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Billet de blog 24 oct. 2021

Charlie est mort

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Il y a de cela presque 7 ans, les 10 et 11 janvier 2015, 4 millions de Français ont défilé dans les rues de France, en réaction aux attentats de Charlie Hebdo. Tout le monde s’accordait sur le fait que, non, ce n’était pas normal de mourir pour un dessin, quelle qu’en soit la teneur. Une certaine concorde s’établissait : le droit à l’impertinence, au scandale, le droit à la caricature, tout cela devait être défendu à n’importe quel prix : la liberté d’expression n’était pas négociable, et personne ne devait être inquiété pour ses opinions, quelles qu’elles soient, du moment qu’il ne s’agisse pas d’appel à la haine contre une personne ou un groupe de personnes. Bien sûr, déjà à l’époque, beaucoup ont souligné une certaine hypocrisie dans cette manifestation (voir l’article du Gorafi [1], certes parodique, mais lourd de sens). De plus, les attentats de 2015, Charlie Hebdo puis le 13 Novembre, ont marqué le début du glissement autoritaire du gouvernement, d’abord sous M. François Hollande, puis sous M. Emmanuel Macron. Ce-dernier est justement impliqué dans une récente affaire qui, bien que n’ayant causée que peu de remous dans les médias, marque un tournant judiciaire concernant la liberté d’expression et la caricature. [2]

Pour le dire clairement : aujourd’hui, en France, on s’expose à être condamné par la justice si on caricature la figure du président de la République.    

Un homme a été condamné à 10 000 € d’amende pour « injure publique » au président de la République. Ce n’étaient que des affiches, une représentant M. Macron grimé en Hitler, l’autre en Pétain. On a le droit de trouver ça débile. On a le droit de ne pas être d’accord, que quand même, Macron c’est pas Hitler, Macron c’est pas Pétain. Mais peut-on être condamné pour avoir exprimé une telle opinion ? Manifestement, la justice française a décidé qu'effectivement, une telle opinion est condamnable. Il est intéressant de voir comment il a été décidé de répondre à la comparaison entre M. Macron et Pétain en utilisant des méthodes que ce-dernier n’aurait certainement pas renié. De plus, cela installe de manière définitive la vision que M. Macron a de lui-même, et qui a déjà été soulignée : il se voit, et il veut qu’on le voie comme un monarque, et tout crime de lèse-majesté contre le « souverain » de la « République » française doit être sanctionné.

Et personne ne réagit, ni M. Pascal Praud, ni M. BHL, ni aucun grand défenseur de notre chère démocratie. Personne n'en a rien à faire. Un coup terrible vient d’être porté à la liberté d’expression, en France, « pays des Lumières » (lol), et personne n'en a rien à faire.

Un futur ex-futur candidat à la présidentielle, M. Eric Zemmour, a réagi à cette affaire. [3] En réaction à cette condamnation, il a twitté « Et Charline ? », en référence à Mme Charline Vanhoenacker, l’humoriste qui lui a adjoint une moustache sur une affiche de campagne présidentielle le représentant, le faisant passer pour un chef d’Etat allemand bien connu des années 30-40. Là aussi, on a le droit de trouver ça débile. D’un certain côté, il a raison : si le droit à la caricature n’est plus permis pour un seul homme, autant qu’il le soit pour tous, tant qu’à faire. Cette réaction démontre surtout que M. Zemmour n’a pas une plus haute vision de la liberté de caricaturer, et donc de la liberté d’expression, que M. Macron. Ces deux personnes sont un danger pour l’Etat de droit en France. M. Zemmour ne s’en cache pas d’ailleurs, lui qui souhaite « se débarrasser du Conseil constitutionnel ». C’est vrai que c’est ennuyeux, ces institutions qui s’acharnent, même mollement, à défendre nos droits.

L’esprit de Charlie a donc disparu. Il y a 7 ans, nous étions (semble-t-il) tous uni face à la haine, face à l’intolérance, face aux refus de respecter les libertés fondamentales. Aujourd’hui, on se fait condamner pour avoir caricaturé le président.

Encore 6 mois à tenir… Et après ?

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Sources :

[1] https://www.legorafi.fr/2015/01/20/liberte-dexpression-letat-deploie-un-important-dispositif-de-mauvaise-foi-sur-le-territoire/

[2] https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/17/l-afficheur-qui-avait-represente-emmanuel-macron-en-hitler-condamne-a-10-000-euros-d-amende_6095030_3224.html

[3] https://mobile.twitter.com/ZemmourEric/status/1439571860518326273

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