Le statut d'auto-entrepreneur mis à mal par le gouvernement

Le statut d’auto-entrepreneur, créé en 2009, représente aujourd’hui près des deux tiers des créations d’entreprises en France. Ce sont 895 000 auto-entrepreneurs actifs et autant d’emplois qui sont concernés par la réforme actuelle.

Le statut d’auto-entrepreneur, créé en 2009, représente aujourd’hui près des deux tiers des créations d’entreprises en France. Ce sont 895 000 auto-entrepreneurs actifs et autant d’emplois qui sont concernés par la réforme actuelle.

Les avantages indéniables du statut d’auto-entrepreneur

En premier lieu, le gouvernement précédent entendait par ce moyen délégitimer le travail dissimulé en facilitant la création d’entreprises individuelles dont les démarches administratives et le taux de prélèvements étaient allégés. Il permet ici de pratiquer une activité complémentaire en toute légalité.

Deuxièmement, ce statut d’auto-entrepreneur tant décrié permet de faire baisser les chiffres du chômage en s’attaquant cette fois aux demandeurs d’emploi prêt à relever le défi de la création d’entreprise : 59% des chômeurs devenus auto-entrepreneurs auraient renoncé à leur projet sans ce statut. Enfin, cette simplicité à tous les niveaux favorise plus généralement l’esprit d’entreprise.

Le statut d’auto-entrepreneur connaît des dérives et excès

Il est néanmoins vrai que certaines entreprises abusent de ce statut en imposant à leurs salariés de se déclarer auto-entrepreneurs afin de leur sous-traiter une part de leur activité et profiter indirectement du faible taux de prélèvement. Ceci a pour conséquence d’augmenter la précarité des employés concernés, puisque la protection juridique et la couverture sociale y sont fortement réduites.

Le principal argument du gouvernement pour imposer sa réforme tient à la concurrence avec les artisans. Mais les auto-entrepreneurs sont limités dans leur activité : par le plafonnement de leur chiffre d’affaires d’une part puisque cela limite de facto la possibilité de proposer des prestations nécessitant un apport important en matière première, matériel, équipement, sous-traitance, etc. ; et par le fait qu’ils travaillent seuls d’autre part.

Le projet du gouvernement met en danger le statut d’auto-entrepreneur

La volonté de limiter dans le temps et en terme de chiffre d’affaires une auto-entreprise risque de pousser de nombreux auto-entrepreneurs à abandonner leur activité ou leur projet plutôt que de se risquer à gérer une entreprise complexe et fortement taxée. Ce seront autant de revenus en moins pour l’Etat et d’allocations en plus. Il s’agit d’un revenu indispensable pour 53% des auto-entrepreneurs, et il semble hasardeux de le remettre en cause.

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