Les saoudiennes à l’assaut des circuits automobiles

Le 24 juin dernier, l’Arabie saoudite levait officiellement l’interdiction faite aux femmes de conduire. La levée de cette interdiction en vigueur depuis de longue décennies s’inscrit dans le cadre du projet de développement porté par le Prince héritier Mohammed Ben Salmane visant à réduire la dépendance de l’économie du pays à la rente pétrolière et à diversifier ses sources de revenus.

Course automobile © nard_gd Course automobile © nard_gd

Lever l’interdiction pour développer l’économie saoudienne

La levée de cette interdiction et l’engouement des femmes saoudiennes pour le sport automobile traduit une réalité économique plus profonde. Les saoudiennes représentent 42 % de la population et une grande partie d’entre elles évoluent hors de la sphère économique. Et si une part toujours plus importante entre sur le marché du travail, l’interdiction qui leur était faite les obligeait à utiliser les services de chauffeurs privés ou à se faire conduire par leur mari.

Ainsi, avant la levée de l’interdiction, pour que les femmes puissent se déplacer, les saoudiens embauchaient 800.000 chauffeurs privés pour un coût total de près de 4 milliards de dollars par an. Le célèbre milliardaire et prince Al-Walid, propriétaire de chaînes de télévision et du palace parisien le George V, rappelaient également au sujet de cette interdiction qu'un époux contraint de déposer en voiture sa femme à son travail se retrouvait en partie absent du sien et voyait sa productivité réduite.

La levée de cette interdiction, si elle s’inscrit dans le projet de relative libéralisation de la société saoudienne souhaité par le Prince héritier, va également permettre de soutenir la transition économique du pays. Ainsi, le royaume affiche l’ambition de faire passer le pourcentage de femmes qui travaillent de 22% à plus de 30% d'ici 2030. La possibilité qui leur est désormais offerte de se déplacer librement ou d’aller au travail en voiture devrait participer grandement à la réalisation de cet objectif.

Le sport- automobile comme terrain de jeu des conductrices saoudiennes

Pour célébrer ce choix historique, la pilote saoudienne Aseel al-Hamad, première femme à faire partie de la Fédération de sport automobile de son pays, a pris les commandes d’une voiture de course en marge du GP de France de F1. Elle n’a d’ailleurs pas manqué de faire des émules dans son pays puisque de nombreuses saoudiennes souhaitent désormais pouvoir elles-aussi participer à des compétitions de sport mécanique. Poussée d’adrénaline encore inimaginable il y a peu pour les femmes saoudiennes, elles peuvent désormais s’adonner à des dérapages contrôlés ou à des courses de vitesse.

« J’adore la vitesse » et «je rêve d’une voiture de plus de 500 chevaux », explique ainsi Rana Almimoni, 30 ans, en faisant hurler le moteur de sa voiture sur un circuit près de Ryiad. Elle dit attendre à présent une décision autorisant les femmes à obtenir des « permis de course », ce qui leur ouvrirait la porte des compétitions de sport automobile.
Beaucoup ont trouvé l’inspiration grâce à Aseel al-Hamad. Vêtues de jeans moulants et de T-shirts Harley-Davidson, une poignée de motardes s’entraînent également à dompter de grosses cylindrées dans une école de Ryad.
Certes les auto-écoles pour femmes restent plus chères que celles dédiées aux hommes et il y a encore un manque d'instructeurs mais les choses devraient évoluer dans le bon sens dans les années qui viennent.

Si pour le moment la plupart des femmes au volant semblent être celles qui ont échangé un permis étranger contre un permis saoudien après avoir passé un test, on s’attend à ce que d’ici 2020, 3 millions de femmes possèdent un permis de conduire. Une véritable révolution, tant sociale qu’économique, qui permettra de faire des femmes de réelles actrices de la vie sociale et économique saoudienne.

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