en 2001 à 13,4% en 2007, selon L’Expansion), les objectifs de réduction du déficit public seront difficiles à tenir, les capacités de production s’amenuisent et le taux de marge des entreprises est d’ores et déjà dans le rouge (-0,6). Les inquiétudes quant au pouvoir d’achat sont grandissantes, le coût salarial unitaire est le plus élevé de l’Union européenne, et les dépenses de recherche et développement (R&D) ont baissé en dix ans. De quoi lancer très clairement des pistes afin de réformer en profondeur le pays.

La publication du rapport de la commission dirigée par Jacques Attali, 300 décisions pour faire bouger la France, a réveillé bon nombre de corporatismes, au premier rang desquels celui des artisans taxis, qui ont réussi à faire plier le gouvernement avant même que la mesure n’ait été présentée au Parlement ! L’initiative de changement peut également émaner des producteurs eux-mêmes, comme l’a prouvé avec éclat Michel-Edouard Leclerc à propos de la vente en hypermarchés de médicaments accessibles sans ordonnance. Opposition immédiate des pharmaciens, mais là, aucun message de la part du gouvernement. Parfois, ces réticences peuvent se faire à juste titre, comme lors de la refonte de la carte judiciaire, mal expliquée et passée brutalement, aux dépends d’élus locaux UMP qui, à juste titre, tiennent à leur bastion ! Les élections municipales ont envoyé un signe de prudence et d’attente; maintenant, encore faut-il le concrétiser afin de répondre aux attentes des Français.

La crise économique n’arrange rien, mais il apparaît important de faire confiance aux autorités monétaires afin de juguler l’inflation (au vu des derniers chiffres, la BCE semble dépassée) tout en émettant un signal fort aux Etats-Unis d’une inquiétude quant à la chute du dollar. Elle permettra certes aux pays de se relancer grâce aux exportations, mais cela entame les notres et présente plus d’inconvénients que d’avantages - seul bénéfice incontestable, l’achat à un prix moins élevé des matières premières facturées en dollar telles que le pétrole. A l’occasion de la présidence française de l’Union européenne (qui débutera le 1er juillet), qui nous procurera, osons défendre nos points de vue et nos intérêts ! La visite de François Fillon aux Etats-Unis est un signe de cette volonté de reprendre la main sur des thématiques fortes. Le Premier ministre a ainsi rencontré Ben Bernanke, patron de la Fed, ce qui prouve que la question financière est au coeur de nos inquiétudes et de nos interrogations. Depuis l’été dernier, les marchés européens ont également pâti d’une crise qui trouve ses sources outre-Atlantique.

Il existe donc une véritable attente d’accroche et de changement de la part des Français en direction du gouvernement. Sur le pouvoir d’achat d’abord: le “travailler plus pour gagner plus” est resté aux yeux de bon nombre de concitoyens un simple slogan qui ne s’est pas encore traduit en augmentation du pouvoir d’achat. Il faut dire que l’inflation n’arrange rien (elle s’est élevée à 3,2% en mars, selon l’Insee. Les prix dans l’alimentation ont augmenté de 5,3% sur un an. Les prix des produits frais enregistrent une progression de 3,6% par rapport à mars 2007 et ceux des autres produits alimentaires gagnent 5,6%). La lutte contre la vie chère devient la principale source de préoccuptation pour les citoyens, qui peinent de plus en plus à joindre les deux bouts. L’influence des hausses de prix des matières premières agricoles et du pétrole s’est faite sentir. Le gouvernement doit donner l’impression de s’activer sur le problème, mais l’état des comptes publics restreint considérablement sa marge de manoeuvre. La défiscalisation des heures supplémentaires s’impose plus lentement que prévu, mais sûrement: le nombre d’heures supplémentaires par salarié a bondi de 6,5 à 8,4 par trimestre, mais cette mesure, tout comme le déblocage anticipé de la participation et le rachat de jours de RTT, ne concernent que moins de la moitié des 18 millions de salariés ! L’arsenal reste donc à étoffer.

Afin de tenter d’améliorer la situation, il faut toutefois saluer les projets de Christine Lagarde et de Luc Chatel de stimuler la concurrence et de faciliter l’expansion des hard-discounters, bien que les conditions sociales pratiquées par ces distributeurs soient perfectibles. Il s’agit, à travers la Loi de Modernisation de l’Economie (LME), de “mettre un terme à la fausse coopération commerciale et tourner le dos définitivement au système des marges arrière“, ces prestations facturées par les distributeurs aux industriels, d’élargir les prérogatives du Conseil de la concurrence en la faisant évoluer vers une Autorité et en autorisant les commerçants à pratiquer deux semaines de soldes (où la vente à perte est autorisée) dans l’année aux périodes de leur choix, en émettant simplement une déclaration prélable. Le seuil de la procédure d’autorisation de l’équipement commercial est porté de 300 à 1000 mètres carrés. Le Conseil d’analyse économique a par ailleurs publié un rapport sur le sujet, qui porte la problématique à l’échelon européen.

Un autre volet des réformes à mener se loge du côté des entrepreneurs, clef de voute du système économique. Les PME, qui en représentent 85%, n’ont jamais été aussi fragiles depuis le début des années 1980. La main-d’oeuvre s’affiche comme la plus chère de l’UE, si l’on en croît les statistiques de l’OCDE; et la part des produits français dans la richesse créee par l’industrie européenne n’est que de 11%, contre 25,5% pour l’Allemagne ou 14,9% pour le Royaume-Uni. Afin de faire face aux soubresauts monétaires et d’attirer les firmes les plus performantes, une véritable politique de R&D mérite d’être enclenchée, bien au-delà du seul crédit d’impôt Recherche. Non seulement le dispositif doit être renforcé, mais également complété par des mesures permettant de favoriser l’innovation telles que le développement des pôles de compétitivité ou la mise en place de pépinières d’entreprises, ainsi qu’une série de prix et de distinctions qui pourraient par exemple être soutenus par les collectivités territoriales. La formation est aussi un pôle à développer davantage.

Enfin, profitons de notre bonne place dans la part nationale dans le chiffre d’affaires européen des éco-industries (20% en 2004, l’Allemagne représentant 29% et le Royaume-Uni 9%). L’environnement sera sans doute au coeur des prochains chantiers qui s’annoncent, de par sa dimension incontournable et la volonté d’introduire un développement durable, qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre le développement des générations futures. Elargissons ce principe à la politique dans la globalité et mettons en oeuvre des mesures qui répondront aux attentes actuelles des Français et qui prépareront le terrain pour les générations à venir. Avec toujours un oeil rivé sur le court terme (comme pour le pouvoir d’achat) et sur le long terme (retraites). Car il existe une volonté forte de changement, qui doit être assouvie avec tact et pragmatisme.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte