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Billet de blog 3 février 2016

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Futurs nouveaux textes pour les policiers : qui va garder les clés du champ de tir ?

Manuel Valls et son ministre de l’Intérieur, dans tous les domaines de la sécurité, sont en train de pondre des textes qu’aucun gouvernement de droite n’aurait osé mettre en place…

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Quelle différence y a-t-il entre un individu qui tente d’échapper à un contrôle de police à Pigalle et un autre à Stains ? Réponse : quatre balles de 9 mm dont une seule pouvait être mortelle. Mardi 2 février vers 4h du matin, rapporte Le Parisien, un des policiers qui voulaient contrôler le conducteur d’une Porsche 911, place Pigalle dans le 9ème arrondissement de Paris, a tiré plusieurs coups de feu en direction du véhicule. Outre le fait qu’aucun blessé n’est à déplorer (à part le chauffard, à 4 heures du matin dans ce quartier, un fêtard aurait pu prendre une balle perdue), on notera que ces tirs n’ont aucunement fait stopper le véhicule, ce qui devait être le but de l’ouverture du feu. Car, selon le quotidien, les gardiens de la paix de la BAC de nuit engagés dans cette action, ont expliqué que l’homme leur avait foncé dessus. Sa voiture devenant alors « une arme par destination », le fonctionnaire de police était alors en droit de faire usage de son arme, étant en état de « légitime défense » (à condition que l’enquête valide cette hypothèse et que les balles aient été tirées plutôt de face, que sur la voiture ayant déjà dépassé les policiers...). C’est après une course poursuite d’un quart d’heure que le fugitif a été interpellé… sans qu’aucun autre coup de feu n’ait été tiré pour cela. Certes, on nous rétorquera qu’un policier qui se fait foncer dessus par un automobiliste peu enclin à être arrêté dans sa progression, à de quoi perdre un tant soit peu son sang-froid et vouloir essayer de « sauver sa peau ».  Sauf que, lorsqu’on est armé, mieux vaut ne pas le perdre, son sang-froid. On ajoutera que l’homme s’est révélé être « bien connu des services de police », car il est « fiché » pour 55 antécédents (policiers ou judiciaires ? La différence est importante).

A Stains, plus tôt durant la même nuit, la BAC locale veut elle aussi procéder à un contrôle sur un conducteur qui, apparemment, n’est absolument pas d’accord pour cela. Le même journal raconte que ce chauffeur « a pris des risques insensés », pour finir en percutant un second véhicule de police venu en renfort. Le récit ne précise pas si l’homme avait d’abord « foncé » sur les hommes de la BAC. Toujours est-il que là, aucun de ceux-ci n’a dégainé son arme. Bientôt, la donne changera car le gouvernement a concocté des textes qui feront évoluer la notion de « légitime défense » pour les représentants de l’ordre. Si on fait le compte de ceux qui ont fait usage de leur arme ces dernières semaines, on se dit que certains d’entre eux ont anticipé les textes en question. « Mieux vaut faire le boucher que le veau », entendait-on dans les commissariats dans les années 80/90. Qui aujourd’hui blâmerait un policier pour avoir fait feu sur un malfrat ou un terroriste qui le menaçait ? Là n’est pas la question. Il s’agit simplement de savoir si graver dans le marbre de la loi une chose aussi dangereuse et incertaine que le maniement d’une arme mortelle ne peut pas influer sur les réflexes, les façon de faire, de penser, des plus fragiles ? Je me souviens d’un inspecteur de l’Office central du banditisme, classé moniteur de tir, m’expliquant combien il était facile de tirer à tort et à travers, même sur des truands. « Le plus dur c’est d’apprendre à si bien te servir de ton arme que ton adversaire comprenne immédiatement, rien qu’en le lisant dans tes yeux, que tu feras plus vite que lui ».

Rodomontades politiciennes

Il fut une époque où, sans l’inscrire nul part, les discours guerriers de certains ministres de l’Intérieur, couvrant par avance leurs troupes, quoi qu’elles fassent, provoquaient des catastrophes humaines. Du côté des policiers, comme du côté de ceux qui se trouvaient face à eux. Cela a donné un fuyard tué un soir d’automne de plusieurs balles dans le dos, place de la République parce que, avait expliqué le policier, « j’ai glissé sur une feuille morte ». Ou bien ce fut l’histoire du brigadier Marchaudon qui avait abattu de plusieurs balles (dans le dos, encore) un jeune soupçonné d’une tentative de cambriolage. Le gradé nous avait expliqué, au micro de RTL et dans les colonnes du Monde sous la plume de notre confrère Georges Marion, que « par rapport à ses habituels résultats au stand d’entraînement, son tir n’avait pas été aussi bon »… Sans oublier Malik Oussekine, et d’autres. Ce n’est pas parce que l’opinion publique s’émeut, à juste titre, des dangers qui menacent le pays, que quelques politiques multiplient les rodomontades électorales, à destination des policiers qu’ils espèrent ranger dans leur camp le moment venu, que l’on peut permettre n’importe quoi ! Heureusement, la majorité des policiers sait ce que c’est d’utiliser son arme et la somme d’emmerdements que cela peut apporter, textes ou pas, légitime défense ou pas. Cette réflexion s’adresse à l’infime minorité restante, à ceux qui, textes ou pas, légitime défense ou pas, sont déjà tentés de faire systématiquement le boucher plutôt que le veau… 

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